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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2312198

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2312198

mardi 25 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2312198
TypeDécision
PublicationC
Formation9è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, et un mémoire, enregistré le 23 février 2025, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 septembre 2023 par laquelle Pôle emploi (actuellement France Travail) lui a refusé l'aide individuelle à la formation (AIF) relative à une formation en master mention innovation, entreprise et société ;

2°) d'enjoindre à France Travail de " valider et de financer intégralement sa formation " ;

3°) de mettre à la charge de France Travail la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée, qui ne comporte aucune motivation en droit, est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'instruction n° 2017-5 du 10 janvier 2017 applicable à l'aide individuelle à la formation ;

- il remplit les conditions pour bénéficier de l'aide individuelle à la formation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2025, France Travail Provence-Alpes-Côte d'Azur, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fédi, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Fédi, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 septembre 2023 Pôle emploi (actuellement France Travail) a refusé d'attribuer à M. A le bénéfice de l'aide individuelle à la formation (AIF) relative à une formation en Master mention innovation, entreprise et société BC4-change management. M. A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu du 2° de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi a notamment pour mission d'accompagner les personnes à la recherche d'un emploi, d'une formation ou d'un conseil professionnel, de prescrire toutes actions utiles pour développer leurs compétences professionnelles et améliorer leur employabilité, favoriser leur reclassement et leur promotion professionnelle, faciliter leur mobilité géographique et professionnelle. L'article L. 6121-4 du même code prévoit que Pôle emploi " attribue des aides individuelles à la formation () ".

3. Par une délibération n° 2008/04 du 19 décembre 2008 relative à la fixation de la nature et des conditions d'attribution des aides et mesures accordées par Pôle emploi, adoptée sur le fondement de ces dispositions, le conseil d'administration de cet établissement public administratif a prévu que : " Pôle emploi met en œuvre des aides et des mesures destinées à favoriser une reprise d'emploi rapide et durable en favorisant l'insertion, le reclassement, la promotion professionnelle et la mobilité géographique et professionnelle des demandeurs d'emploi indépendamment de leurs droits au revenu de remplacement () " et que : " Les aides s'inscrivent dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi et sont attribuées dans la limite des enveloppes disponibles et dans la mesure où ces aides sont nécessaires à la reprise d'emploi. () Les directeurs régionaux de Pôle emploi peuvent cibler un public ou un secteur prioritaire au regard des caractéristiques des territoires () ". Par une délibération n° 2015-10 du 3 février 2015, ce même conseil d'administration a prévu, à ce titre, qu'une aide individuelle à la formation, revêtant un caractère complémentaire et subsidiaire aux financements accordés par les collectivités publiques et les organismes paritaires collecteurs agréés, peut être attribuée pour financer en tout ou partie les frais pédagogiques des formations, suivies par des demandeurs d'emploi, dont le contenu, les coûts pédagogiques et la durée ont été validés par Pôle emploi, dans le cadre de leur projet professionnel. Aux termes de l'article 3 de cette instruction : " Seules les actions de formation ayant été validées par Pôle emploi dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi (PPAE) du demandeur d'emploi peuvent donner lieu à l'attribution de l'aide individuelle de formation. () La validation de la demande d'aide individuelle à la formation se fait au regard notamment : / de l'existence du numéro de déclaration d'activité de l'organisme de formation () ; / du respect du délai d'envoi du formulaire de l'aide individuelle à la formation ; / du fait que la formation apparaisse nécessaire et/ou adaptée au reclassement du demandeur d'emploi tel que défini dans son projet professionnel ; / du coût de l'action de formation par comparaison aux coûts pratiqués pour des actions de formations similaires ; / de la capacité de l'organisme de formation à délivrer une action de formation de qualité (). L'aide individuelle à la formation sert à financer des actions de formation qui ont pour vocation un retour rapide et durable à l'emploi. Ainsi les formations supérieures à un an (par exemple, les formations universitaires) doivent rester exceptionnelles. Elles doivent préparer à un métier et avoir une visée professionnelle directe (BTS, Master professionnel, etc. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'aide individuelle à la formation, qui présente un caractère subsidiaire et complémentaire aux aides équivalentes susceptibles d'être accordées par ailleurs par d'autres partenaires institutionnels de Pôle emploi, peut être octroyée à tout demandeur d'emploi portant sur un projet de formation individuelle inscrit à son " projet personnalisé d'accès à l'emploi " (PPAE). L'acceptation de la formation et de la prise en charge financière, en lieu et place du demandeur d'emploi, de tout ou partie des frais pédagogiques y afférents par Pôle emploi est notamment subordonnée à la condition que les autres aides ne soient pas mobilisables et que la politique d'achat de Pôle emploi dans le cadre des marchés de formation ne réponde pas à cette demande. En outre, l'attribution de cette aide ne constitue pas un droit. Elle est attribuée au niveau local, en fonction de priorités arrêtées au niveau régional, dans la limite des enveloppes disponibles et compte tenu des possibilités de reprise d'emploi selon le projet personnalisé propre à chaque demandeur d'emploi.

