lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2003863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BARBOSA-RIBEIRO |
Vu la procédure suivante :
Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Marseille a transmis au tribunal administratif de Marseille le dossier de l'instance introduite par M. B A.
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2019 au greffe du tribunal de grande instance de Marseille, et des mémoires, enregistrés le 23 avril et le 21 juin 2021, M. A, représenté par Me Barbosa-Ribeiro, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité au titre de la sclérose en plaques dont il est atteint ;
2°) d'enjoindre à la ministre des armées de lui allouer une pension militaire d'invalidité au titre de sa maladie ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant-dire droit ;
4°) de condamner l'État aux dépens ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son infirmité doit être considérée comme imputable au service, dès lors que sa maladie est apparue consécutivement à deux vaccinations contre la fièvre jaune réalisée en service le 20 août 1998 et le 24 août 2001 et qu'il ne présente aucun antécédent personnel ni familial qui puisse expliquer la survenance de cette maladie ;
- la ministre des armées n'a pas soumis au contradictoire l'ensemble des pièces médicales relatives à sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 8 juillet 2019 au greffe du tribunal de grande instance de Marseille et le 17 juin 2021, le 27 mars 2024 et le 17 mai 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête et à l'homologation du rapport d'expertise rendu par le Dr C le 29 mars 2024.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 9 août 2021 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a désigné le Dr C en qualité d'expert ;
- l'ordonnance de taxation du 24 avril 2024 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Devictor, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A s'est engagé dans l'armée de l'air le 1er janvier 1997. Le 7 juin 2018, M. A a présenté une demande de pension militaire d'invalidité en raison de la sclérose en plaques diagnostiquée en 2005 et dont il estime qu'elle a été causée par l'injection de deux vaccins anti-amariles, en 1998 et 2001, dans le cadre du service. Par une décision du 9 novembre 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité au motif qu'il n'était pas établi que sa maladie serait imputable au service. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision et de lui allouer une pension d'invalidité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Le ministre des armées a produit les pièces pertinentes relatives à la situation administrative et médicale de M. A. L'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : () 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : / () 3° Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ; / 4° Toute maladie constatée au cours d'une guerre, d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national, à compter du quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le soixantième jour suivant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi du militaire dans ses foyers. En cas d'interruption de service d'une durée supérieure à quatre-vingt-dix jours, la présomption ne joue qu'à compter du quatre-vingt-dixième jour suivant la reprise du service actif ".
4. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la présomption légale d'imputabilité ne peut être invoquée, l'intéressé doit apporter la preuve de l'existence d'une relation directe et certaine entre l'origine ou l'aggravation de son infirmité et une blessure reçue, un accident subi ou une maladie contractée par le fait du service. Cette preuve ne peut pas résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, d'une hypothèse médicale, d'une vraisemblance ou d'une probabilité ou encore des conditions générales du service.
5. Il n'est pas contesté que la présomption prévue à l'article L. 121-2 du code susmentionné n'est pas applicable à l'infirmité du requérant. Dès lors, il appartient au requérant d'apporter la preuve de l'existence d'une relation directe entre l'origine de ses infirmités et le service.
6. Il résulte de l'instruction qu'en janvier 1999, soit environ quatre mois après avoir reçu une première injection du vaccin anti-amarile le 20 août 1998 au cours de sa formation, M. A a présenté un épisode de paresthésie de la main gauche qui a persisté trois à quatre semaines, avant de disparaître spontanément. Le 24 août 2001, M. A s'est fait administrer une deuxième dose du même vaccin dans le cadre du service en raison de la perte de son carnet de vaccination. En février 2003, M. A a présenté un nouvel épisode de paresthésie de la jambe et du bras droits. La réalisation d'examens médicaux a permis de conclure à une probable poussée de sclérose en plaques, diagnostic qui a été définitivement confirmé en février 2005. M. A fait valoir que sa maladie est imputable au service dès lors qu'il existe des présomptions " graves, précises et concordantes " établissant un lien entre les deux vaccinations anti-amariles qu'il a reçues et la sclérose en plaques dont il souffre en particulier eu égard à l'apparition de la maladie après les injections et à l'absence d'antécédent de cette pathologie chez lui et dans sa famille. Toutefois, le rapport d'expertise du 29 mars 2024 indique que le délai d'apparition de la maladie, selon que début clinique soit fixé en janvier 1999 ou en février 2003, soit respectivement 5 mois et 16 mois après chaque injection, est peu compatible avec une imputabilité. Il mentionne également qu'en l'état des connaissances médicales, la survenance de la sclérose en plaques ne peut être regardée comme imputable à la vaccination contre la fièvre jaune. Dans ces conditions, la ministre des armées n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'infirmité de M. A n'était pas imputable au service.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle mesure d'expertise, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 novembre 2018 et à demander qu'une pension militaire d'invalidité lui soit allouée au titre de sa maladie.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présence instance, la somme demandée par M. A sur le fondement de ces dispositions.
9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. (). ".
10. Il y a lieu de mettre à la charge définitive de M. A le montant des frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme 3 600 euros par une ordonnance du 24 avril 2024 de la vice-présidente du tribunal administratif.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 3 600 euros sont mis à la charge de M. A.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
É. DevictorLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
N°2003863
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026