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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1808282

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1808282

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1808282
TypeDécision
RecoursAppréciation de légalité
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP DEMES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 octobre 2018, 2 décembre 2020, 1er février 2021 et 27 avril 2021, le département des Alpes de Haute-Provence, représenté par la SCP Gobert et associés, agissant par Me Fouilleul, demande au Tribunal :

1°) à titre principal, de condamner l'Etat et la société ERDF à lui verser la somme de 435 016,96 euros toutes taxes comprises correspondant aux travaux réalisés pour le rétablissement d'ouvrages endommagés ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- étant tiers par rapport à l'ouvrage public, la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée à son égard en raison du caractère anormal et spécial du préjudice et dès lors qu'il rapporte la preuve d'un lien de cause à effet entre les travaux de déconstruction effectués par EDF et les dommages constatés sur les infrastructures de son réseau routier ;

- la responsabilité du concessionnaire EDF, chargé par l'Etat de procéder au démantèlement de la prise d'eau, est également engagée à raison de la faute caractérisée commise par EDF tenant à la mauvaise appréhension de la situation effective initiale et à l'absence de prise en compte des alertes émises par les services du Département ;

- son préjudice s'élève à 435 016,96 euros toutes taxes comprises correspondant aux travaux de terrassement, aux travaux de reprise localisée de chaussée, aux travaux d'ensemencement et de plantation des talus terrassés ;

- en réponse au mémoire du Préfet, sa créance n'est pas prescrite dès lors que les dommages en cause se sont produits au cours de l'automne et de l'hiver 2016-2017 ;

- un défaut d'entretien de la voie départementale n'est pas en cause mais un dommage de travaux publics qui trouve son origine et sa cause dans le démantèlement du seuil litigieux ;

- l'intérêt public que constituent ces travaux ne saurait lui dénier sa qualité de tiers.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 septembre 2020 et 19 février 2021, le préfet des Alpes de Haute-Provence conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête introduite le 11 juin 2018, au-delà du délai de prescription quadriennale, est irrecevable dès lors que les travaux publics dont se plaint le Département se sont terminés en octobre 2013 ;

- le Département ne peut invoquer la responsabilité sans faute de l'administration dès lors que le préjudice subi ne peut se rattacher à un aléa normalement assumé par la victime et, qu'en l'espèce, les dispositions de l'article L. 131-2 du code de la voirie routière prévoient que les dépenses relatives à l'entretien des routes départementales sont à la charge du Département ;

- en outre, les travaux d'effacement du barrage obéissaient à un intérêt public et la responsabilité de la puissance publique peut être atténuée par le fait que la victime contribue à la réalisation du dommage, en faillant à assurer un entretien convenable des immeubles qu'elle possède et qui subissent des dommages ;

- le lien de causalité n'est pas avéré dès lors que les routes départementales RD 107 et RD 900 existent depuis plus longtemps que le barrage de Trente Pas et prennent en compte le débit de la Bléone avant sa construction ; les travaux de suppression du seuil ayant été menés entre août et octobre 2013, et les travaux dont le Département demande réparation ayant été exécutés près de quatre années après les premiers travaux, il est impossible de relier directement l'exécution de ces travaux à la suppression du barrage de Trente-Pas ; les travaux relèvent ainsi de l'entretien normal de la voirie départementale, dont le coût ne peut être supporté que par le Département ;

- si les conditions de mise en jeu de la responsabilité devaient être regardées comme remplies, seule la responsabilité du concessionnaire EDF peut être mise en cause ;

- le préjudice n'est pas justifié.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 octobre 2020 et 9 mars 2021, la société EDF, représentée par la SELARL Blum Engelhard de Cazalet, agissant par Me Engelhard conclut au rejet de la requête, à ce que les sociétés Hydrostadium, Gardiol et Guiramand la relèvent et la garantissent de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre et, en outre, à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge du département des Alpes de Haute-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société ERDF, devenue ENEDIS, doit être mise hors de cause, la société EDF, producteur et fournisseur d'électricité étant seule visée par la requête ;

- elle n'encourt pas de responsabilité dès lors qu'elle était liée par l'arrêté préfectoral du 14 août 2013 autorisant les travaux en cause, que le Département a signé le procès-verbal de récolement ne mettant en évidence aucune non-conformité majeure dans la réalisation des travaux, qu'un suivi de l'impact morphologique de l'arasement de l'ouvrage sur la Bléone a été mis en place dès 2014 ;

- le Département ne justifie pas son préjudice.

