Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 mai 2021, 7 juin 2022 et 16 janvier 2025, la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute, représentées par Me Fiorentino, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement M. B... C... et les sociétés BET Battier et ACT Climatisation à verser la somme de 1 488 euros TTC à la communauté de commune Alpes Provence Verdon et la somme de 68 660,37 euros TTC à la commune de Thorame-Haute, au titre du coût de reprise des désordres affectant le système de chauffage ;
2°) de condamner solidairement M. B... C... et les sociétés BET Battier et ACT Climatisation et Gamba à verser la somme de 13 305 euros TTC à la communauté de commune Alpes Provence Verdon et la somme de 4 094,41 euros TTC à la commune de Thorame-Haute, au titre du coût de reprise des désordres affectant le sol du réfectoire et de la cuisine ;
3°) de condamner solidairement M. B... C... et les sociétés BET Battier et ACT Climatisation à verser la somme de 10 000 euros à la commune de Thorame-Haute, au titre du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de M. B... C... et des sociétés BET Battier, ACT Climatisation et Gamba les dépens ;
5°) de mettre à la charge de chacune de ces sociétés la somme de 700 euros à verser à la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Thorame-Haute, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air et d’infiltration et traces d’humidité dans le réfectoire et la cuisine, qui rendent ces ouvrages impropres à leur destination, sont de nature à permettre l’application de garantie décennale des constructeurs ;
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air sont imputables au groupement de maîtrise d’œuvre formé par la société BET Battier et M. B... C... ainsi qu’à la société ACT Climatisation ;
- les désordres affectant le réfectoire et la cuisine sont imputables au groupement de maîtrise d’œuvre formé par la société BET Battier et M. B... C... ainsi qu’aux sociétés ACT Climatisation et Gamba ;
- la communauté de commune Alpes Provence Verdon doit être indemnisée de la somme de 1 488 euros TTC et la commune de Thorame-Haute de la somme de 68 660,37 euros TTC, coût de la maîtrise d’œuvre inclus, au titre du coût de reprise des désordres affectant le système de chauffage ;
- la communauté de commune Alpes Provence Verdon doit être indemnisée de la somme de 13 305 euros TTC et la commune de Thorame-Haute de la somme de 4 094,41 euros TTC, coût de la maîtrise d’œuvre inclus, au titre du coût de reprise des désordres affectant le sol du réfectoire et de la cuisine ;
- la commune de Thorame-Haute doit être indemnisée de la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral ;
- la totalité des dépens doit être mise à la charge des parties perdantes.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 et 17 janvier 2022 et le 15 juillet 2022, M. B... C..., représenté par Me Citeau, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet de la requête ;
2°) au rejet des conclusions présentées à son encontre ;
3°) à la condamnation des sociétés BET Battier prise en la personne son liquidateur Me Éric Verrechia, Gamba, ACT Climatisation et la SMABTP à le relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) à ce que soit mis à la charge des requérantes une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre le groupement formé par la société BET Battier et M. B... C... sont irrecevables dès lors que le groupement n’a pas de personnalité morale et aucune demande n’ayant été formulée contre lui à titre individuel, aucune condamnation ne saurait être prononcée ;
- les désordres affectant le réfectoire et la cuisine ne sont pas de nature engager la responsabilité des constructeurs dès lors que l’expert ne précise à aucun moment qu’ils sont de nature à rendre l’ouvrage impropre à sa destination ou à en affecter la solidité ;
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air et le réfectoire ne lui sont pas imputables qu’en tant qu’architecte mais sont imputables à la société BET Battier, chargée du volet technique comprenant les lots n°2 et n°9 ainsi qu’il ressort de la rédaction du cahier des clauses techniques particulières et des procès-verbaux de réception de ces lots ;
- la somme de 1 488 euros correspondant à la facture de la société Qualidetec, assimilable à des dépens, ne saurait être prise en compte au titre de la réparation d’un préjudice ;
