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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203842

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203842

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203842
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantBELLILCHI-BARTOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2022, Mme C B, représentée par Me Bellilchi-Bartoli, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Laveran et l'Etat à lui verser la somme globale de 129 257,20 euros en réparation du préjudice subi, avec intérêts au taux légal à compter de son recours préalable indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'HIA Laveran, qui dépend du ministre des armées, a commis une faute dans le choix thérapeutique d'effectuer une chirurgie de sleeve gastrectomie alors qu'elle ne remplissait pas les critères établis par la Haute Autorité de Santé pour bénéficier de cette intervention en première intention ;

- l'HIA Laveran a également méconnu son obligation d'information ;

- elle est fondée à obtenir une indemnisation d'un montant total de 129 257,20 euros, soit les sommes de 7 040 euros au titre des frais d'expertise et de médecins de recours, de 756 euros au titre du déficit fonctionnel total, de 6 109,60 euros au titre du déficit fonctionnel partiel, de 3 801,60 euros au titre de l'assistance tierce personne, de 15 000 euros au titre des souffrances endurées, de 8 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire et de 2 000 euros sur ce poste de préjudice permanent, de 36 750 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 15 000 euros au titre du préjudice sexuel et de 30 000 euros au titre du préjudice moral d'impréparation.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 9 juin 2023, la CPAM des Bouches-du-Rhône demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 908,23 euros, sous réserve d'autres paiements non connus au jour du jugement, assortie des intérêts légaux, ainsi qu'une somme de 302,74 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, au prononcé d'une expertise permettant d'évaluer le taux de perte de chance et les préjudices imputables à la prise en charge par l'HIA Laveran.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 23 janvier 2020 taxant les frais et honoraires de l'expert à la somme de 510 euros ;

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 23 aout 2021 taxant les frais et honoraires de l'expert à la somme de 2 260 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Diwo, rapporteure ;

- et les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été hospitalisée du 8 au 14 juin 2011 à l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Laveran, relevant du ministère des armées, où elle a subi le 9 juin une intervention chirurgicale de gastrectomie longitudinale (dite sleeve gastrectomie). Elle a présenté dans les suites de l'intervention une fistule gastrique et a été opérée le 30 juin suivant pour drainer la collection liquidienne. Le 28 juillet 2015, une fibroscopie révélait la présence d'une fistule post sleeve nécessitant une nouvelle opération chirurgicale pour la mise en place d'un by-pass. Elle a souffert par la suite de carences vitaminiques graves, ainsi que d'un reflux gastro-œsophagien. Mme B demande l'indemnisation du préjudice qu'elle aurait subi à raison de fautes commises dans le cadre de sa prise en charge dans les services de l'HIA Laveran.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