Par un mémoire, enregistré le 13 mars 2021, la société Hydrostadium, représentée par Me Jacquemin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et de l'appel en garantie formé par la société EDF à son encontre, à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Gardiol et Guiramand la relèvent et la garantissent de toutes condamnations prononcées à son encontre et, en outre, à ce que le département des Alpes de Haute-Provence lui verse une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la juridiction est incompétente ;

- l'action du Département est prescrite dès lors que les travaux se sont achevés en octobre 2013 ;

- la demande en garantie est également prescrite ;

- l'existence d'un dommage anormal et spécial n'est pas démontrée, de même que l'existence d'un lien direct avec l'ouvrage public ou les travaux publics ;

- sa responsabilité ne peut être recherchée dès lors que la réception des ouvrages vaut quitus pour le maître d'ouvrage ;

- l'appel en garantie devra être rejeté en l'absence de faute de sa part ;

- le Département ne produit aucun élément concret justifiant son préjudice.

Par une ordonnance du 18 mars 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2021.

Vu le mémoire, enregistré le 13 octobre 2022, présenté par la société Gardiol après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 94-894 du 13 octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- les observations de Me Cournaud pour le département des Alpes de Haute-Provence, de Me Deidda pour la société EDF et de Me Cerbello substituant Me Jacquemin pour la société Hydrostadium.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite des fortes pluies survenues en novembre 2016, les enrochements de la Bléone ont été affouillés et se sont effondrés dans le cours d'eau. Estimant que ces désordres résultent de la suppression en 2013 du seuil de la prise d'eau de l'usine hydroélectrique de La Javie, dénommée Usine de Trente Pas, exploitée par la société EDF et qui était située sur la commune de Prads-Haute-Bléone au confluent des cours d'eau de la Chanolette et de la Bléone, le département des Alpes de Hautes-Provence a adressé au préfet de région Provence-Alpes-Côte d'Azur, le 11 juin 2018, une réclamation tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 435 016,96 euros toutes taxes comprises correspondant aux travaux qu'il déclare avoir réalisés pour rétablir les ouvrages endommagés. En l'absence de réponse à sa demande, le département des Alpes de Haute-Provence demande au Tribunal de condamner solidairement l'Etat et la société EDF à lui verser la somme de 435 016,96 euros.

Sur la responsabilité sans faute :

2. Le maître de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, l'architecte et l'entrepreneur chargé des travaux sont responsables vis-à-vis des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Les tiers, auxquels les dommages sont ainsi causés, ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. En premier lieu, sauf en cas d'insolvabilité du concessionnaire, la responsabilité de la collectivité publique concédante d'un ouvrage public ne peut être recherchée à raison des dommages causés par l'existence ou la réalisation de l'ouvrage. La société EDF était concessionnaire, en vertu du décret du 10 septembre 1938, de la concession hydroélectrique de La Javie située sur la rivière de La Bléone, un tel ouvrage affecté au service public de l'approvisionnement en électricité ayant le caractère d'un ouvrage public. Le département des Alpes de Haute-Provence ne peut, par suite, rechercher la responsabilité de l'Etat à raison des dommages causés par le démantèlement de l'ouvrage public en cause et ses conclusions fondées sur la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics doivent être regardées comme dirigées seulement contre la société EDF, dès lors que n'est invoquée par la société EDF, ni une limitation de sa responsabilité quant aux obligations mises à sa charge dans le traité de concession, ni son insolvabilité.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les dommages dont le département des Alpes de Haute-Provence demande réparation consistent, selon " la demande de travaux imprévus et urgents " jointe à la requête, dans l'effondrement d'enrochements qui ont été affouillés à la suite de la crue et dans l'affouillement des berges de la rivière et des anciennes protections en gabions qui se sont effondrées dans le cours d'eau entraînant avec elles une partie du talus routier. La route départementale RD 107 comme la rivière de la Bléone appartenant au domaine public du Département, celui-ci a la qualité de tiers par rapport à la prise d'eau de La Javie, dont les travaux de démantèlement seraient, selon le Département, à l'origine des dommages invoqués. En l'espèce, ces dommages, survenus à la suite de la crue de novembre 2016, ne peuvent se rattacher à l'existence et au fonctionnement même de l'ouvrage hydraulique qui a été démantelé au cours de l'année 2013 et présentent non pas le caractère permanent d'un dommage de travaux publics, ainsi que le soutient le département des Alpes de Haute-Provence, mais un caractère accidentel.

