vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2006739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP FRANCOIS DUFLOT COURT-MENIGOZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2020 et deux mémoires post-expertise enregistrés les 8 mars et 3 avril 2023, M. B A, représenté par la SCP Lizee-Petit-Tarlet, agissant par Me Petit, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2020 par laquelle le département des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de procéder aux travaux destinés à remédier aux désordres que sa propriété subit pour un montant de 287 021 euros dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 132 euros correspondant aux travaux de réalisation du muret rendus nécessaires pour le protéger des inondations ;
4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône les frais d'expertise de 1 999 euros ;
5°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a un intérêt pour agir dès lors qu'il est le seul propriétaire à jouir privativement du lot 41 sur lequel les dommages se sont produits, en outre il n'y a pas de syndic de copropriété ;
- les dommages causés à sa propriété résultent de l'effondrement partiel d'un talus rocheux qui soutient la route départementale n° 561 ;
- ce talus rocheux, qui est l'accessoire indissociable de la voirie routière qu'il supporte, fait intégralement partie du domaine public routier ;
- il est tiers par rapport à l'ouvrage public ; il subit un préjudice anormal et spécial ; la responsabilité sans faute du département des Bouches-du-Rhône sur le fondement des dommages de travaux publics est engagée ;
- la responsabilité sans faute du département des Bouches-du-Rhône est engagée du fait du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public que constitue la route départementale, et qui consiste en un défaut de conception du système d'évacuation des eaux pluviales de celle-ci ;
- les roches et terres effondrées sur sa propriété doivent être évacuées ;
- des travaux de confortement, béton projeté, paroi clouée, le tout sous maitrise d'œuvre spécialisée dans la typologie des ouvrages, étude géotechnique de type G3 avec étude d'exécution et suivi de chantier doivent être réalisés pour un montant arrêté à la somme de 287 021 euros conformément aux préconisation du rapport d'expertise ;
- il est fondé à demander le remboursement de la somme de 132 euros correspondant aux travaux de réalisation du muret de 40 cm de haut à l'arrière de la maison au niveau de la seconde porte afin de ne plus être inondé dans l'attente des travaux.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 septembre 2021 et 31 janvier 2022, et deux autres mémoires post-expertise, enregistrés les 21 mars et 21 avril 2023, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par la SCP François Duflot Court-Menigoz, agissant par Me Duflot, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet, à titre infiniment subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente des résultats de la procédure d'alignement en cours ou, à défaut, dans l'attente de la réponse du juge judiciaire à une question préjudicielle, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le requérant n'a pas d'intérêt pour agir dès lors que le terrain sur lequel ont chuté les gravats sont des parties communes et que seule la copropriété avait, par suite, qualité pour agir ;
- le déroulement de l'expertise ne lui a pas permis de faire utilement valoir ses observations ;
- la falaise dont les blocs rocheux se sont détachés n'appartient pas au domaine public ; elle est la propriété privée du requérant ;
- la circonstance, au demeurant non établie, que la falaise serve de fondation à la route départementale ne permet pas d'en déduire qu'elle fait partie du domaine public ;
- le lien de causalité entre le fonctionnement de la route départementale et le détachement de blocs rocheux n'est pas établi, le talus rocheux subit une érosion naturelle ; l'humidité est due à la construction elle-même ; l'évacuation des eaux provenant de la route départementale ne se fait pas vers le talus mais dans un sens opposé ; les venues d'eau depuis les exutoires présents sur la route ne peuvent être que très ponctuelles voire inexistantes dès lors qu'ils sont obstrués et que leur configuration ne permet pas un passage aisé de l'eau ; l'eau est plutôt retenue par la route ; le revêtement bitumeux de la route en tête de falaise permet de limiter les apports d'eau dans la falaise en imperméabilisant sa surface ; les exutoires ne se situent pas au droit de la zone effondrée ; l'effondrement a eu lieu en partie basse et non en partie haute ;
- en application de l'article 640 du code civil, il appartient au requérant de supporter l'écoulement des eaux du fond supérieur ;
- le requérant ne rapporte pas la preuve de la réalité des dommages qu'il invoque ;
- il a commis des fautes de nature à l'exonérer de sa responsabilité dès lors que sa maison est construite à proximité d'une falaise constituée notamment d'une matière sableuse ne pouvant à terme résister au phénomène d'érosion, et qu'il n'a mis en place aucun système de drainage des eaux sur sa propriété alors que sa maison se trouve à flanc de falaise et subit de fait le ruissellement naturel de celle-ci ;
- une procédure d'alignement et de délimitation prévue par l'article L. 112-4 du code de la voirie routière est en cours, dont l'issue permettra de trancher la question de la propriété de la falaise litigieuse ;
- si le tribunal estime que l'examen de la contestation sur la propriété de la falaise litigieuse soulève une difficulté sérieuse, il lui appartient de surseoir à statuer et de saisir l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle ;
- les solutions proposées et le chiffrage retenu par l'expert ne sont pas étayés.
