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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303368

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303368

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSCP LINARES- ROBLOT DE COULANGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2023, et un mémoire, enregistré le 4 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bentolila, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le directeur de France travail (ex pôle emploi) Provence-Alpes-Côte d'Azur a décidé de le radier de la liste des demandeurs d'emploi à compter du 17 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur de France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur de lui verser les allocations d'aide au retour à l'emploi dont il a été privé depuis le 17 août 2021 et accepter sa réinscription et son indemnisation selon ses droits calculés, à titre subsidiaire, condamner France travail à lui verser la somme de 103 349, 05 euros correspondant à la totalité de ses droits à l'ARE ;

4°) de mettre à la charge de France Travail Provence-Alpes-Côte d'Azur une somme de 10 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice moral et financier qu'il a subi du fait de la mesure de radiation de la liste des demandeurs d'emploi ;

5°) de mettre à la charge de France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- la décision du 3 novembre 2022 est illégale, dès lors qu'elle ne mentionne pas les coordonnées du médiateur régional de France travail ;

- la décision est insuffisamment motivée dès lors qu'il n'a pas demandé de cessation d'inscription auprès de France travail et qu'il a été retenu une prétendue résidence en Thaïlande à compter du 17 août 2021 ;

- France travail a manqué à son obligation d'information ;

- il n'a pas été invité à formuler ses observations écrites et n'a pas été entendu avant la décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi ;

- sa situation financière est précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur, représenté par Me Linares, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fédi en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience public :

- le rapport de M. Fédi, président ;

- les observations de Me Bentolila, représentant M. A ;

- les observations de Me Melich, substituant Me Linares, représentant France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 25 juin 2021 et a commencé, le 29 juin 2021, à bénéficier de l'aide au retour à l'emploi (ARE). Par une décision du 3 novembre 2023, France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur l'a radié de la liste des demandeurs d'emploi à compter du 17 août 2021. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et à l'indemnisation du préjudice en résultant :

2. Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail, France travail est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a notamment pour mission de : " 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et de l'allocation des travailleurs indépendants et, pour le compte de l'Etat (), le service des allocations de solidarité () ". L'article L. 5312-12 du même code dispose que : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage ou de l'Etat, sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a souhaité que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage.

3. M. A demande le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Il résulte des dispositions citées ci-dessus qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître d'un tel recours, portant sur des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage. Par suite, France travail est fondé à soutenir que les conclusions présentées par M. A tendant au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, ainsi que les conclusions tendant à l'indemnisation de son préjudice sur ce fondement se rapportent à un litige qui ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 5412-7 du code du travail : " Lorsqu'il envisage de prendre une décision de radiation, le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 informe préalablement par tout moyen donnant date certaine l'intéressé des faits qui lui sont reprochés et de la durée de radiation envisagée, en lui indiquant qu'il dispose d'un délai de dix jours pour présenter des observations écrites ou, s'il le souhaite, pour demander à être entendu, le cas échéant assisté d'une personne de son choix. ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Le délai de dix jours qui précède l'édiction de la sanction administrative vise à permettre le déroulement de la procédure contradictoire, au cours de laquelle le demandeur d'emploi peut envoyer des observations écrites, qu'il peut compléter par d'autres observations écrites dans le délai donné, mais aussi au cours de laquelle il peut solliciter, le cas échéant en complément de ses observations écrites, de pouvoir être entendu. Ce délai de dix jours doit donc être regardé comme constituant une garantie, dont en l'espèce, M. A a été privé ainsi qu'il l'établit puisque que Pôle Emploi l'a informé de la radiation envisagée et de sa possibilité de formuler des observations écrites par un courrier du 25 mai 2023, soit postérieurement à la décision attaquée du 3 novembre 2022. Par suite, la décision de sanction contestée doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique que France travail procède au réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à France travail de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. S'il est demandé de mettre à la charge de France Travail Provence-Alpes-Côte d'Azur une somme de 10 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation du préjudice moral et financier subi du fait de la mesure de radiation de la liste des demandeurs d'emploi, toutefois les conclusions indemnitaires sont irrecevables, dès lors que le requérant n'a pas saisi l'administration d'une demande indemnitaire préalable liant le contentieux. Par suite, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant d'une part, à la condamnation de Pôle emploi au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et d'autre part, à l'indemnisation de son préjudice sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : La décision du 3 novembre 2022, par laquelle France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur a prononcé la radiation de M.A de la liste des demandeurs d'emploi à compter du 17 août 2021, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : France Travail versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à France travail Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Fédi

Le greffier,

Signé

D. Griziot

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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