Sur l'erreur dans choix thérapeutique :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. La Haute Autorité de Santé préconise, dans sa recommandation publiée en 2009, les opérations de chirurgie bariatrique chez des patients adultes réunissant plusieurs conditions cumulatives : un IMC supérieur à 40 ou compris entre 35 et 40 associé à au moins une comorbidité, l'échec d'un traitement médical, diététique et psychothérapique conduit pendant au moins 6 mois, l'absence de perte de poids suffisante ou de maintien de la perte de poids, une évaluation préopératoire pluridisciplinaire, la compréhension par le patient de la nécessité d'un suivi médical et chirurgical à long terme et l'acceptation des risques opératoires. Toutefois, les recommandations de bonnes pratiques élaborées par la Haute Autorité de santé ont pour objet de guider les professionnels de santé dans la définition et la mise en œuvre des stratégies de soins à visée préventive, diagnostique ou thérapeutique les plus appropriées, sur la base des connaissances médicales avérées à la date de leur édiction. Elles ne dispensent pas le professionnel de santé d'entretenir et perfectionner ses connaissances par d'autres moyens et de rechercher, pour chaque patient, la prise en charge qui lui paraît la plus appropriée, en fonction de ses propres constatations et des préférences du patient. Il en résulte que les recommandations de la Haute Autorité de Santé ne constituent pas une règlementation de l'élaboration d'un diagnostic et d'un traitement dont le médecin ne pourrait s'écarter.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que d'une part, Mme B a consulté le chirurgien qui l'a opéré pour la première fois le 9 mars 2011 et qu'elle a été opérée le 9 juin suivant, soit moins de 6 mois après et que, d'autre part, elle présentait un IMC voisin de 38 au cours de la période préopératoire. Ainsi, la prise en charge préopératoire de la requérante ne correspond pas aux recommandations précédemment rappelées de la Haute Autorité de Santé. Toutefois, il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par le tribunal, que cette intervention chirurgicale, loin d'être contre-indiquée, s'avérait au contraire nécessaire dans le cas de Mme B dès lors qu'elle était atteinte à 24 ans d'une obésité sévère pour laquelle il est établi que seule la chirurgie permet d'obtenir un amaigrissement significatif et par voie de conséquence une diminution des risques de complications métaboliques. Dans ces conditions, le respect d'un délai de 6 mois n'aurait rien changé à l'indication chirurgicale, ce d'autant moins que la requérante souhaitait cette intervention laquelle au demeurant ayant déclaré lors des opérations d'expertise qu'elle pesait près de 100 kg au moment de son opération, soit un IMC de 40. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'intervention chirurgicale a été validée en commission pluridisciplinaire au début du mois de mai 2011, contrairement à ce qu'allègue la requérante, et que tous les examens préalables requis avaient été réalisés. En outre, la prise en charge chirurgicale a été effectuée dans les règles de l'art, aucune faute de l'établissement hospitalier n'étant à relever dans l'organisation et le fonctionnement du service. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les dommages subis par Mme B trouvent leur origine dans la survenue d'une fistule, puis d'une sténose, qui sont des risques inhérents à la chirurgie bariatrique. Si la sténose ne survient pour sa part qu'à titre exceptionnel alors que les fistules sont recensées dans 5% des cas, il ne résulte pas de l'expertise que l'intéressée présentait des prédispositions particulières, ni que les risques aient été majorés par les conditions de prise en charge pré ou post opératoires. Enfin, il est établi que, in fine, l'état de santé de Mme B est très satisfaisant et qu'elle a obtenu une perte de poids importante et stable. Dans ces conditions, il n'existe pas de lien de causalité entre les manquements constatés et les dommages subis par la requérante.

Sur le manquement à l'obligation d'information :

5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. / Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () / En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit, présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit, revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

6. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

7. En l'espèce, Mme B a signé le formulaire de consentement à l'opération de sleeve gastrectomie le 30 mai, celle-ci ayant ainsi déclaré consentir à cette opération dont la nature, les buts poursuivis, les effets secondaires et les éventuelles complications de l'opération et du traitement lui ayant été expliqués par son médecin tout comme les risques liés à l'anesthésie. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a rencontré à plusieurs reprises son médecin, qu'elle a reçu toute l'information nécessaire sur les différentes techniques chirurgicales et que son consentement a été donné après cette information. D'ailleurs, les doléances de Mme B, qui ont été jointes au dossier d'expertise, viennent confirmer ce dernier point puisqu'elle déclare avoir discuté avec le médecin de la solution la plus adaptée à son problème et que le choix de l'intervention lui a alors paru le plus adapté. Enfin, le rapport d'expertise mentionne la ferme intention de Mme B de bénéficier de l'intervention chirurgicale, connaissance acquise des possibles complications inhérentes à celle-ci. Ainsi, il résulte de tout ce qui précède qu'aucun manquement à l'obligation d'information ne peut être retenu de la part de l'IHA Laveran.

Sur les conclusions de la CPAM des Bouches-du-Rhône :

8. Aucune faute n'étant retenue à la charge de l'HIA Laveran, la CPAM n'est pas fondée à demander la prise en charge des débours.

Sur la charge des frais d'expertise :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme B les frais et honoraires des expertises du Dr D, liquidés et taxés à la somme totale de 2 770 euros par les ordonnances du président du tribunal des 23 janvier 2020 et 23 août 2021.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 770 euros (deux mille sept cent soixante-dix euros) sont mis à la charge définitive de Mme B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre des armées et des anciens combattants et à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône

Copie en sera adressée au Docteur A D, expert.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente

Mme Hétier-Noël, première conseillère

Mme Diwo, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. DIWO

La présidente,

signé

F. SIMON

La greffière,

signé

A. VIDAL

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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