Par une ordonnance du 30 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- le jugement avant-dire droit du 3 juin 2022 par lequel le Tribunal a ordonné la réalisation d'une expertise ;
- l'ordonnance du 20 décembre 2022 liquidant et taxant les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 1 999 euros TTC.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charpy
- les conclusions de M. Boide, rapporteur public.
- et les observations de Me Duflot pour le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est propriétaire d'un immeuble situé route de Peyrolles, le Pey Gros à Jouques. Il allègue que le talus rocheux qui soutient la route départementale n° 61 et surplombe sa propriété, s'est partiellement effondré au droit de son bâtiment. M. A a adressé, le 13 mai 2020, au département des Bouches-du-Rhône une demande d'indemnisation de ses préjudices qui a été rejetée par ce dernier. Le requérant demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de procéder aux travaux destinés à remédier aux désordres que sa propriété subit pour un montant de 287 021 euros et de condamner le département à lui verser la somme de 132 euros correspondant aux travaux de réalisation du muret rendu nécessaires pour le protéger des inondations dans l'attente des travaux.
Sur la fin-de-non-recevoir soulevée par le département des Bouches-du-Rhône :
2. Aux termes de l'article 14 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " La collectivité des copropriétaires est constituée en un syndicat qui a la personnalité civile () Il a pour objet la conservation de l'immeuble et l'administration des parties communes. ". Aux termes de l'article 15 de cette même loi : " Le syndicat a qualité pour agir en justice, tant en demandant qu'en défendant, même contre certains des copropriétaires ; il peut notamment agir, conjointement ou non avec un ou plusieurs de ces derniers, en vue de la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble. / Tout copropriétaire peut néanmoins exercer seul les actions concernant la propriété ou la jouissance de son lot, à charge d'en informer le syndic ". Il résulte de ces dispositions que le syndicat des copropriétaires peut seul agir pour assurer la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble lorsqu'un tiers à la copropriété porte atteinte aux parties communes sans causer de préjudice propre à un copropriétaire.
3. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'acte de vente produit par le requérant, que M. A a acquis, le 28 juin 1995, plusieurs lots dépendant d'une copropriété située à Jouques, parmi lesquels le lot n° 41 comprenant la jouissance privative d'une cour située au rez-de-chaussée surélevé du bâtiment B d'une superficie de 35 m². D'autre part, il est constant que les blocs rocheux qui se sont détachés du talus qui surplombe la propriété de M. A sont tombés dans cette cour et le requérant fait valoir que l'éboulement y a obstrué l'écoulement naturel des eaux de pluie, ce qui a entraîné des entrées d'eau chargée de boue dans sa cuisine au sol.
4. Il résulte de ce qui précède que le requérant, qui justifie d'un préjudice propre lui conférant un intérêt pour agir, a également la qualité pour agir dans la présente instance. La fin de non-recevoir soulevée en défense ne peut dès lors qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. La décision rejetant implicitement la demande préalable d'indemnisation présentée par le requérant a eu pour seul effet de lier le contentieux indemnitaire à l'égard de l'objet de sa demande, qui tend à obtenir l'indemnisation des préjudices dont il se prévaut, et a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, le requérant ne peut utilement demander l'annulation de cette décision.
Sur la responsabilité :
6. Il résulte de l'instruction que le requérant recherche l'engagement de la responsabilité du département des Bouches-du-Rhône à raison des dommages subis par sa propriété du fait de la chute de pierres et roches qui se sont détachées du talus rocheux surplombant son bâtiment et supportant la route départementale n° 61.
7. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
8. D'une part il résulte de l'instruction que, le 24 octobre 2019, à la suite d'un épisode orageux, une partie du talus rocheux soutenant la route départementale n° 61 s'est effondrée sur la propriété de M. A. La survenance de cet éboulement rocheux, qui n'est pas contestée par le département des Bouches-du-Rhône, est confirmée par le rapport d'expertise de la société Aurexo diligentée par l'assureur de M. A, ainsi que par un courrier de cette même société du 16 janvier 2020, indiquant que " l'éboulement partiel de la falaise de soutien obstrue la petite cour totalement aveugle sauf par la porte de la cuisine, et empêche l'écoulement des eaux de pluie ". Le rapport d'expertise ajoute par ailleurs que " l'éboulement a obstrué l'écoulement naturel des eaux de pluie et l'eau chargée de boue entre dans la cuisine au sol () ". Les photographies produites à l'appui de l'expertise judicaire réalisée en 2023 figurent d'ailleurs les rochers présents dans la cour derrière la maison de M. A. Dans ces conditions, la matérialité des faits allégués doit être regardée comme établie.
9. D'autre part il résulte de l'instruction et en particulier de la carte du Bureau Régional Géologique et Minier cité par le rapport d'expertise, que le secteur s'étage de calarénite à un sable peu consolidé et qu'à l'intersection de ces deux couches, des concrétions blanches sont visibles, traces du passage de l'eau. Le rapport d'expertise judiciaire indique en page 11 que la route départementale n° 61 est bombée et que cette configuration renvoie naturellement l'eau de ruissellement de la moitié de la route le long de la route départementale contre le muret qui la délimite, bâti sur la plateforme rocheuse au-dessus de la propriété de M. A. Des exutoires réguliers permettent l'écoulement de l'eau qui ruisselle sur la falaise jusqu'au pied de la façade de M. A. L'expert indique également que l'eau déstabilise les sables et le calcaire dont des blocs sont tombés au pied de la maison de M A, empêchant l'eau de s'évacuer en suivant la pente naturelle du terrain. Ainsi, si la falaise en litige a subi un phénomène d'érosion naturelle, ce dernier est nécessairement aggravé par l'existence de la route départementale. Dans ces conditions, M. A, qui se prévaut de ces conclusions expertales, doit être regardé comme démontrant que le facteur déterminant de l'effondrement partiel du talus qui surplombe sa propriété est le ruissellement des eaux provenant de la route départementale. Si le département des Bouches-du-Rhône fait valoir en défense qu'il résulte de l'expertise que les blocs au sol viennent de la partie basse du talus rocheux, et que les exutoires, obstrués et ne laissant passer qu'une faible quantité d'eau, ne sont pas situés au droit de la portion de falaise qui s'est effondrée, ces seules circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause le lien de causalité entre l'ouvrage public et les dommages subis par le requérant.
10. Enfin, le département des Bouches-du-Rhône ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article 640 du code civil qui institue, au détriment des fonds inférieurs, une servitude d'écoulement des eaux, dès lors que ce texte législatif n'est applicable qu'à la double condition, non remplie en l'espèce, que la main de l'homme n'y ait pas contribué et que le propriétaire du fonds supérieur n'ait rien fait qui aggrave la servitude du fond inférieur.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres fondements de responsabilité invoqués ni d'examiner la demande de sursis à statuer présentée en défense, que le département des Bouches-du-Rhône, qui est maître d'ouvrage de la route départementale n° 61, est responsable des dommages subis par le requérant et causés par cet ouvrage public.
En ce qui concerne les causes exonératoires de responsabilité :
12. D'une part, il ne saurait être reproché à M. A, qui a acquis sa maison en 1995, le caractère fautif de la construction de celle-ci, vraisemblablement au 19ème siècle, à proximité de la falaise. D'autre part, si le département des Bouches-du-Rhône reproche au requérant l'absence de système de drainage des eaux sur sa propriété, il n'établit toutefois pas qu'un tel dispositif, qui vise à évacuer les eaux au sol, aurait permis d'éviter la chute des blocs rocheux, alors que M. A soutient pour sa part que la pente naturelle du terrain permettait, avant la chute de ces rochers, l'évacuation des eaux de pluie au droit de son immeuble, ce que tendent à corroborer l'ancienneté de la configuration des lieux et l'absence de sinistre antérieur. Dans ces conditions, le conseil départemental des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à soutenir que le requérant aurait commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité.
