vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401757 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | HESLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Hesler, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 14 mars 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un document de circulation lui permettant de travailler, dans l'attente du jugement à intervenir sur sa requête tendant à l'annulation de la décision attaquée ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il y a urgence à suspendre la décision litigieuse au regard de la durée de son séjour à Mayotte, de ses liens personnels, familiaux et professionnels, et de ce que la décision a pour conséquence de l'empêcher d'élever ses enfants mineurs et de pouvoir continuer à exercer une activité salariale pour subvenir à leurs besoins ;
- les moyens tirés du défaut de motivation, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 septembre 2024 sous le numéro 2401756 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Blin pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante comorienne née le 30 décembre 1996 à Maraharé-Anjouan, demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", présentée le 14 mars 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, Mme A soutient qu'elle risque d'être éloignée de sa famille, alors que ses trois enfants mineurs, dont deux sont nés à Mayotte, ont besoin de sa présence à leurs côtés. Toutefois, le refus de titre de séjour dans le cadre d'une première demande ne caractérise pas, par lui-même et quel que soit le fondement de la demande, une situation d'urgence. L'urgence dont elle se prévaut ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la décision attaquée dès lors qu'elle ne fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement ni qu'aucune mesure particulière n'a assorti la décision implicite de rejet attaquée. Ainsi, si elle expose que la décision de refus d'admission au séjour l'empêche de pouvoir continuer à élever ses trois enfants mineurs et d'exercer une activité salariale pour subvenir aux besoins de ces derniers, elle ne justifie en toute hypothèse d'aucune activité antérieure à Mayotte. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qu'il précède que la requête de Mme A doit être rejetée en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B.
Fait à Mamoudzou, le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
A. BLIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.