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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300406

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300406

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300406
TypeDécision
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantRUDLOFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 5 mars 2025, l'association Médecins du Monde, agissant par sa représentante légale, représentée par Me Rudloff et Me Sopena, demande au tribunal :

1°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 12 120 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subi, avec les intérêts au taux légal et la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'absence de prise en charge par le département de mineurs non accompagnés constitue une atteinte grave à l'obligation de protection des mineurs par le département, ce qui constitue une faute de l'administration de nature à engager sa responsabilité ;

- l'association avait la qualité de collaborateur occasionnel du service public ; la responsabilité sans faute du département des Bouches-du-Rhône est également engagée à ce titre ;

- elle a subi un préjudice matériel et financier en lien avec les faits générateurs de la responsabilité qu'il convient de réparer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024 le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Pierson, conclut au rejet de la requête et demande à titre subsidiaire la condamnation de l'État et de la commune de Marseille à le garantir de la condamnation éventuellement prononcée à son encontre.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés ;

- l'État et la commune de Marseille devaient, en vertu de leur pouvoir de police, procéder à l'accueil des mineurs non accompagnés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut à la mise hors de cause de l'État.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2025, la commune de Marseille conclut au rejet des conclusions d'appel en garantie présentées par le département des Bouches-du-Rhône.

Elle soutient qu'elle n'a commis aucune faute.

Un mémoire produit par le département des Bouches-du-Rhône a été enregistré le 10 mars 2025 postérieurement à la clôture d'instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fédi, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public ;

- les observations de Me Sopena et Me Rudloff, représentants l'association requérante ;

- les observations de Me Cohen, substituant Me Pierson, représentant le département des Bouches-du-Rhône ;

- et les observations de M. B, représentant la commune de Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Médecins du monde a hébergé durant la période du confinement du printemps 2020, dû à la pandémie de COVID-19, des personnes se déclarant mineurs non accompagnés. Après que, par une décision du 16 novembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande préalable indemnitaire, l'association Médecins du monde demande la condamnation du département des Bouches-du-Rhône à réparer les préjudices financiers et matériels qu'elle estime avoir subi durant la période d'hébergement de ces personnes.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de plein droit du département tirée de la qualité de l'association requérante de collaborateur occasionnel du service public :

2. Pour solliciter la condamnation du département des Bouches-du-Rhône à raison de la prise en charge de personnes se déclarant mineures, entre le mois de janvier 2020 et le mois de mai 2020, l'association Médecins du monde soutient qu'elle est intervenue pour pallier à une carence de la collectivité territoriale dans sa mission d'accueil de ces personnes.

3. A part, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée, qui n'a jamais bénéficié d'autorisation administrative pour accueillir des mineurs non accompagnés, aurait obtenu une autorisation, même tacite, de la part du département des Bouches-du-Rhône, pour la prise en charge de ces personnes. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'association Médecins du monde s'est bornée à informer le département des Bouches-du-Rhône, en avril 2020, par des courriers électroniques qu'un mineur originaire du Ghana était hébergé à l'hôtel Manon, sans faire état A quelconque nécessité de prendre en charge son hébergement. Elle indique également que d'autres personnes victimes d'agression ont été prises en charge dans les mêmes conditions, sans préciser leur âge. En conséquence, l'association requérante n'établit pas, pour ces mineurs hébergés à l'hôtel Manon, l'urgente nécessité de les prendre en charge au sens et pour application du régime de responsabilité tirée de la qualité de collaborateur occasionnel du service public.

4. Par ailleurs, l'association requérante n'établit pas qu'elle aurait informé le département du besoin d'hébergement d'autres personnes et de l'urgente nécessité pour elle d'héberger des personnes sans en informer au préalable le département. De plus, en se prévalant de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Marseille n°2303786 du 26 mai 2020, qui se borne à " enjoindre au département des Bouches-du-Rhône d'assurer, sur la base A liste nominative actualisée dressée contradictoirement avec les associations requérantes, la prise en charge des mineurs non accompagnés dont l'obligation légale lui incombe effectivement en vertu soit A ordonnance de placement provisoire, soit d'un jugement d'assistance éducative du juge des enfants ", l'association ne démontre pas qu'elle concourrait à l'exercice du service public de l'aide sociale à l'enfance.

5. Dans ces conditions, en l'absence A urgente nécessité, revêtant un caractère impérieux et en l'absence de démonstration de péril imminent ou de danger pour les mineurs mentionnés aux points 3 et 4, consécutif à un défaut de prise en charge, l'association requérante ne saurait être regardée comme ayant agi, en l'espèce, en qualité de collaborateur occasionnel du service public, à l'égard duquel la responsabilité de la personne publique peut être engagée en l'absence de faute. Il s'ensuit que ses conclusions indemnitaires, présentées sur ce fondement de responsabilité, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la responsabilité du département en raison de la carence du département dans son obligation de prendre en charge les mineurs :

6. A part, il résulte de ce qui vient d'être dit, que l'association Médecins du monde n'établit pas que le département aurait été informé de la nécessité de prendre en charge des mineurs avant que l'association requérante ne l'informe qu'elle les avait pris, elle-même, en charge. D'autre part, il résulte de l'instruction que le département des Bouches-du-Rhône, en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 26 mai 2020 du tribunal administratif de Marseille, a pris en charge les mineurs présents dans trois sites, lesquels étaient jusque-là pris en charge par les associations Médecins du monde et Médecins sans frontières, dans le délai de huit jours fixés par le juge des référés. Par suite, la carence du département concernant l'accueil de ces mineurs, pour la période en litige, n'étant pas établie, l'association Médecins du monde n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité du département serait susceptible d'être engagée sur le fondement de la faute.

7. Au surplus, les préjudices invoqués par l'association requérante, trouvant leur origine exclusive dans sa décision spontanée et volontaire d'héberger les mineurs, sont, donc sans lien de causalité avec le principe de responsabilité invoqué, tiré de la carence du département dans son obligation de prise en charge des mineurs.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par l'association Médecins du monde doivent être rejetées.

Sur les appels en garantie présentés par le département des Bouches-du-Rhône :

9. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de condamnation du département des Bouches-du-Rhône l'appel en garantie de ce dernier et dirigé contre l'Etat et la commune de Marseille doit, en tout état de cause, être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par l'association Médecins du monde au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Médecins du monde est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Médecins du monde, au préfet des Bouches-du-Rhône, à la commune de Marseille et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président-rapporteur,

Mme Caselles, première conseillère,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

Le président-rapporteur,

signé

G. FEDI

La première assesseure,

signé

S. CASELLES

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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