5. En troisième lieu, compte tenu de sa situation de tiers par rapport à la prise d'eau de La Javie, il incombe au département des Alpes de Haute-Provence d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégués et de l'existence d'un lien de causalité entre ces préjudices et la suppression du seuil de la prise d'eau au cours de l'année 2013.

6. Il résulte de l'instruction que les dégradations liées aux crues survenues en 1994, 1995, 1996, 1999 et 2000 ont conduit à l'arrêt de l'exploitation de l'installation hydraulique en 2000, la production ayant chuté à 6 % du productible annuel, et la modification du pont de Chanolles par l'ajout d'une pile en 1984 ayant augmenté le risque d'embâcles et d'affouillements, selon le rapport de suivi de l'exécution des travaux de 2015. Compte tenu d'une nouvelle crue survenue en mars et avril 2013, le barrage a été démantelé aux deux tiers de sa partie centrale en urgence en avril 2013 en raison notamment des risques d'endommagement du pont, puis les travaux d'arasement complet ont été menés d'août à octobre 2013. En vue de réaliser la déconstruction de l'ouvrage implanté dans l'axe d'une cluse que la RD 107 entaille en rive droite, la société EDF, en sa qualité de concessionnaire de l'ouvrage, avait adressé au préfet des Alpes de Haute-Provence en 2010, un dossier de demande d'autorisation de travaux, conformément aux dispositions alors en vigueur du décret n° 94-894 du 13 octobre 2014. Ces travaux ont été autorisés par un arrêté du préfet des Alpes de Haute-Provence du 14 août 2013 et consistaient en " la démolition de la passe de dégravoiement en rive droite, la démolition de l'épi restant du barrage en rive gauche, le confortement définitif des berges rive droite et rive gauche, le démantèlement de la prise d'eau en rive gauche, y compris passe à gravier ", et ces travaux ont été conduits sous la maîtrise d'ouvrage déléguée et la maîtrise d'œuvre de la société Hydrostadium et exécutés par les sociétés Guiramand et Gardiol.

