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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2600878

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2600878

mardi 10 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2600878
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Sujet principal : Demande de suspension d'une mesure d'éloignement sans délai et de réexamen de la situation d'une ressortissante comorienne née à Mayotte et mère d'un enfant français. Juridiction : Tribunal administratif de Mayotte (formation de référé). Solution retenue : Le juge des référés rejette la demande de suspension de l'arrêté d'éloignement, estimant que la condition d'urgence n'est pas caractérisée pour certaines conclusions et que la mesure ne constitue pas une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Il accorde en revanche l'aide juridictionnelle provisoire. Textes appliqués : Article L. 521-2 du code de justice administrative (référé-suspension), article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et dispositions relatives à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

de Mayotte,Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires en production enregistrés le 7 mars 2026, Mme D... A... demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de lui désigner un avocat d’office ;

2°) de suspendre les effets de l’arrêté n° 5927/2026 du 6 mars 2026 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;

3°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) le cas échéant, d’enjoindre au préfet de Mayotte d’organiser son retour à Mayotte, par tous moyens, au frais de l’Etat, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 3
00 euros par jour de retard.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’elle peut être éloignée à tout moment en exécution de la mesure d’éloignement litigieuse ;
- la mesure d’éloignement sans délai prononcé à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, dès lors qu’elle réside à Mayotte depuis sa naissance, qu’il y a été scolarisé, qu’elle est mère d’un enfant français, Nikael Toihayane, né le 9 mai 2025 à Mayotte, de son union avec M. C..., avec lequel elle vit maritalement ;
- son éloignement, avant qu’il ne soit statué sur sa requête interviendrait en méconnaissance des stipulations de l’article 13 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 2° de l’article L. 761-9 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile ;


Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2026, le préfet de Mayotte, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite s’agissant des conclusions dirigées contre l’interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que la requérante peut demander l’abrogation de cette mesure et qu’aucun refus d’abrogation n’est encore né. Elle l’est en revanche s’agissant des conclusions dirigées contre la mesure d’éloignement ;
- la mesure d’éloignement litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que les circonstances invoquées par la requérante, dont la réalité n’était pas contestée, ne caractérise pas une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dés lors que la requérante ne justifie pas d’une insertion stable, qu’elle peut reconstituer sa cellule familiale dans son pays d’origine et qu’elle ne justifie pas être dépourvue de tout lien personnel et familial dans son pays d’origine.

Vu :
- les pièces du dossier ;
- la convention européenne des droits de l’homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 9 mars 2026 à 14 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B... étant greffière d’audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l’audience publique :
- présenté son rapport,
- entendu les observations de Me Ekeu, avocat de permanence qui se constitue à l’audience dans les intérêts du requérant, qui maintient les conclusions de la requête et demande, en outre, qu’une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de l’Etat, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
- et les observations de Me Ben Attia, pour le préfet de Mayotte, qui maintient les conclusions du mémoire en défense et, en outre, demande le rejet des conclusions présentées à l’audience au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 5927/2026 du 6 mars 2026, le préfet de Mayotte a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à Mme D... A..., ressortissante comorienne née le 22 novembre 2007 à Mayotte. Dans le cadre de la présente instance, Mme A... demande la suspension des effets de la mesure d’éloignement prononcée à son encontre.


Sur les conclusions relatives à l’aide juridictionnelle provisoire :


2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Dans les circonstances de l’espèce, Me Ekeu s’étant constitué à l’audience dans les intérêts du requérant, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, Mme D... A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :


3. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».

4. L’intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l’existence d’une situation d’urgence impliquant qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d’une liberté fondamentale. En l’espèce, la condition d’urgence est remplie dès lors que la requérante est susceptible d’être éloignée à tout moment vers les Comores en exécution de la mesure d’éloignement dont elle demande la suspension.

5. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

6. Il résulte de l’instruction, et notamment des certificats et bulletins scolaires produits, que la requérante, née à Mayotte en 2007, et qui justifie y avoir été scolarisée les années 2011/2012 à 2013/2014, y réside de manière continue au moins depuis la rentrée scolaire 2017/2018, soit 9 années à la date du présent jugement, et l’âge de 10 ans. Il résulte également de l’instruction qu’elle est mère de l’enfant français, Nikael Toihayane, née le 9 mai 2025 à Mayotte, à l’éducation et l’entretien duquel elle contribue depuis sa naissance. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la mesure d’éloignement litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, même si ne justifie pas de sa vie commune avec le père de son enfant, M. C..., né au Comores le 11 juin 2001.

7. Par suite, il y a lieu de suspendre les effets de la mesure d’éloignement prise à son encontre et d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais relatifs au litige :

8. Dans les circonstances de l’espèce, le requérant ne justifiant avoir exposé aucun frais non compris dans les dépens au titre de la présence instance, les conclusions présentées à l’audience sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.





ORDONNE :

Article 1er : Mme D... A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les effets de l’arrêté litigieux n° 5927/2026 du 6 mars 2026 sont suspendus en tant qu’il est fait obligation à Mme D... A... de quitter le territoire français sans délai.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme D... A... une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... A... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée aux ministres chargés de l’outre-mer et de l’intérieur en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 10 mars 2026.


Le juge des référés,



F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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