mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2401878 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | OUSSENI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Hesler, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement rejeté sa demande reçue le 19 avril 2024 de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un document de circulation l'autorisant à travailler, dans l'attente du jugement de sa requête au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en raison de sa situation personnelle et familiale, de ses attaches à Mayotte à commencer par sa conjointe et leurs trois enfants, dont deux sont de nationalité française, et alors qu'il vit à Mayotte depuis l'âge de 13 ans et qu'il encourt le risque d'être expulsé à tout moment ;
- les moyens tirés du défaut de motivation, de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite portant refus de séjour.
Vu :
- la requête enregistrée le 27 septembre 2024 sous le numéro n° 2401877 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. A, ressortissant comorien né le 22 décembre 1985, soutient qu'il réside à Mayotte depuis l'âge de 13 ans et qu'il y dispose de l'essentiel de ses attaches personnelles et familiales. Toutefois, s'il fait valoir qu'il vit maritalement avec une ressortissante comorienne détentrice d'un titre de séjour, avec laquelle il a eu trois enfants dont deux sont de nationalité française, il n'établit pas par les pièces produites l'ancienneté et l'intensité des liens qui le lieraient avec les membres de sa famille présents à Mayotte, alors qu'il est hébergé par une tierce personne et que sa conjointe a déclaré une adresse différente, non plus que l'absence de liens personnels et familiaux aux Comores. Il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants français. Ainsi, M. A ne démontre pas que la mesure contestée, qui ne constitue pas une mesure d'éloignement, porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le requérant n'établit pas que la décision implicite portant refus de délivrance d'un titre de séjour, porterait atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ou à ceux qu'il entend défendre et rendrait ainsi nécessaire l'intervention du juge des référés en urgence avant que ne soit jugée sa requête au fond.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition du doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 2 octobre 2024.
Le juge des référés,
T. SORIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.