mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401612 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | OUSSENI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 août 2024, M. C A, représenté par Me Hesler, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de la décision du préfet de Mayotte ayant implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 28 février 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est satisfaite dès lors qu'il est exposé à un risque d'éloignement imminent vers son pays d'origine alors que tous ses liens familiaux se trouvent à Mayotte ;
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024 le préfet de Mayotte, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence n'est pas satisfaite ;
- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n°2401611 tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Mayotte sur la demande de titre de séjour.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 24 septembre 2024 à 9 heures (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 septembre 2024 à 9h :
- le rapport de Mme Khater, juge des référés ;
- les réponses de M. A aux questions du juge des référés ;
- et les observations Me Safatian, avocat du préfet.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, né le 12 juin 1997 aux Comores, a sollicité le 28 février 2024, la délivrance d'un titre de séjour. Par la présente requête, M. C A demande au juge des référés la suspension des effets de la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement rejeté sa demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction que la décision contestée portant refus implicite de délivrance d'un titre dé séjour à M. A, dont l'intéressé demande la suspension, a pour effet de le placer dans une situation irrégulière et l'expose, à tout moment, à un risque d'éloignement alors qu'il est père de deux enfants nés à Mayotte qu'il élève avec la mère de ces derniers et qu'il justifie d'une présence ancienne et stable sur le territoire, tout comme de la communauté de vie avec sa cellule familiale. Ainsi la condition d'urgence prévue à l'article L.521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision portant refus de séjour :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. Il résulte de l'instruction que M. A justifie de l'ancienneté et de la continuité de sa présence sur le territoire français depuis son arrivée en 2013 à Mayotte à l'âge de 16 ans. Il produit notamment un titre d'identité pour étrangers mineurs de 2014, une demande de permis de conduire de 2016, une attestation de formation de 2017, son brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur en accueils collectifs de mineurs délivré en 2020 ou encore son relevé des notes du baccalauréat général de 2023. Par ailleurs, il fait état de la présence du centre de ses intérêts privés et familiaux sur l'île. Par les pièces versées au débats, M. A démontre résider à une adresse stable avec sa mère adoptive de nationalité française qui l'a élevé dès son arrivée à Mayotte, sa compagne, titulaire d'un titre de séjour et leurs deux filles nées à Mayotte en 2019 et 2021. Dans ces conditions, compte tenu de l'intensité de ses liens à Mayotte, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de suspendre les effets de la décision litigieuse.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. La présente ordonnance implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de Mayotte délivre à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cette mesure d'exécution, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision du préfet de Mayotte ayant implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 28 février 2024 est suspendue jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur la légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte, dans un délai de dix jours à compter de la mise à disposition de l'ordonnance au greffe du tribunal, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans l'attente du jugement sur sa requête au fond tendant à l'annulation de l'arrêté en litige.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 25 septembre 2024.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°240161