mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2400392 |
| Type | Décision |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LAURENS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 23 février 2024, Mme D B, représentée par Me Laurens, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- la décision portant refus d'admission au séjour au titre de l'asile est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à défaut de preuve du rejet définitif de sa demande d'asile ;
- le préfet a méconnu les articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à l'impossibilité pour son enfant de bénéficier d'un traitement approprié en Albanie ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2024.
Par une décision du 26 janvier 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante albanaise née le 20 octobre 1982, soutient être entrée en France le 9 août 2022 et déclare s'y être maintenue continuellement depuis. Elle a sollicité, le 18 août 2022, son admission au séjour au titre de l'asile sur le fondement des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puis, le 23 mai 2023, en qualité de parent d'enfant malade au titre de l'article L. 425-10 du même code. Par un arrêté du 22 décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme B, qui présente des conclusions expressément dirigées contre un " refus de demande d'asile " que ne contient pas l'arrêté préfectoral du 22 décembre 2023, doit être regardée, pour donner une portée utile à ses écritures, comme demandant au tribunal d'annuler cet arrêté y compris en tant qu'il refuse de l'admettre au séjour.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 22 décembre 2023 a été signé par M. A E, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 13-2023-10-06-00006 du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-114 du même jour, à l'effet de signer notamment les refus de séjour et les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté du 22 décembre 2023 comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet fait ainsi état de la situation personnelle et familiale de Mme B et de sa nationalité albanaise, mentionne sa demande d'admission au séjour tant au titre de l'asile qu'en qualité de parent d'un enfant malade en précisant la procédure suivie devant l'OFII sur ce dernier point. L'arrêté indique que l'intéressée ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, à la suite du rejet par l'OFPRA de sa demande tendant à bénéficier du statut de réfugié le 13 mars 2023, en application des articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève que sa situation au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme permet l'édiction à son égard d'une mesure d'éloignement, contre laquelle elle n'établit par ailleurs pas bénéficier d'une protection en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, vers le pays dont elle a la nationalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté, notamment en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination, doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".
5. Mme B doit être regardée comme faisant valoir que les décisions portant refus d'admission au séjour en qualité de demandeur d'asile et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit au motif que le préfet ne justifie pas du caractère définitif du rejet de sa demande d'asile. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée est ressortissante d'Albanie, considérée comme un pays d'origine sûr par délibération du conseil d'administration de l'OFPRA au sens des dispositions précitées, et que sa demande d'asile a, en conséquence, été examinée selon la procédure accélérée, en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que Mme B a vu sa demande d'asile rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 13 mars 2023 notifiée le 17 avril 2023, elle ne bénéficiait plus, en application des dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 de ce code, du droit de se maintenir sur le territoire français en tant que demandeur d'asile à compter de la date de cette décision. Par suite, alors même qu'il ressort de l'extrait du fichier " Telem OFPRA " produit en défense que Mme B a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile le 2 juillet 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sans erreur de droit au regard du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obliger à quitter le territoire français le 22 décembre 2023 après avoir rejeté sa demande d'admission au séjour.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger , résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".
7. Pour rejeter la demande d'admission au séjour présentée par Mme B à raison de l'état de santé de son enfant mineur, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 30 août 2023 par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé du jeune C B nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Albanie. Pour contredire cet avis, la requérante verse au dossier divers certificats médicaux établissant que l'enfant est atteint d'une maladie respiratoire invalidante nécessitant notamment une alimentation par sonde naso-gastrique à domicile, la prise d'un traitement médicamenteux et des séances régulières de kinésithérapie respiratoire, et qu'il est suivi médicalement au centre hospitalier universitaire de la Timone. Toutefois, la seule production de ces documents, si elle confirme la gravité au demeurant non contredite de l'état de santé du jeune C, ne permet pas à la requérante d'infirmer valablement l'avis du collège de médecins de l'OFII en ce qu'il précise qu'un traitement approprié est disponible dans son pays d'origine, alors notamment qu'aucune des pièces versées dans l'instance n'a trait aux possibilités de traitement existant en Albanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les moyens soulevés par Mme B à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône rejetant sa demande d'admission au séjour ne sont pas fondés. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. En se bornant à faire valoir qu'elle " peut craindre avec raison de faire l'objet de mauvais traitements " en cas de retour en Albanie, Mme B qui n'apporte aucune précision plus circonstanciée, ne démontre ni la réalité ni l'actualité des risques auxquels elle pourrait être exposée du fait de l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son égard à destination de ce pays. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Hameline, présidente,
- Mme Fabre, première conseillère,
- Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
E. FabreLa présidente-rapporteure,
signé
M-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2512959
Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour de travailleur saisonnier et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction estime que l'arrêté est régulier, suffisamment motivé et ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation, en relevant que la carte de séjour sollicitée est soumise à des conditions spécifiques, notamment le maintien de la résidence habituelle hors de France, prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la CEDH et d'autres dispositions du CESEDA sont également écartés.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2513014
Le Tribunal Administratif de Grenoble a examiné un recours pour excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral rejetant une demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement. Le tribunal a annulé la décision de la préfète de l'Isère, considérant qu'elle portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, au regard notamment de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Il a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée sous deux mois.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2200418
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'indemnisation de trois anciens associés d'une société de traiteur. Les requérants estimaient que l'État avait commis une faute en refusant initialement l'aide du fonds de solidarité COVID-19, causant la liquidation de leur entreprise. Le tribunal a jugé que le refus initial de l'administration était justifié, car la société ne remplissait pas une condition d'éligibilité (l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019), et que le lien de causalité entre ce refus et la liquidation n'était pas établi. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2203658
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la société DNB Promotion, qui demandait l'annulation du refus de permis de construire et l'injonction de le délivrer. La juridiction a jugé recevable le recours mais a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, ce dernier agissant en vertu d'une délégation régulière. L'examen des autres moyens, notamment ceux relatifs aux conditions d'accès au projet (article 8.1 du PLUi) et à la voirie (article R. 111-2 du code de l'urbanisme), n'est pas rapporté dans l'extrait fourni.
02/04/2026