- les requérantes ne sont pas fondées à solliciter la somme de 4 238,30 HT au titre des honoraires de maîtrise d’œuvre relatifs aux travaux de reprise des désordres affectant le réseau central de traitement de l’air dès lors que ces travaux ne nécessitent pas l’intervention d’un maître d’œuvre, elles ne sont pas davantage fondées à solliciter la somme de 13 305,60 euros pour les travaux de la cuisine collective dès lors que ces travaux ont été pris en charge par l’assureur de la commune et que l’expert n’a constaté aucun dommage dans la cuisine ;
- le préjudice moral n’est pas justifié ;
- il est fondé à appeler en garantie la société BET Battier prise en la personne son liquidateur Me Éric Verrechia, et la société ACT Climatisation au titre du désordre affectant le réseau central de traitement d’air ainsi que la société BET Battier prise en la personne son liquidateur Me Éric Verrechia, et les sociétés Gamba et ACT Climatisation au titre des désordres affectant le réfectoire et la cuisine, enfin il est fondé à appeler en garantie son assureur, la société SMABTP.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la Société Mutuelle d’Assurances du Bâtiment et des Travaux Publics (SMABTP), représentée par Me Guillet, conclut :
1°) au rejet des conclusions présentées à son encontre ;
2°) à la condamnation solidaire de M. B... C..., et de la société ACT Climatisation, ainsi que de leurs assureurs à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre des désordres de chauffage et à celle de M. B... C... et des sociétés ACT Climatisation et Gamba, ainsi que de leurs assureurs à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre des désordres affectant le chauffage et la cuisine ;
3°) à ce que soit mis à la charge de toute partie perdante une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n’est pas compétente pour connaître des conclusions présentées à son encontre en qualité d’assureur de la société BET Battier ;
- le positionnement de la centrale de traitement d'air dans les combles est imputable à M. B... C... et non à la société BET Battier ;
- l'insuffisance de régulation n'est pas imputable à la société BET Battier dès lors qu'elle résulte d'un défaut d'exécution et non de conception ;
- elle est fondée à appeler en garantie la société ACT Climatisation et son assureur, ainsi que M. B... C... et son assureur en cas de condamnation au titre des désordres affectant le réseau central de traitement de l’air ;
- les désordres affectant le réfectoire et la cuisine ne sont pas de nature décennale ainsi qu'il ressort de l'expertise et ne sont en tout état de cause pas imputables au groupement de maîtrise d'œuvre ;
- elle est fondée à appeler en garantie M. B... C... en cas de condamnation au titre des désordres affectant le réfectoire et la cuisine ;
- la somme de 1 488 euros correspondant à la facture de la société Qualidetec, correspondant à des dépens, ne saurait être prise en compte au titre de la réparation d’un préjudice ;
- les requérantes ne sont pas fondées à solliciter l'indemnisation du coût de la maîtrise d'œuvre à hauteur de 8 % du montant des travaux de reprise des désordres affectant le réseau central de traitement de l’air dès lors que cette évaluation forfaitaire n'est pas justifiée, elles ne sont pas davantage fondées à solliciter la somme de 13 305,60 euros pour les travaux de la cuisine collective dès lors que ces travaux ont été pris en charge par l’assureur de la commune et que l’expert n’a constaté aucun dommage dans la cuisine ;
- le préjudice moral n’est pas justifié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, la société Gamba, représentée par Me Guarise, conclut :
1°) au rejet de conclusions présentées à son encontre ;
2°) à ce que sa condamnation soit limitée à 10 % du préjudice et à 1 % des dépens ;
3°) à ce que soit mis à la charge de toute partie perdante une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’action en garantie décennale est prescrite dès lors qu’entre la date de réception des travaux et la date à laquelle la requête lui a été notifiée, il s’est écoulé plus de dix ans ;
sa responsabilité au titre des désordres affectant le réfectoire et la cuisine doit être limitée à 10 % dès lors qu’ils sont imputables à 80% au groupement de maîtrise d’œuvre et dans un moindre mesure à la société ACT Climatisation et à elle ;
sa condamnation au titre des dépens doit être limitée à 1 %.
