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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401604

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401604

mardi 27 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401604
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai prise à l'encontre d'une ressortissante comorienne. La requérante invoquait une atteinte grave à son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) en raison de sa qualité de mère d'un enfant français. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, mais que la requête était manifestement infondée, faute pour la requérante d'apporter des éléments suffisants sur la stabilité de son séjour et la réalité de ses liens avec l'enfant. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a été accordée, mais le surplus des conclusions a été rejeté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2024 Mme A B doit être regardée comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°15838 du 26 août 2024 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de l'Union des Coomores et lui a interdit tout retour sur le territoire pendant une durée d'une année ;

3°) le cas échéant d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour sur le territoire français sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'elle est la mère d'un enfant français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la loi du 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Tomi, première conseillère, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente (). En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à ce titre.

:

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. Si Mme B ressortissante comorienne née en 1993, soutient être la mère d'un enfant français, né en 2017, et si elle produit un passeport au nom de cet enfant, elle n'apporte aucun élément concernant la stabilité de son séjour sur le territoire ni concernant les relations entretenues avec cet enfant. Il résulte ainsi des pièces produites , notamment d'un jugement du juge aux affaires familiales du 29 mai 2018 que le père de l'enfant n'a jamais contribué à l'entretien et à l'éducation de ce dernier étant séparé de la mère depuis sa naissance, que s'agissant de sa propre contribution , elle se limite à produire et pour l'année 2019 seulement deux factures d'une valeur probante insuffisante, d'ailleurs établies au nom des deux parents censés être séparés, à l'exclusion de tout autre document permettant d'attester la réalité de son lien avec cet enfant, ni même la présence de ce dernier sur le territoire. Elle n'apporte pas d'avantage d'élément témoignant de sa propre présence à Mayotte entre 2021 et 2024, mais produit un passeport comorien délivré en 2023, en cours de validité, laissant présumer au contraire l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à l'encontre de l'intéressée peuvent, dès lors qu'elles sont manifestement infondées, être rejetées sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter l'ensemble des autres conclusions de la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à Mme A B.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 27 août 2024.

La juge des référés,

N. TOMI

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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