jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401589 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MOREL JEAN JACQUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. A C B, représenté par Me Morel, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision litigieuse a pour effet de le placer en situation irrégulière, qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine, le séparant de sa famille, et qu'elle l'empêche de pouvoir travailler pour subvenir aux besoins de cette dernière ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, qu'elle est entachée d'un vice de procédure, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- la requête enregistrée le 22 août 2024 sous le numéro n° 2401588 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a refusé implicitement de lui délivrer un titre de séjour ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. A C B, ressortissant comorien, né le 4 février 1977, fait valoir qu'il réside à Mayotte depuis 2010 et que la décision litigieuse le place dans une situation irrégulière. Si la condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, M. B ne peut bénéficier d'une présomption d'urgence dès lors que le refus de titre de séjour opposé, statue sur une demande de premier titre. Par ailleurs, l'intéressé ne formule aucune explication particulière sur l'introduction d'une première demande de titre de séjour en février 2024 alors qu'il indique résider à Mayotte depuis 2010. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
4. En tout état de cause, en l'état de l'instruction, si le requérant se prévaut de séjourner à Mayotte depuis 2010, les éléments produits ne permettent pas d'apprécier la réalité et l'ancienneté de son séjour sur l'île. Par ailleurs, s'il est constant que le requérant est marié civilement à une compatriote en situation régulière et qu'il est le père de deux enfants, dont l'ainée est majeure, née en 2001 d'une précédente union, et le cadet, né en 2017 à Mayotte, de son union actuelle, il n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer aux Comores, pays dont ils ont tous la nationalité et où son enfant mineur pourra poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. B, tels que précédemment analysés dans les visas de la présente ordonnance, n'est manifestement de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction doivent être rejetées, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 05 septembre 2024.
Le juge des référés,
T. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.