jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203953 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SPC MERMILLON RAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2022, la Société Alpilles Invest, représentée par Scp Mermillon Rault, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe sur la valeur ajoutée acquittée sur la vente de huit lots portant sur des terrains à bâtir, à hauteur d'un montant de 13 681 euros pour décembre 2020 et de 83 136 euros pour mai, juin, juillet et novembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article 268 du code général des impôts méconnaît l'article 392 de la directive dite " TVA " n° 2006/112/UE du 28 novembre 2006, qu'il a pour objet de transposer ;
- c'est à tort que l'administration a appliqué la taxe sur la valeur ajoutée sur la totalité du prix de vente de chacun des lots qu'elle a cédés dans le cadre de l'opération de lotissement Le clos de l'hirondelle, dès lors que ces opérations étaient éligibles au régime de la marge prévu par l'article 268 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive dite " TVA " n° 2006/112/UE du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Argoud,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Alpilles Invest, qui a pour activité la promotion immobilière, a acquis le 27 août 2019 un terrain de 11 017 m² située à Eyguières, sur lequel étaient implantés une maison d'habitation et un hangar. Après démolition de ces constructions et division de ce terrain en dix-neuf lots, elle a, entre décembre 2020 et novembre 2021, revendu huit de ces lots à des particuliers, en appliquant la taxe sur la valeur ajoutée sur la totalité du prix de vente de chacun de ces lots. Par une réclamation reçue par l'administration fiscale le 17 janvier 2022, elle a indiqué avoir déclaré ces cessions à tort selon le régime de droit commun de la valeur ajoutée, alors qu'elle pouvait bénéficier de l'application du régime de la taxe sur la marge prévu par l'article 268 du code général des impôts, et a demandé la restitution de la taxe acquittée selon elle à tort. Cette réclamation a fait l'objet d'un rejet le 14 mars 2022.
2. Le I de l'article 257 du code général des impôts, dans sa rédaction alors en vigueur, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b. de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les États membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : / - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain (); / - soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués. ". Il résulte de ces dernières dispositions, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent donc pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti, notamment quand le bâtiment qui y était édifié a fait l'objet d'une démolition de la part de l'acheteur-revendeur, ou quand le bien acquis a fait l'objet d'une division parcellaire en vue d'en céder séparément des parties ne constituant pas le terrain d'assiette du bâtiment.
3. En premier lieu, les dispositions de l'article 268 du code général des impôts, qui doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 28 novembre 2006 dont elles assurent la transposition en droit interne, permettent d'appliquer le régime de taxation sur la marge à des opérations de livraison de terrains à bâtir aussi bien lorsque leur acquisition a été soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, sans que l'assujetti qui les revend ait eu le droit de déduire cette taxe, que lorsque leur acquisition n'a pas été soumise à la taxe sur la valeur ajoutée alors que le prix auquel l'assujetti-revendeur a acquis ces biens incorpore un montant de taxe sur la valeur ajoutée qui a été acquitté en amont par le vendeur initial. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, et notamment de son arrêt du 30 septembre 2021 dans l'affaire C-299/20, qu'en dehors de ces hypothèses, le régime de taxation sur la marge ne s'applique pas à des opérations de livraison de terrains à bâtir dont l'acquisition initiale n'a pas été soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, soit qu'elle se trouve en dehors de son champ d'application, soit qu'elle s'en trouve exonérée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la directive du 28 novembre 2006, par l'article 268 du code général des impôts doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la société soutient que les dispositions de l'article 268 entraînent une distorsion de concurrence entre opérateurs et ne respectent pas la " philosophie de la marge ". Ce moyen n'est toutefois pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite et en tout état de cause, être écarté.
5. En troisième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 1, la SAS Alpilles Invest a, en 2020 et 2021, revendu à des particuliers, en tant que terrains à bâtir, des lots issus de la division du terrain qu'elle a acquis en 2019, après avoir démoli les constructions qui y étaient édifiées. Il ressort de l'acte de vente du 27 août 2019 qu'il portait sur une parcelle de terres sur laquelle étaient édifiées différentes constructions, dont une maison d'habitation et hangars, et non sur un terrain à bâtir. Les parcelles revendues après division parcellaire avaient ainsi, lors de leur acquisition, le caractère de terrain bâti, quand bien même leur assiette ne comprenait pas de construction avant les destructions auxquelles la SAS Alpilles Invest a procédé. Contrairement à ce que soutient cette dernière, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la taxe sur la valeur ajoutée grevant leur cession ne pouvait être calculée sur la marge selon le dispositif dérogatoire prévu par l'article 268 du code général des impôts, mais que cette taxe devait être appliquée sur la totalité de leur prix de vente.
6. En quatrième lieu, la société requérante ne peut utilement soutenir que le calcul de la taxe sur la totalité du prix de vente de ces parcelles méconnaîtrait le principe de neutralité de l'impôt dès lors que les dispositions de l'article 268 du code général des impôts, fixant le mode de calcul critiqué, ont pour objet de mettre en œuvre ce principe.
7. Enfin, si la société soutient que la doctrine de l'administration ajoute à la loi, ce moyen n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit donc, en tout état de cause, être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la SAS Alpilles Invest tendant au remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a acquittée sur la revente de huit parcelles en 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles fondées sur les dispositions de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Société Alpilles Invest est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Société Alpilles Invest et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
M. Argoud, premier conseiller,
Mme Caselles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J.M. Argoud
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
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Conseil d'État — N° 508061
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