samedi 28 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401818 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, M. B C demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 17603/2024 du préfet de Mayotte du 26 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction d'y revenir pendant 1 an ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de lui désigner un avocat commis d'office ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, à défaut, d'enregistrer la demande de titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente de l'instruction de sa demande, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, assorti d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) le cas échéant, d'enjoindre, dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard, au préfet de Mayotte d'organiser son retour avec les autorités consulaires françaises aux Comores et de financer son retour par tous moyens.
Il soutient que :
-la condition d'urgence est remplie en raison de la rétention dont il fait l'objet en vue de son éloignement imminent vers les Comores ;
- l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, au droit de se maintenir sur le territoire, et méconnait les dispositions de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) dès lors qu'il est arrivé à Mayotte depuis l'âge de 13 ans et qu'il y réside et a été scolarisé, que ses parents ont un titre de séjour qu'il a été en possession d'un DCEM qui a expiré depuis le 29 septembre 2022 et qu'il est parent d'un enfant français depuis 4 mois. L'intégralité de ses attaches personnelles, scolaires et familiales se trouvent également à Mayotte ;
- son éloignement de Mayotte avant qu'il ne soit statué sur sa demande méconnaitrait son droit à un recours effectif garanti par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les dispositions de l'article L. 761-9 du CESEDA.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que le requérant peut demander l'abrogation de cette mesure et qu'aucun refus d'abrogation n'est encore né. Elle l'est en revanche s'agissant des conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement ;
- la mesure d'éloignement litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que, par les pièces qu'il produit, le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas de sa scolarisation ni de l'ancienneté de son séjour à Mayotte, ni de la réalité de ses attaches personnelles et familiales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Monlaü, premier conseiller, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 27 septembre 2024 à 9h30 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme A, étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, juge des référés ;
- les observations du requérant ;
- les observations de Me Safatian pour le préfet de Mayotte qui reprend ses écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C ressortissant de nationalité comorienne, né le 25 septembre 2003 demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° 17603/2024 du préfet de Mayotte du 26 septembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction d'y revenir pendant 1 an.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, la requête ayant été présentée sans ministère d'avocat, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
5. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d'être éloigné à tout moment vers les Comores en exécution de la mesure d'éloignement dont il demande la suspension des effets.
6. En l'espèce, si M C, dont l'identité est contestée en défense, se prévaut d'une présence continue à Mayotte depuis plusieurs années, il ne peut prétendre justifier de la durée et de la stabilité de son séjour par la seule production de certificats de scolarité de 2014 à 2019. S'il soutient qu'il est parent d'un enfant français depuis 4 mois, il n'en justifie ni par les pièces produites, ni par ses explications à l'audience. Par suite, le requérant, dont il n'est pas établi que l'intégralité de ses attaches familiales, personnelles seraient constituées exclusivement à Mayotte du fait du titre de séjour de sa mère n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement contestée porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est protégé par les stipulations susvisées de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M B C aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 septembre 2024 du préfet de Mayotte doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.
ORDONNE :
Article 1 : Il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle M B C.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 28 septembre 2024.
Le juge des référés,
X. MONLAÜ
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.