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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2401609

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2401609

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2401609
TypeOrdonnance
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de Mayotte le 28 juillet 2024 à l'encontre de M. B, ressortissant congolais. Le juge estime que la condition d'urgence est remplie, mais que l'atteinte à la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) n'est pas établie, faute de preuve de l'ancienneté de la relation avec sa compagne et ses enfants, récemment admis à la protection subsidiaire. Le moyen tiré des risques de persécutions en cas de retour (article 3 de la CEDH) est également écarté comme non démontré.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 Août 2024, M C B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de lui désigner un avocat ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 13553 du 28 juillet 2024, par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retour pour une durée d'un an ;

3°) le cas échéant, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, aux frais de l'Etat, son retour à Mayotte dans un délai de huit jours par tous moyens, et ce assortie d'une astreinte de 300 euros par jour de retard après notification de l'ordonnance ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa femme et ses enfants ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire ;

-un retour dans son pays entraînerait des conséquences graves au regard des persécutions qu'il subit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tomi première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1.M A B ressortissant congolais né le 6 mai 1976 demande au tribunal de suspendre l'arrêté du 28 juillet 2024 par lequel le préfet de Mayotte a prononcé une obligation de quitter le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la mesure :

3.Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4.Le requérant étant susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à tout moment, la condition d'urgence doit être tenue pour remplie.

5.Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6.Pour soutenir que son droit au respect à la vie privée et familiale aurait été bafoué, M A B fait état d'un élément nouveau résultant de l'admission au bénéfice de la protection subsidiaire de sa femme et de ses enfants le 9 août 2024. Toutefois, par les pièces qu'il produit, il ne justifie pas de l'ancienneté de sa relation avec ces derniers avant son arrivée à Mayotte en 2024, ni d'ailleurs de sa paternité. Au contraire, il résulte des pièces produites pour sa compagne, lors de l'examen de sa demande d'asile, que celle-ci a fui la RDC après y avoir subi des sévices, qu'elle est arrivée à Mayotte après dix mois passés en Tanzanie, le 30 juillet 2024 avec ses deux enfants nés respectivement en 2010 et 2011, soit plusieurs années avant qu'il n'introduise de demande d'asile, dont la dernière en 2023 et dont il a été incapable de donner les noms comme en atteste le procès-verbal d'audition rétabli le 28 juillet 2024 mentionnant qu'il n'était accompagné d'aucun enfant mineur,. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à la vie privée et familiale ne peut qu'être rejeté.

7.Si aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En l'état des pièces du dossier le requérant ne démontre pas qu'il serait exposé à un tel risque en cas de retour dans son pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

8.Il résulte de ce qui précède que M A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet, par l'arrêté litigieux a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales dont il se prévaut. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions à fins de suspension présentées par M. A B de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête e M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 29 août 2024.

La juge des référés,

N.TOMI

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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