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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202607

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202607

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Mielle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2016 par lequel le département des Alpes-de-Haute-Provence l'a sanctionnée d'une exclusion temporaire de fonctions de 12 mois dont 6 mois avec sursis ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le département des Alpes-de-Haute-Provence l'a réintégrée pour lui appliquer, à compter du 22 novembre 2021, à l'expiration d'une disponibilité pour raison de santé, cette sanction ;

3°) de condamner le département des Alpes-de-Haute-Provence à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation de ses préjudices économiques et moraux ;

4°) de mettre à la charge du département des Alpes-de-Haute-Provence la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- son aptitude physique, préalablement à sa réintégration, n'a pas été vérifiée par un médecin agréé ou le comité médical en méconnaissance de l'article 26 du décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- la sanction disciplinaire ne pouvait s'appliquer alors qu'elle se trouvait en arrêt de travail jusqu'au 31 décembre 2021 ;

- elle a été exécutée plus de 5 ans après la connaissance des faits en violation du principe général du droit disciplinaire du délai raisonnable entre la connaissance des faits et l'infliction de la sanction ;

- elle devait être immédiatement exécutoire en application de l'article 16 du décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- elle est disproportionnée et inopportune compte tenu de l'ancienneté des faits ;

- la faute de l'administration lui a fait perdre 10 200 euros de revenus et lui a occasionné un préjudice moral qui doit être estimé à 4 800 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le département des Alpes-de-Haute-Provence, représenté par Me Paccard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2016 sont irrecevables car tardives ;

- les moyens développés par Mme A à l'encontre de l'arrêté du 20 janvier 2022 ne sont pas fondés ;

- sa responsabilité ne peut pas être engagée ;

- aucun préjudice n'est caractérisé ;

- l'intéressée a perçu la somme de 1 468,65 euros nets entre novembre 2021 et mai 2022 ;

- elle ne justifie pas du montant important de la somme qu'elle demande au titre du préjudice moral.

Par un courrier du 16 décembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par la requérante en l'absence de liaison du contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Paccard, représentant le département des Alpes-de-Haute-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Adjointe technique de première classe des établissements d'enseignement, Mme A est employée par le département des Alpes-de-Haute-Provence. Par arrêté du 14 décembre 2016, notifié le 1er février 2017, celui-ci l'a sanctionnée d'une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de 12 mois dont 6 mois avec sursis. Mme A a été placée en congé de maladie ordinaire du 22 novembre 2016 au 21 novembre 2017 puis en disponibilité d'office pour raison de santé du 22 novembre 2017 au 21 novembre 2021. Eu égard aux arrêts de travail de l'intéressée, l'exécution de cette sanction a été suspendue par un arrêté du 14 mars 2017. Par courrier du 21 novembre 2021, Mme A a sollicité du département des Alpes-de-Haute-Provence l'annulation de cette sanction. Cette demande a été rejetée par courrier du 27 janvier 2022. La requérante a été réintégrée, par arrêté du 20 janvier 2022, à compter du 22 novembre 2021 et s'est vue appliquer à compter de cette date la sanction en cause. Mme A demande au tribunal l'annulation des arrêtés des 14 décembre 2016 et 20 janvier 2022 et la condamnation du département des Alpes-de-Haute-Provence à l'indemniser à hauteur de 15 000 euros pour les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la fin de non-recevoir opposée aux conclusions dirigées contre l'arrêté du 14 décembre 2016 :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 14 décembre 2016, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifié à la requérante, ainsi que l'établit l'administration, le 1er février 2017. Dès lors, Mme A disposait, à compter de cette date, d'un délai de deux mois pour former un recours contre cette décision devant le tribunal en application des dispositions citées au point 2. Or, la requête présentée par Mme A n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Marseille que le 25 mars 2022, soit après l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département des Alpes-de-Haute-Provence, tirée de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'arrêté du 14 décembre 2016, doit être accueillie.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'indemnisation :

5. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation () ". Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

6. Mme A demande réparation de la somme de 15 000 euros en réparation de ses préjudices économiques et moraux. Toutefois, en dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée les 22 et 25 novembre 2024, Mme A n'a, à l'expiration du délai de vingt jours qui lui était imparti, ni produit une copie de la décision attaquée ni la copie de sa réclamation préalable auprès de l'administration. Par suite, en l'absence de décision administrative expresse ou implicite statuant sur une demande préalable de la requérante, les conclusions indemnitaires présentées par cette dernière doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2022 :

7. D'une part, aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa version alors en vigueur : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. La durée de la disponibilité prononcée en vertu du premier alinéa du présent article ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions dans les conditions prévues à l'article 26, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. Toutefois, si, à l'expiration de la troisième année de disponibilité, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du comité médical qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions ou faire l'objet d'un reclassement avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement ". Aux termes de l'article 26 du même décret, dans sa version alors en vigueur : " () Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date, s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique est soit reclassé dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, soit mis en disponibilité d'office dans les conditions prévues à l'article 19, soit, en cas d'inaptitude physique à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, dans sa version alors en vigueur : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation () Le secrétariat du comité médical informe le fonctionnaire : -de la date à laquelle le comité médical examinera son dossier ; -de ses droits concernant la communication de son dossier et de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix ; -des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur () ".

8. Il résulte de ces dispositions que la réintégration d'un fonctionnaire territorial dans son administration, à l'issue d'une disponibilité prononcée d'office pour raison de santé, implique que celui-ci soit apte à l'exercice de ses fonctions. En cas de contestation de cette aptitude, le comité médical doit être saisi.

9. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 22 novembre 2017 au 21 novembre 2021 et que, le 28 octobre 2021, elle a sollicité un congé de longue durée et produit une attestation de son médecin en date du 13 septembre 2021 jugeant son état médico-psychologique incompatible avec une reprise d'activité professionnelle au 22 novembre 2021. Il n'est pas contesté, de surcroît, par l'administration qu'elle lui a adressé un arrêt de maladie ordinaire pour la période du 16 novembre au 31 décembre 2021. Par suite, il incombait au département des Alpes-de-Haute-Provence, avant de réintégrer Mme A, de saisir le comité médical afin d'obtenir son avis quant à l'aptitude de celle-ci à reprendre ses fonctions. L'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le département des Alpes-de-Haute-Provence a prononcé la réintégration de Mme A dès le 22 novembre 2021 sans recueillir préalablement l'avis du comité médical, alors que celle-ci contestait son aptitude à la reprise du travail, est entaché d'un vice de procédure qui a privé l'intéressée des garanties prévues par les dispositions du décret du 30 juillet 1987 citées au point 7. La décision de réintégration de la requérante doit, dès lors, être annulée et cette annulation prive de base légale la décision d'application de la sanction d'exclusion temporaire.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2022.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Alpes-de-Haute-Provence une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département des Alpes-de-Haute-Provence demande au titre des mêmes frais exposés par lui.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le département des Alpes-de-Haute-Provence a réintégré Mme A à compter du 22 novembre 2021 avec application, à compter de la même date, de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de 12 mois assortie d'un sursis partiel de 6 mois, est annulé.

Article 2 : Le département des Alpes-de-Haute-Provence versera la somme de 1 200 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par le département des Alpes-de-Haute-Provence au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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