7. Selon le rapport préparatoire au récolement des travaux, produit par le Préfet, les travaux réalisés consistaient dans " le confortement de la rive gauche : démolition de l'épi restant RG du barrage, démolition de la passe à graviers en RG y compris bajoyer RG, démolition du mur en RG de la Chanolette à l'amont du pont, confortement provisoire de la culée RG du pont (réalisé en partie seulement), confortement de la berge en enrochements bétonnés, y compris raccordement au terrain existant. Le confortement de la rive droite : démolition de la passe de dégravoiement, confortement de la berge en enrochements libres, y compris raccordement au terrain existant. L'effacement de la prise d'eau en rive gauche : -arasement des superstructures eu niveau du terrain naturel moins 10 cm y compris cabanon, poteaux d'éclairage, grillages, - comblement des bassins par les résidus de démolition inertes puis par des alluvions excédentaires issus de la zone de travaux dans le lit majeur. Finir par mise en place de terre végétale sur 15 cm d'épaisseur environ, - évacuation des déchets métalliques en décharge agréée, évacuation des éléments souillés au plomb en centre de traitement, comblement au béton des 2 galeries sous voirie et de la galerie amont. ". Le rapport précise également que la société Guiramand a pris soin, pour la réalisation des enrochements en rive droite, de ne pas abîmer la canalisation d'eau potable de La Javie implantée dans le talus. Le rapport fait également état de travaux supplémentaires compte tenu de la découverte d'un mur en enrochements découvert en amont rive droite de la Chanolette, qu'il a été décidé de casser dès lors qu'il se trouvait sur l'emprise du futur mur en enrochements, des constats d'huissier ayant servi à fixer les dommages faits sur le pont et sur les voiries alentours, un document de comparaison avant/après travaux ayant été établi par le maître d'œuvre et approuvé par le conseil général des Alpes de Haute Provence. Enfin, s'agissant de la mise en place du mur en enrochements devant la culée rive gauche du pont, en lieu et place de 29 micro-pieux, le maître d'œuvre, l'entreprise et le conseil général des Alpes de Haute Provence ont validé, au vu des nouvelles données géotechniques, un poste de confortement avec 14 micropieux. Le procès-verbal des opérations de récolement menées le 12 juin 2014, comportant mention de cette non-conformité aux travaux prévus, a été signé par l'ensemble des parties dont le département des Alpes de Haute-Provence. Les travaux dans le cours d'eau se sont achevés le 21 octobre 2013 et la réception du chantier a eu lieu le 23 octobre suivant en présence de la maîtrise d'ouvrage, du département des Alpes de Haute-Provence, du syndicat mixte Asse Bléone (SMAB) et de l'office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA).

8. Le département des Alpes de Haute-Provence soutient que les désordres qu'il indique avoir subi en novembre 2016 sont la conséquence des travaux incomplets de suppression du seuil, qui ont provoqué un abaissement sensible du lit du cours d'eau avec une érosion importante des berges en rive droite entraînant la démolition partielle des talus de la RD 107 et menaçant sa stabilité. Pour autant, le Département ne produit qu'un document intitulé " demande de travaux imprévus et urgents ", établi par le responsable de la Maison technique, service du Département, et non daté, faisant état, au vu de photographies, de désordres constatés sur les ouvrages routiers et de travaux envisagés consistant en " la réalisation de deux chenaux de dérivation du PR4+970 au PR5+270 et du PR5+400 au PR5 +465, au déblaiement des anciens enrochements, au réaménagement du linéaire d'enrochements existant du PR4 + 970 au PR5+465 et la création d'enrochements du PR5+150 au PR5+250, au droit du PR5+400 et du PR5+465 ". Ce document émanant d'un service du Département et les photographies qui y sont jointes ne permettent pas d'apprécier la matérialité des désordres invoqués, les marchés à bons de commande produits par le Département ne permettant pas davantage, en l'absence des bons de commande correspondant aux travaux invoqués, de connaître tant ces désordres que les travaux réalisés.

