Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 février 2025, la société Bureau Veritas, représentée par Me Junqua-Lamarque, demande au juge des référés :
1°) de condamner la commune de Mamoudzou sur le fondement des dispositions de l’article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser à titre provisionnel la somme de 11 106,62 euros majorée des intérêts moratoires ;
2°) de condamner la commune de Mamoudzou à lui verser la somme de 603 euros HT au titre des indemnités légales ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte Suzanne la somme de 1800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la créance correspondant à sept factures d’un montant de 1586,66 euros TTC chacune, datées des 20 septembre, 25 octobre, 14 décembre 2023, 31 janvier, 20 février, 26 mars et 26 avril 2024 demeurées impayées en dépit d’une mise en demeure du 16 octobre 2024 et aux indemnités forfaitaires de recouvrement et de coût de la mise en demeure n’est pas sérieusement contestable.
La requête a été transmise à la commune de Mamoudzou qui n’a produit aucun mémoire en défense en dépit d’une mise en demeure adressée par courrier du 6 février 2026.
Par une ordonnance du 3 mars 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 17 mars 2026
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Tomi, première conseillère pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Par une convention du 30 novembre 2020 le Bureau Veritas s’est engagé auprès de la commune de Mamoudzou à réaliser une mission de contrôle technique dans le cadre de la réhabilitation du terrain de foot Bamana. Plusieurs factures ont été déposées sur la plateforme CHORUS au fur et à mesure de la réalisation des prestations entre le mois de septembre 2023 et le mois d’avril 2024. Le 16 octobre le bureau Veritas adressait une mise en demeure par l’intermédiaire de son conseil à la commune de payer ces factures. Sans réponse, le bureau Veritas demande au tribunal de condamner la commune à lui payer à titre de provision la somme de 11 553,62 euros TTC ramenée à 11 106,62 euros TTC, augmentée des intérêts moratoires, de l’indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros par facture et les frais de mise en demeure.
Sur l’acquiescement aux faits :
Aux termes de l’article R. 612-6 du code de justice administrative : « Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ». Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 6 février 2026, la commune de Mamoudzou n’a produit aucun mémoire en défense dans le délai qui lui était imparti. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête, dont il appartient au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier.
Sur les conclusions tendant au versement d’une provision :
Aux termes de l’article R 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ».
Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s’assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l’existence avec un degré suffisant de certitude.
En ce qui concerne le principal
Il résulte de l’instruction et il n’est pas contesté que le bureau Veritas a exécuté les prestations comme l’attestent les comptes-rendus de contrôle technique qu’il produit, correspondant aux factures dont il demande le paiement, que ces factures ont été adressées à la mairie de Mamoudzou et n’ont donné lieu à aucune réserve ni contestation de sa part,ni dans le cadre de l’instance. De même, la commune n’a pas réagi à la réception de la mise en demeure ni à celle de la lettre de relance envoyées à quelques jours d’intervalle. Dès lors, la créance correspondant à l’ensemble des factures litigieuse apparaît non sérieusement contestable au sens des dispositions de l’article R541-1 du code de justice administrative.
En ce qui concerne les intérêts moratoires
D’une part aux termes de l’article L2192-12 du code de la commande publique : « Le retard de paiement est constitué lorsque les sommes dues au créancier, qui a rempli ses obligations légales et contractuelles, ne sont pas versées par le pouvoir adjudicateur à l'échéance prévue au marché ou à l'expiration du délai de paiement. » . Aux termes de l’article L2192-13 : « Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire (…) » . Aux termes de l’article R2192-10 : « Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. » Aux termes de l’article R2192-12 : « Sous réserve des dispositions prévues aux articles R. 2192-13, R. 2192-17 et R. 2192-18, le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le marché le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet. ».
D’autre part aux termes de l’article D 2192-35 du code de la commande publique : « Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. ».
En l’espèce, la société requérante produit les rapports initiaux des contrôles réalisés, les diverses factures litigieuses, la lettre de mise en demeure effectivement reçue par la commune et une lettre de relance postérieure à cette mise en demeure, toutes restées sans suite alors que la commune ne fait valoir aucune contestation en défense. Dès lors, les intérêts moratoires sont dus à l’expiration du délai de trente jours suivant la réception de chacune de ces factures par la commune selon les modalités citées au point précédent. A cette somme s’ajoute l’indemnité forfaitaire de recouvrement pour chacune des factures. Les conclusions relatives aux frais de mise en demeure sont insuffisamment justifiées et doivent être rejetées.
Il résulte de ce qui précède que la société Bureau Veritas est fondée à demander la condamnation de la commune de Mamoudzou à lui verser la somme provisionnelle de 11 106,62 euros TTC majorée des intérêts moratoires à compter de l’expiration du délai de paiement de chaque facture et des indemnités forfaitaires de recouvrement relatives à chacune des facture.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Mamoudzou une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la société Bureau Veritas et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
La commune de Mamoudzou est condamnée à verser à la société Bureau Veritas une provision de 11 106,62 euros TTC augmentée des intérêts moratoires à compter de l’expiration du délai de paiement, et de l’indemnité forfaitaire de recouvrement de chaque facture.
La commune de Mamoudzou versera à la société Bureau Veritas la somme de 8 00 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Mamoudzou et à la société Bureau Veritas.
Fait à Mamoudzou le 20 mars 2026.
Le juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.