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur une demande d'aide destinée à prendre en charge tout ou partie d'une dépense spécifique, soit le requérant a effectivement exposé cette dépense et le juge doit rechercher s'il satisfaisait alors aux conditions pour obtenir l'aide sollicitée, soit il n'a pas été en mesure de le faire et le juge doit rechercher si la demande d'aide conserve un objet et si le requérant remplit les conditions pour l'obtenir, au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il statue. Dans les deux cas il doit, le cas échéant, prendre en considération la marge d'appréciation dont l'administration dispose pour accorder l'aide en litige.

6. Pour refuser à M. A le bénéfice de l'aide individuelle de formation, France travail, anciennement Pôle emploi, s'est fondé sur l'unique motif tiré de ce que " le coût de la formation ne correspond pas aux coûts moyens constatés pour ce type de formation ". Il résulte de l'instruction que M. A a sollicité cette aide en vue de suivre une formation au sein de l'Ecole Polytechnique, en " change management ", dont le devis de formation versé au dossier mentionne un coût total de 7 800 euros pour une formation, entièrement à distance, effectuée entre le 14 novembre 2023 et le 7 mars 2024. M. A soutient, sans être sérieusement contredit, que le coût horaire de la formation envisagée n'excède pas les montants des formations qualifiantes analogues. Par ailleurs, l'administration, en se bornant à reproduire les termes de la décision attaquée et à indiquer que les allégations du requérant, au demeurant étayées par des données accessibles tant au juge qu'aux parties, sont invérifiables, n'apporte pas de contradiction sérieuse aux éléments convaincants apportés par le requérant, alors même qu'il n'est pas fait état d'un dépassement des enveloppes disponibles. M. A, dont il est constant qu'il est demandeur d'emploi et qui fait valoir qu'il n'a aucune qualification dans le domaine du management, alors qu'une telle formation était dispensée par l'Ecole Polytechnique dont la qualité n'est pas contestée par l'administration en défense, et qui souhaite opérer une reconversion professionnelle pour acquérir davantage de compétences professionnelles et occuper un emploi de " directeur des opérations " pour lequel l'intéressé justifiait d'une promesse d'embauche, démontre par ailleurs qu'il remplit les conditions pour bénéficier de l'aide individuelle à la formation. Dans ces conditions, en justifiant son refus par le seul coût de la formation sollicitée et par suite en refusant d'accorder à M. A l'aide individuelle à la formation, France Travail a fait une inexacte application des dispositions citées au point 3.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que la décision du 18 septembre 2023, par laquelle Pôle emploi (actuellement France Travail) lui a refusé l'aide individuelle à la formation, doit être annulée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il peut prétendre au financement de cette formation dans le cadre de l'aide individuelle à la formation.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de France Travail la somme que M. A, qui n'est pas représenté par un avocat et ne fait état d'aucun frais exposés au titre de l'instance, demande au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 septembre 2023 par laquelle Pôle emploi (actuellement France Travail) a refusé l'aide individuelle à la formation à M. A est annulée.

Article 2 : M. B A a droit au financement de l'aide individuelle à la formation.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre du travail.

Copie en sera adressée à France Travail Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

G. FEDI

Le greffier,

Signé

D. GRIZIOT

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Le greffier.

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