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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303410

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303410

vendredi 5 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303410
TypeDécision
Avocat requérantSELARL DRAI ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 12 avril et 5 mai 2023, la SCI Transimmo 3, représentée par Me Lasalarie, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Marseille en date du 20 janvier 2023 en tant qu'il lui prescrit en son article 1er, dans un délai de 15 jours, de démolir le bâtiment C, sis chemin des plâtrières, quartier Les Caillols ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Marseille la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- la société subit une atteinte grave et immédiate à son droit de propriété, le hangar devant être détruit étant d'une superficie de 186 m2, alors qu'une partie ne présente aucun danger ; la démolition est en outre ordonnée sous quinzaine ;

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- le rapport de visite sur lequel se fonde la commune est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation : il ne permet pas de conclure à la nécessité de la démolition du garage ; ses préconisations vont à l'encontre de plusieurs documents et avis d'experts qui préconisent la sécurisation ; le délai prescrit ne peut être respecté du fait des démarches nécessaires au désamiantage préalable.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023, la ville de Marseille, représentée par la SELARL Drai associés, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la société requérante à lui verser la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête au fond est tardive et ainsi irrecevable ;

- l'urgence n'est pas constituée, l'urgence étant au contraire de procéder à la destruction préconisée

- les moyens évoqués sont exclusivement dirigé contre un rapport qui n'a pas fondé la décision en litige ;

- à titre subsidiaire, l'arrêté contesté est justifié.

Vu :

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2303409 par laquelle la société requérante demande l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Salvage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 mai 2023 à 9 heures 30, en présence de M. Benmoussa, greffier d'audience :

- le rapport de M. Salvage, juge des référés ;

- les observations de Me Lasalarie, représentant la société requérante, qui persiste dans ses écritures ;

- les observations de Me Germain-Morel, représentant la Ville de Marseille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Le 20 janvier 2023 le maire de la commune de Marseille, agissant dans le cadre des prérogatives qu'il tient notamment de l'article L. 511-19 du code de la construction, a pris un arrêté de mise en sécurité, en urgence, au vu d'un rapport de visite établi par les services de la ville en date du 16 janvier 2023 concluant à l'existence d'un danger imminent entrainant un risque pour le public. En son article 1er il prescrit ainsi, notamment, sous un délai de 15 jours qu'il soit fait appel à un homme de l'art qualifié afin de procéder à la démolition du bâtiment C, sis 68 chemin des Platrières, qu'il soit procédé à cette démolition et que soit mise en œuvre des procédures indispensables pour préserver les bâtiments contigus dans le respect des règles de l'art, que la volée d'escaliers donnant accès à la terrasse du premier étage du bâtiment B soit mise en sécurité, de même que le mur mitoyen avec le bâtiment B. La SCI Transimmo demande la suspension de cet arrêté en tant qu'il prévoit ces obligations.

4. Le rapport de visite fait état de mise à nu de la charpente du bâtiment C, de la rupture d'une poutre métallique de toit, la présence de lézardes verticales et obliques, d'un mur de clôture partiellement manquant et d'un défaut partiel de soutien de la charpente, et une dégradation générale de la charpente avec risque immédiat d'effondrement partiel voire totale de la toiture et de chute de matériaux sur les personnes. A la date de la présente ordonnance il apparait que la société MRG-tech a été missionnée par la SCI requérante, au vue d'un contrat de maitrise d'œuvre, pour organiser et assurer le suivi des démolitions. S'il y a débat quant à la notification régulière de l'arrêté contesté, il est constant que la SCI Transimmo 3 en a eu connaissance au plus tard le 13 février 2023, date de réception d'un courriel non contesté des services de la commune. A la date de la présente ordonnance, il n'apparaît pas que la SCI ait entrepris les travaux d'urgence préconisés, arguant à présent d'une insuffisance des études quant à la nécessité d'une démolition de préférence à une simple sécurisation, du risque qu'emporte cette démolition pour le bâtiment contigu, et de la nécessité d'allonger les délais, en toutes hypothèses, en vue des opérations préalables de désamiantage.

5. Compte tenu, d'une part, de la circonstance que la SCI a attendu à tout le moins près de deux mois pour saisir le juge des référés alors qu'elle disposait d'un délai de 15 jours pour mettre en œuvre les prescriptions demandées, qu'il est constant qu'elle ne s'est jamais rapprochée des services compétents dans l'intervalle pour faire valoir les difficultés techniques pouvant retarder le chantier, alors que la Ville a accepté le principe d'un échéancier de travaux allant bien au-delà du délai initial, qu'elle ne démontre aucunement, en l'état de l'instruction, que les prescriptions permettant de sécuriser les locaux attenant en vue de l'exécution de la décision litigieuse, ne pourraient pas être mises en œuvre et, d'autre part, eu égard à la gravité des risques inhérents à l'état de l'immeuble, qui menace de s'effondrer, et quel que soit par ailleurs le bien-fondé des moyens de légalité articulés par la requérante, s'agissant notamment de l'absence de démonstration technique de l'absolu nécessité d'une démolition, au vu de l'intérêt public qui s'attache à l'exécution de la décision en litige, il y a lieu de ne pas ordonner la suspension de l'exécution des effets de cet arrêté.

6. Il s'ensuit que les conclusions aux fins de suspension doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Marseille. Par suite, les conclusions présentées par la requérante, partie perdante à l'instance, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de mettre à la charge de SCI transimmo 3 la somme de 1 500 euros à ce titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par la SCI Transimmo 3 est rejetée.

Article 2 : La SCI Transimmo 3 versera la somme de 1 500 euros à la commune de Marseille au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Transimmo 3 et à la Ville de Marseille.

Fait à Marseille, le 5 mai 2023

Le juge des référés,

signé

F. SALVAGE

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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