Sur la réparation :
13. M. A demande le remboursement d'une somme de 132 euros correspondant aux travaux de réalisation du muret de 40 cm de haut à l'arrière de la maison au niveau de la porte d'accès à sa cuisine afin de protéger celle-ci des inondations. Le caractère direct de ce poste de préjudice est établi dès lors que les blocs rocheux tombés au pied de sa maison empêchent l'eau de s'évacuer en suivant la pense naturelle du terrain, ce qui entraine des risques d'inondation de la cuisine. Par ailleurs, le rapport d'expertise, et notamment les plans et photos qui y sont joints, ainsi que le devis établi par l'entreprise de maçonnerie qui a réalisé le muret permettent d'établir le caractère certain de ce poste de préjudice. Il y a lieu, dès lors, d'allouer la somme de 132 euros à M. A.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. M. A demande au tribunal d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de procéder à la réalisation des travaux pour remédier aux désordres qu'il subit, reprenant à ce titre les conclusions de l'expert judiciaire qui visent, d'une part, le déblaiement des roches et terres effondrées pour un coût évalué à 5 760 euros et, d'autre part, des travaux de confortement du talus rocheux pour un coût évalué à 260 000 euros, auquel doit s'ajouter selon l'expert, un forfait de maîtrise d'œuvre évalué à 21 261 euros, portant le coût total de l'ensemble des travaux à 287 021 euros.
15. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
16. Pour la mise en œuvre des pouvoirs décrits ci-dessus, il appartient au juge, saisi de conclusions tendant à ce que la responsabilité de la personne publique soit engagée, de se prononcer sur les modalités de la réparation du dommage, au nombre desquelles figure le prononcé d'injonctions, dans les conditions définies au point précédent, alors même que le requérant demanderait l'annulation du refus de la personne publique de mettre fin au dommage, assortie de conclusions aux fins d'injonction à prendre de telles mesures. Dans ce cas, il doit regarder ce refus de la personne publique comme ayant pour seul effet de lier le contentieux.
17. En premier lieu, il résulte de l'instruction, que si les blocs rocheux tombés au pied de la maison de M. A n'ont pas été évacués, la persistance du dommage, qui consiste dans l'obstruction de l'écoulement naturel des eaux de pluie sur sa propriété, ne trouve son origine ni dans l'exécution défectueuse de travaux, ni dans le défaut ou le fonctionnement anormal de l'ouvrage public. Par suite, l'abstention d'agir de l'administration ne saurait être regardée comme fautive et les conclusions aux fins d'injonction destinées à mettre fin à ce désordre ne peuvent être accueillies. Il y a lieu en revanche de laisser le choix au département des Bouches-du-Rhône entre verser à M. A une indemnité de 6 000 euros et procéder par ses propres moyens à l'enlèvement des blocs rocheux tombés au pied de la falaise dans la propriété de celui-ci, et ce dans un délai de six mois.
18. En deuxième lieu, d'une part il résulte de l'instruction que les exutoires du muret qui borde la route départementale n° 61 évacuent toujours les eaux de ruissellement sur le talus qui la soutient et la propriété du requérant, d'autre part il résulte de ce qui précède que cette persistance du dommage trouve son origine dans un défaut de fonctionnement de l'ouvrage public. En outre, il n'est pas allégué ni même établi que les aménagements destinés à mettre fin au dysfonctionnement de l'ouvrage représenteraient un coût financier manifestement disproportionné par rapport au préjudice subi par M. A, ni qu'un autre motif d'intérêt général justifierait l'abstention de la personne publique, qui doit par suite être regardée comme fautive. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de procéder, dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, aux aménagements de la route départementale n° 61 ou du muret qui en constitue l'accessoire, destinés à empêcher que les eaux de ruissellement qui sont évacuées par les exutoires du muret ne lavent la paroi du talus rocheux qui sert de soutènement à celle-ci, ou à tout autre aménagement de nature à mettre fin au dysfonctionnement de l'ouvrage et à parer la réitération du dommage.
Sur les dépens :
19. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
20. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 1999 euros par ordonnance en date du 20 décembre 2022, à la charge du département des Bouches du-Rhône.
Sur les frais liés à l'instance :
21. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre la somme totale de 1 500 euros à la charge du département des Bouches-du-Rhône, au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par le département sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Bouches-du-Rhône versera la somme de 132 euros à M. A en réparation du préjudice qu'il a subi.
Article 2 : À défaut de procéder dans un délai de six mois à l'enlèvement des blocs rocheux tombés au pied du talus en 2019, le département des Bouches-du-Rhône versera à M. A une somme de 6 000 euros.
Article 3 : Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de réaliser, dans un délai de six mois, les travaux tels que décrits au point 18 du présent jugement.
Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 1 999 euros par ordonnance 20 décembre 2022, sont mis à la charge du département Bouches-du-Rhône.
Article 5 : Il est mis à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme totale de 1 500 euros, au profit de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Rousselle, présidente,
M. Secchi, premier conseiller,
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Charpy
La présidente,
Signé
P. Rousselle
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026