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2022, la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute, représentées par Me Fiorentino Christophe, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement M. B... C... et les sociétés BET Battier et ACT Climatisation à verser la somme de 1 488 euros TTC à la communauté de commune Alpes Provence Verdon et la somme de 68 660,37 euros TTC à la commune de Thorame-Haute, au titre du coût de reprise des désordres affectant le système de chauffage ;
2°) de condamner solidairement M. B... C... et les sociétés BET Battier, ACT Climatisation et Gamba à verser la somme de 13 305 euros TTC à la communauté de commune Alpes Provence Verdon et la somme de 4 094,41 euros TTC à la commune de Thorame-Haute, au titre du coût de reprise des désordres affectant le sol du réfectoire et de la cuisine ;
3°) de condamner solidairement M. B... C... et les sociétés BET Battier et ACT Climatisation à verser la somme de 10 000 euros à la commune de Thorame-Haute, au titre du préjudice moral ;
4°) de mettre à la charge de M. B... C... et des sociétés BET Battier, ACT Climatisation et Gamba les dépens ;
5°) de condamner la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), la Mutuelle des architectes français (MAF), la Mutuelle d'assurance des artisans de France (MAAF) et Axa France Iard à relever et garantir respectivement les sociétés BET Battier, ACT Climatisation, Gamba et M. B... C... ;
6°) de mettre à la charge des sociétés BET Battier, ACT Climatisation, Gamba et M. B... C... la somme de 700 euros à verser à la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Thorame-Haute, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air et d’infiltration et traces d’humidité dans le réfectoire et la cuisine, qui rendent ces ouvrages impropres à leur destination, sont de nature à permettre l’application de garantie décennale des constructeurs ;
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air sont imputables au groupement de maîtrise d’œuvre formé par la société BET Battier et M. B... C... ainsi qu’à la société ACT Climatisation ;
- les désordres affectant le réfectoire et la cuisine sont imputables au groupement de maîtrise d’œuvre formé par la société BET Battier et M. B... C... ainsi qu’aux sociétés ACT Climatisation et Gamba ;
- la communauté de commune Alpes Provence Verdon doit être indemnisée de la somme de 1 488 euros TTC et la commune de Thorame-Haute de la somme de 68 660,37 euros TTC, coût de la maîtrise d’œuvre inclus, au titre du coût de reprise des désordres affectant le système de chauffage ;
- la communauté de commune Alpes Provence Verdon doit être indemnisée de la somme de 13 305 euros TTC et la commune de Thorame-Haute de la somme de 4 094,41 euros TTC, coût de la maîtrise d’œuvre inclus, au titre du coût de reprise des désordres affectant le sol du réfectoire et de la cuisine ;
- la commune de Thorame-Haute doit être indemnisée de la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral ;
- la totalité des dépens doit être mise à la charge des parties perdantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2025, la Mutuelle d'assurance des artisans de France (MAAF), représentée par Me Campana-Mouillac, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les désordres relatif au système de chauffage sont imputables au groupement de maîtrise d'œuvre ;
- les désordres relatifs au réfectoire et à la cuisine sont imputables à M. B... C... et à la société BET Battier ;
- les coûts de reprises ne sont pas justifiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2025, la SMABTP, représentée par Me Guillet, conclut :
1°) au rejet de conclusions présentées à son encontre ;
2°) à la condamnation solidaire de M. B... C..., et de la société ACT Climatisation, ainsi que de leurs assureurs à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre des désordres de chauffage et à celle de M. B... C..., et des sociétés ACT Climatisation et Gamba, ainsi que de leurs assureurs à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre des désordres affectant le chauffage et la cuisine ;
3°) à ce que soit mis à la charge de toute partie perdante une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n’est pas compétente pour connaître des conclusions présentées à son encontre en qualité d’assureur de la société BET Battier ;
- le positionnement de la centrale de traitement d'air dans les combles est imputable à M. B... C... et non à la société BET Battier ;
- le problème de régulation n'est pas imputable à la société BET Battier dès lors qu'il résulte d'un défaut d'exécution et non de conception ;
