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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103272

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103272

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSCP FRANCOIS DUFLOT COURT-MENIGOZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021 et un mémoire enregistré le 13 octobre 2022, M. E B, représenté par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 2 373,46 euros au titre du préjudice matériel qu'il estime avoir subi, 18 500 euros en réparation d'un préjudice de jouissance et 2 080 euros au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi, avec intérêt au taux légal et capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'absence de prise en charge par le département du jeune D A constitue une atteinte grave à l'obligation de protection des mineurs par le département, ce qui constitue une carence de l'administration ;

- le département des Bouches-du-Rhône a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en n'hébergeant pas M. C ;

- le département, qui est soumis à l'obligation d'exécuter les décisions de justice en vertu des principes généraux qui gouvernent le fonctionnement de la justice et des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit à un procès équitable, a commis une carence fautive en n'accompagnant pas M. C malgré les multiples décisions rendues à son égard ;

- le département est responsable du fait de la garde qu'il exerce sur M. C, même sans faute, des conséquences dommageables de l'hébergement de ce dernier ;

- M. B avait la qualité de collaborateur occasionnel du service public et la responsabilité sans faute du département des Bouches-du-Rhône doit également être engagée à ce titre ;

- les fautes de l'administration lui ont causé un préjudice de jouissance, moral, matériel et financier qu'il convient de réparer.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2021, le 25 octobre 2022 et le 3 avril 2023, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Duflot, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fédi, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public ;

- les observations de Me Chartier, représentant M. B, qui précise que le département était dans l'incapacité d'exécuter les décisions relatives aux mineurs non accompagnés ; que M. B a recueilli le jeune D alors qu'il était en situation de détresse ; la faute du département, au regard de ses obligations législatives et juridictionnelles est établie : le département avait la garde du jeune et est responsable à ce titre en vertu des articles 375 et suivant du code civil ; l'urgente nécessité est démontrée, en l'absence de prise en charge, les citoyens ont le devoir en vertu du principe de fraternité et de la non-assistance à personne en danger d'accueillir le jeune D C, la responsabilité du département doit être engagée à la fois sur le plan moral et juridique, et s'en rapporte aux bénéfices de ses précédentes écritures ;

- et les observations de M. B, qui précise les conditions d'accueil du jeune.

Considérant ce qui suit :

1.M. B a accueilli à son domicile le jeune D A C, mineur non accompagné de nationalité guinéenne, âgé de seize ans, à compter du 25 novembre 2017. Par trois ordonnances, le juge des référés liberté du tribunal administratif de Marseille a enjoint au département des Bouches-du-Rhône d'assurer l'hébergement et la prise en charge de M. C et a liquidé provisoirement l'astreinte infligée le 1er décembre 2017, le 20 février 2018 et le 11 avril 2018. M. C ayant été pris en charge par le département des Bouches-du-Rhône le 21 juin 2018, le tribunal a liquidé définitivement l'astreinte le 9 juillet 2018 en condamnant ce dernier à verser la somme de 10 500 euros à M. C. Après que, par une décision du 27 juillet 2020, le département des Bouches-du-Rhône ait rejeté sa demande préalable, M. B demande la condamnation du département des Bouches-du-Rhône à lui réparer les préjudices financiers, de jouissance et moral, qu'il estime avoir subi durant la période d'hébergement de ce mineur.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité sans faute du fait de la garde :

2. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont la personne publique se trouve ainsi investie lorsque le mineur a été confié à un service ou un établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le mineur ne se trouvait pas, au moment des faits, sous la surveillance effective du service ou de l'établissement qui en a la garde. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

3. M. B soutient qu'il doit être considéré comme un tiers victime de l'absence de prise en charge par le département des Bouches-du-Rhône du jeune D A C. Toutefois, il résulte de l'instruction que le fait générateur de la faute invoqué est la carence de l'administration départementale et non un fait dommageable du mineur pris en charge dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil. Dès lors, le régime de responsabilité sans faute invoqué ne peut trouver à s'appliquer en l'espèce. Par suite, la responsabilité du département des Bouches-du-Rhône, ne saurait être engagée sur ce fondement de responsabilité.

En ce qui concerne la responsabilité de plein droit du département tirée de la qualité de M. B de collaborateur occasionnel du service public :

4. Pour solliciter la condamnation du département des Bouches-du-Rhône à raison de la prise en charge de M. C, en qualité de mineur non accompagné confié au département, à son domicile, M. B soutient qu'il est intervenu pour pallier à une carence de la collectivité territoriale dans sa mission. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé, qui n'a jamais bénéficié d'autorisation pour accueillir des mineurs non accompagnés, aurait obtenu une autorisation, même tacite, de la part du département des Bouches-du-Rhône, pour prendre en charge le jeune D A. Dans ces conditions, la prise en charge en litige de ce mineur doit être regardée comme ayant revêtu un caractère volontaire de la part du requérant. En outre, il est soutenu également que l'autorisation de l'administration, dans cette prise en charge, n'était pas opposable dès lors que cet accueil était nécessité par l'urgence, qui résulte notamment du fait que le juge des référés liberté a admis l'urgence pour statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au département de prendre en charge M. C. Toutefois, d'une part, l'urgence invoquée par le requérant, qui résulte pour le juge des référés de l'obligation pour lui de statuer en urgence, ne saurait caractérisée l'urgente nécessité au sens et pour application du régime de responsabilité tirée de la qualité de collaborateur occasionnel du service public. D'autre part, il résulte de l'instruction que si ce même juge des référés a prononcé son injonction avec astreinte, la liquidation n'a été prononcée qu'aux termes de plusieurs semaines en l'absence de prise en charge du jeune. Enfin, si le requérant se prévaut d'une situation d'urgente nécessité compte tenu de l'état de santé du jeune D A, il ne verse au débat aucun élément et notamment aucun certificat médical à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, en l'absence d'une urgente nécessité, revêtant un caractère impérieux et en l'absence de démonstration de péril imminent ou de danger pour le jeune D A consécutif à un défaut de prise en charge, M. B, ne saurait être regardé comme ayant agi, en l'espèce, en qualité de collaborateur occasionnel du service public, à l'égard duquel la responsabilité de la personne publique peut être engagée en l'absence de faute. Il s'ensuit que ses conclusions indemnitaires, présentées sur ce fondement de responsabilité, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la responsabilité du département en raison de la carence du département dans son obligation de prendre en charge les mineurs :

5. Les préjudices invoqués par le requérant, trouvant leur origine exclusive dans sa décision spontanée et volontaire d'héberger M. C, sont, donc sans lien de causalité avec le principe de responsabilité tiré de la carence du département dans son obligation de prise en charge des mineurs.

En ce qui concerne la responsabilité pour faute du département en raison, d'une part, de l'inexécution de l'ordonnance de placement provisoire du 17 novembre 2017, et d'autre part, de l'inexécution des multiples ordonnances de référé :

6. Les préjudices dont le requérant demande réparation trouvent leur origine exclusive dans la décision spontanée de l'intéressé d'héberger le mineur non accompagné, et par suite, le préjudice en résultant est sans lien avec le principe de responsabilité lié à la carence de l'administration d'exécuter les décisions juridictionnelles rendues.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président-rapporteur,

Mme Caselles première conseillère,

Mme Dyèvre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. FEDI

La première assesseure,

signé

S. CASELLES

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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