9. En outre, il résulte de l'instruction, notamment tant du rapport Sogreah de 2008 que du rapport établi en 2015 par le bureau d'études Morph'Eau Conseils, chargé du suivi morphologique de l'arasement de l'ouvrage de Trente-Pas, que le barrage se situait à une hauteur de chute en 1938 de 1,80 mètre par rapport au lit de 1911 et de 3,50 mètres avant démantèlement, cette forte hauteur provoquant ainsi en période de forte crue un risque d'affouillement, ainsi que cela s'est produit en avril 2013, le risque étant accru par le remplacement par le Département de la passerelle du pont de Chanolles par un pont en béton comportant une pile centrale en 1984. Il ressort également des rapports du suivi morphologique de l'arasement du barrage que, suite au démantèlement, le profil en long de la Bléone a au contraire retrouvé un profil d'équilibre avec une incision en amont du barrage sur 600 mètres d'une hauteur moyenne de 1,20 mètre et un exhaussement d'une hauteur moyenne de 1,10 mètre sur un linéaire de 900 mètres en aval. Les rapports précisent également que l'estimation des bilans sédimentaires ont mis en évidence que 61 % du stock sédimentaire en amont du barrage avait déjà été évacué en 2014 et relevait cependant un risque d'érosion au droit de la RD 107 en amont du pont de Chanolles compte tenu de la dynamique latérale de la rivière forte à cet endroit et des enrochements en mauvais état. Par suite, les désordres invoqués par le département des Alpes de Haute-Provence sur ses infrastructures routières survenus à la suite de la crue de novembre 2016, laquelle a provoqué des affouillements, ne sauraient être regardés comme résultant directement des travaux de suppression de la prise d'eau de La Javie effectués en 2013, le Département ne démontrant pas le caractère incomplet de ces travaux. Dans ces conditions, le département des Alpes de Haute-Provence, qui n'établit son préjudice, ni dans son principe, ni dans son étendue, ni le lien direct de causalité avec les travaux de démantèlement de la prise d'eau n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la société EDF sur le fondement de la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics.

Sur la responsabilité pour faute :

10. Le département des Alpes de Haute-Provence fait également valoir que la société EDF est responsable des dommages dont elle demande réparation en raison d'une faute caractérisée du concessionnaire consistant en une mauvaise appréhension de la situation effective initiale et en l'absence de prise en compte des alertes émises par les services du Département. Toutefois, pour des raisons de sécurité et compte tenu du caractère répété des crues, les travaux de démantèlement du barrage se sont imposés et ont été autorisés par un arrêté du 14 août 2013 sur la base d'un dossier de demande d'autorisation établi en 2010 et ont fait l'objet, postérieurement au démantèlement de la prise d'eau, d'un suivi par un bureau d'études spécialisé ainsi qu'il été dit précédemment. Le département des Alpes de Haute-Provence ne conteste pas que les travaux de démantèlement ont été exécutés dans les conditions prévues à l'arrêté préfectoral, et notamment que des travaux de confortement de la rive droite de la Bléone ont été réalisés. Si le Département, qui n'établit pas la matérialité des désordres invoqués ainsi qu'il a été dit précédemment et se borne à soutenir que ses alertes n'ont pas été prises en compte, entendait que la société EDF prenne en charge des travaux sur ses infrastructures routières, il est soutenu en défense, notamment par le Préfet, qu'il appartient au Département de veiller au bon entretien de ses infrastructures, qui étaient anciennes et souffraient d'un manque d'entretien. Dans ces conditions, le département des Alpes de Haute-Provence n'établit pas la faute commise par la société EDF dans la gestion des travaux de démantèlement de la prise d'eau de La Javie et n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la société EDF sur le terrain de la faute.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription, ni d'ordonner une expertise, que les conclusions du département des Alpes de Haute-Provence tendant à ce que l'Etat et la société EDF lui versent une somme de 435 016,96 euros en réparation des préjudices qu'il allègue avoir subis du fait de la crue de novembre 2016 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, et en l'absence de condamnation, les conclusions d'appel en garantie présentées par la société EDF à l'encontre des sociétés Hydrostadium, Guiramand et Gardiol le seront également.

Sur les frais du litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département des Alpes de Haute-Provence, partie perdante dans la présente instance, prétende à une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de de mettre à la charge du département des Alpes de Haute-Provence une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société EDF et par la société Hydrostadium au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du département des Alpes de Haute-Provence est rejetée.

Article 2 : Le département des Alpes de Haute-Provence versera à la société EDF et à la société Hydrostadium chacune une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au département des Alpes de Haute-Provence, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la société EDF, à la société Hydrostadium, à la société Guiramand et à la société Gardiol.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes de Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

La présidente,

Signé

G. AL'assesseur le plus ancien,

Signé

L. Secchi

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous mandataires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière,

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