- elle est fondée à appeler en garantie la société ACT Climatisation et son assureur, ainsi que M. B... C... et son assureur en cas de condamnation au titre des désordres affectant le réseau central de traitement de l’air ;
- les désordres affectant le réfectoire et la cuisine ne sont pas de nature décennale ainsi qu'il ressort de l'expertise et ne sont en tout état de cause pas imputables au groupement de maîtrise d'œuvre ;
- elle est fondée à appeler en garantie M. B... C... en cas de condamnation au titre des désordres affectant le réfectoire et la cuisine ;
- la somme de 1 488 euros correspondant à la facture de la société Qualidetec, correspondant à des dépens, ne saurait être prise en compte au titre de la réparation d’un préjudice ;
- les requérantes ne sont pas fondées à solliciter l'indemnisation du coût de la maîtrise d'œuvre à hauteur de 8 % du montant des travaux de reprise des désordres affectant le réseau central de traitement de l’air soit la somme de 4 238,30 HT dès lors que cette évaluation forfaitaire n'est pas justifiée, elles ne sont pas davantage fondées à solliciter la somme de 13 305,60 euros pour les travaux de la cuisine collective dès lors que ces travaux ont été pris en charge par l’assureur de la commune et que l’expert n’a constaté aucun dommage dans la cuisine ;
- le préjudice moral n’est pas justifié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2025, la société Gamba, représentée par Me Guarise, conclut :
1°) au rejet de conclusions présentées à son encontre ;
2°) à ce que sa condamnation soit limitée à 10 % du préjudice et à 1 % des dépens ;
3°) à ce que soit mis à la charge de toute partie perdante une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’action en garantie décennale est prescrite dès lors qu’entre la date de réception des travaux et la date à laquelle la requête lui a été notifiée, il s’est écoulé plus de dix ans ;
sa responsabilité au titre des désordres affectant le réfectoire et la cuisine doit être limitée à 10 % dès lors qu’ils sont imputables à 80 % au groupement de maîtrise d’œuvre et dans une moindre mesure à la société ACT Climatisation et à elle ;
sa condamnation au titre des dépens doit être limitée à 1 % soit 253,53 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2025, M. B... C..., représenté par Me Citeau, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à la condamnation de la société BET Battier et de son assureur, la société SMABTP, à le relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce que soit mis à la charge des requérantes une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air et le réfectoire ne lui sont pas imputables qu’en tant qu’architecte mais sont imputables à la société BET Battier, chargée du volet technique comprenant les lots n°2 et n°9 ;
- les désordres affectant le réseau central de traitement d’air sont également imputables à la société ACT Climatisation qui n’a pas prévu d’accès pour assurer l’entretien de ces centrales ;
- sa responsabilité au titre des désordres affectant le réseau central de traitement d’air ne saurait être retenue comme l’a fait l’expert, dès lors que le positionnement des centrales de traitement de l’air dans les combles relevait de la seule décision de la société BET Battier et qu’il a soumis cette solution à l’avis de la société Socotec, contrôleur technique, qui l’a validée ;
- l’insuffisance de régulation est imputable à la société BET Battier, aucune responsabilité ne saurait donc lui être retenue ;
- les désordres affectant le réfectoire et la cuisine ne relèvent pas d’un défaut de conception mais sont la conséquence d’un sinistre survenu en 2015 et des travaux consécutifs, et ne sont pas de nature décennale ;
- il est fondé à appeler en garantie la société BET Battier et son assureur, la SMABTP ;
- la somme de 1 488 euros correspondant à la facture de la société Qualidetec, assimilable à des dépens, ne saurait être prise en compte au titre de la réparation d’un préjudice ;
- les requérantes ne sont pas fondées à solliciter l'indemnisation du coût de la maîtrise d'œuvre à hauteur de 8 % du montant des travaux de reprise des désordres affectant le réseau central de traitement de l’air soit la somme de 4 238,30 HT dès lors que cette évaluation forfaitaire n'est pas justifiée, elles ne sont pas davantage fondées à solliciter la somme de 13 305,60 euros pour les travaux de la cuisine collective dès lors que ces travaux ont été pris en charge par l’assureur de la commune et que l’expert n’a constaté aucun dommage dans la cuisine ;
- le préjudice moral n’est pas justifié.
Un mémoire enregistré le 18 juillet 2025 pour la Mutuelle des Architectes Français (MAF) n’a pas été communiqué.
