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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2601009

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2601009

lundi 16 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2601009
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Mayotte, statuant en référé-liberté, a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement sans délai d'un ressortissant comorien. Le juge a estimé que la mesure portait une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants nés et scolarisés à Mayotte, au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant. La condition d'urgence était remplie en raison du risque d'éloignement imminent.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2026, M. D... A..., représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l’arrêté du 12 mars 2026 en tant que le préfet de Mayotte l’a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d’origine ;
- la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale et à l’intérêt supérieur de ses enfants.

La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n’a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marchessaux, première conseillère, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 16 mars 2026 à 14h05 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C... étant greffière d’audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marchessaux, juge des référés ;
- les observations de Me Belliard, représentant M. A... ;
- et les observations de Mme B... représentant le préfet de Mayotte.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant comorien né le 9 janvier 1988, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du 12 mars 2026 en tant que le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».

3. L’intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l’existence d’une situation d’urgence impliquant qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d’une liberté fondamentale. En l’espèce, la condition d’urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d’être éloigné à tout moment vers les Comores en exécution de la mesure d’éloignement dont il demande la suspension des effets.

4. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. (…). ».

5. Il résulte de l’instruction que M. A... a bénéficié de titres de séjour de 2013 à 2016 et occupé, à cette époque, un emploi d’agent de sécurité. Il est le père de trois enfants nés à Mayotte les 5 août 2016, 20 août 2017 et 12 novembre 2021 qui y sont scolarisés. La mère de ses enfants est aussi mère d’un autre enfant de nationalité française, né d’une union précédente, le 4 juin 2014. Elle est également enceinte d’un quatrième enfant et exerce un emploi d’assistante de vie familiale pour une association. En outre, elle bénéficie d’un titre de séjour valable jusqu’au 28 octobre 2026. Par ailleurs, M. A... démontre une vie commune avec sa compagne et leurs enfants avec qui il réside, ainsi que contribuer à leur éducation et à leur entretien par la production de factures d’achats de produits, en lien avec eux, de 2016 à 2018 et de paiement de frais de collation scolaire au titre des années scolaires 2024/2025 et 2025/2026. Dans ces conditions, eu égard à sa durée de séjour et ses attaches familiales à Mayotte, M. A... est fondé à soutenir que la mesure d’éloignement litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée.

6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre les effets de la mesure d’éloignement attaquée et d’enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer à M. A... une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois.

En ce qui concerne les frais relatifs au litige :

7. Dans les circonstances de l’espèce, il y lieu de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :


Article 1er : : L’exécution de l’arrêté du 12 mars 2026 par lequel le préfet de Mayotte a fait obligation à M. A... de quitter le territoire français sans délai est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer par tout moyen à M. A... une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours et de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois.

Article 3 : L’Etat versera la somme de 800 euros à M. A... au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... D... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la ministre de l’outre-mer en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 16 mars 2026.


La juge des référés,



J. MARCHESSAUX
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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