Le 4 septembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de ce que la garantie décennale des constructeurs ne peut être invoquée s’agissant des désordres affectant le réseau central de traitement d’air dès lors que la réception définitive des travaux du lot n°9 n’a pas été prononcée.
La communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute ont produit des observations en réponse à ce moyen d’ordre public le 5 septembre 2025.
Vu :
- l’ordonnance n° 1905684 du 22 octobre 2019 par laquelle le juge des référés a désigné M. A... en qualité d’expert ;
- l’ordonnance n° 1905684-0 du 20 janvier 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l’expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Devictor,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- les observations de Me Fiorentino, représentant la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute, de Me Citeau et de Me Bisson, représentant M. B... C..., de Me Loew, représentant la SMABTP et de Me Ravier, représentant la MAAF.
Considérant ce qui suit :
Dans le cadre de la réhabilitation d’une ancienne bergerie en groupe scolaire intercommunal, la communauté de communes Haut Verdon Val d’Allos a, par un acte d’engagement conclu le 6 octobre 2009, attribué la maîtrise d’œuvre au groupement constitué entre la société BET Battier et M. B... C..., architecte. Le lot n°2b « gros œuvre, sols durs, faïences, enduits » a été confié à la société Gamba et le lot n°9 « chauffage, ventilation, plomberie, sanitaires » a été confié à la société ACT Climatisation. La réception des travaux du lot n°2 a été prononcée le 18 octobre 2012. Postérieurement, des désordres affectant le réseau central de traitement d’air et des désordres d’infiltration et des traces d’humidité dans le réfectoire et de la cuisine collective ont été constatés. Le 1er janvier 2017, la communauté de communes de Haut Verdon Val d’Allos a fusionné, avec quatre autres communautés de communes, pour former un nouvel établissement, la communauté de communes « Alpes Provence Verdon ». Depuis le 1er janvier 2019, la commune de Thorame-Haute est compétente pour la construction des groupes scolaires. Le 1er juillet 2019, la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute ont saisi le juge des référés du tribunal d’une demande tendant à la prescription d’une expertise portant sur ces désordres. Par une ordonnance n° 1905684 du 22 octobre 2019 le juge des référés a fait droit à cette demande et désigné M. A... en qualité d’expert. Celui-ci a déposé son rapport le 27 décembre 2020. Par la présente requête, la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute demandent au tribunal de condamner solidairement, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, M. B... C... et les sociétés BET Battier, ACT Climatisation et Gamba à l’indemniser des travaux de reprise et du préjudice moral, au titre des désordres affectant l’ouvrage.
Sur la jonction :
Les requêtes de la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute présentant à juger des questions connexes, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
Il n'appartient qu'aux tribunaux de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif.
Il suit de là que les conclusions d’appel en garantie formées à l’encontre de la société Mutuelle des architectes français (MAF), assureur de M. B... C..., de la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), assureur de la société BET Battier, de la Mutuelle d'assurance des artisans de France (MAAF), assureur de la société ACT Climatisation et de la société Axa France Iar, assureur de la société Gamba, ne peuvent qu’être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la garantie décennale :
Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus dans le délai d’épreuve de dix ans, engagent la responsabilité de ces constructeurs s’ils sont de nature à compromettre la solidité de l’ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination. La responsabilité des constructeurs peut être recherchée sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale dans l’hypothèse où une réception tacite des travaux est intervenue.
S’agissant des désordres thermiques :
Il résulte de l’instruction que, s’agissant du lot n°9, le maître d’œuvre a proposé le 30 août 2012 de ne pas prononcer la réception des travaux puis, le 10 octobre 2012, de prononcer la réception des travaux sous réserves de l’exécution des travaux énoncés en annexe 1, et avec réserve de remédier aux imperfections et malfaçons indiquées dans cette même annexe et de mise en conformité des équipements avec des spécifications du fournisseur. Toutefois, il est constant que les travaux n’ont fait l’objet d’aucune réception expresse. La communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute font valoir que le procès-verbal de réception ne pouvait être dressé contradictoirement en raison de la liquidation de la société ACT Climatisation par un jugement du 29 novembre 2012 mais soutiennent qu’une réception tacite serait intervenue dès lors que le maître d’ouvrage avait pris possession des lieux et que les travaux avaient été réglés dans leur quasi-intégralité. Toutefois, il résulte de l’instruction, en particulier du courrier du 20 décembre 2012 adressé par les requérantes au liquidateur de la société ACT Climatisation, que les premières ont expressément mentionné leur intention de ne pas prononcer la réception de ce lot et de poursuivre le contrat pendant une durée d’un mois faute de quoi elles procéderaient à une résiliation de plein droit du marché dès lors que les prestations étaient « de mauvaise qualité » et mettaient « en péril le bon fonctionnement de l’établissement scolaire ». Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, les parties ne peuvent être regardées comme ayant eu la commune intention de procéder à une réception tacite. Aucune réception n’étant intervenue, la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale ne peut être recherchée au titre des désordres en lien avec le lot n°9.
S’agissant des désordres d’infiltration :
Il résulte de l’instruction que le réfectoire présente des infiltrations et des traces d’humidité, mesurée à 10 % au niveau du sol et à 90 % en hauteur dans le réfectoire. L’expert relève que les rails de placoplâtre sont corrodés du fait des infiltrations, que le carrelage sonne creux et est cassé en plusieurs endroits et que la chape anhydrite est sensible à l’eau. L’expert indique que les désordres proviennent d’un dégât des eaux survenu en 2015 dans la cuisine collective qui s’est étendu au réfectoire, et qu’une expertise assurantielle avait conclu que la pose de carrelage était défectueuse, sans qu’il ait fait l’objet des réparations nécessaires. Toutefois, alors qu’il n’apparaît pas que ces infiltrations soient telles qu’elles rendent inutilisables le réfectoire ni la cuisine ni encore qu’elles affectent le bâti, il ne résulte pas de l’instruction que ces désordres soient de nature à compromettre la solidité de l’ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination. Dans ces conditions, la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute ne sont pas fondées à rechercher la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale au titre des désordres d’infiltrations dans le réfectoire et la cuisine collective.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions à l’encontre du groupement de maîtrise d’œuvre et sur la prescription de l’action décennale, que les conclusions de la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute à l’encontre de M. B... C..., et des sociétés BET Battier, ACT Climatisation et Gamba sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs doivent être rejetées.
Sur les appels en garantie :
Aucune condamnation n’ayant été prononcée contre M. B... C... et la société SMABTP, leurs conclusions en appel en garantie doivent être rejetées.
Sur les dépens :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, de mettre les frais et honoraires de l’expertise, liquidés et taxés à la somme de 25 353,98 euros TTC, à la charge définitive de la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de M. B... C... et des sociétés BET Battier, Gamba et ACT Climatisation, qui n’ont pas la qualité de parties perdantes, au titre des frais d’instance non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute à verser à M. B... C... et à la société Gamba la somme de 2 000 euros chacun au titre de ces mêmes dispositions et de rejeter les conclusions présentées sur ce même fondement par la SMABTP et la Mutuelle des architectes français.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions tendant à la condamnation de la Sociétés Mutuelle des architectes français (MAF), de la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), de la Mutuelle d'assurance des artisans de France (MAAF) et de la société Axa France Iard sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La requête présentée par la communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute est rejetée.
Article 3 : La communauté de communes Alpes Provence Verdon et la commune de Thorame-Haute verseront à M. B... C... et à la société Gamba la somme de 2 000 euros chacun au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les dépens liquidés à la somme de 25 353,98 euros TTC, sont mis à la charge définitive de la communauté de communes Alpes Provence Verdon et de la commune de Thorame-Haute.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la communauté de communes Alpes Provence Verdon, à la commune de Thorame-Haute, à M. B... C..., à Me Éric Verrechia, à la société ACT Climatisation, à la société Gamba, à la Mutuelle des architectes français, à la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, à la Mutuelle d'assurance des artisans de France et à la société Axa France Iard.
Délibéré après l’audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Devictor, première conseiller,
Mme D..., première conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.
La rapporteure,
Signé
É. DEVICTOR
Le président,
Signé
P-Y. GONNEAU
La greffière,
Signé
J. David
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,