mardi 1 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2400492 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CHARTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Chartier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 10 août 2023 et du 14 décembre 2023 par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de faire droit à sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Devictor a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante arménienne, a sollicité le regroupement familial de sa fille. Par une décision du 10 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande, au motif que sa fille se trouve déjà sur le territoire français. Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision rejeté par une décision du 14 décembre 2023. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes de la décision du 10 août 2023, confirmée par la décision du 14 décembre 2023, qu'elle comporte les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de Mme B, visant notamment l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionnant que la fille de la requérante est déjà présente sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit donc être écarté.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
6. Si, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. L'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale subordonne, en principe, le bénéfice des prestations familiales, s'agissant des enfants qui ne sont pas nés en France, à la condition qu'il soit justifié de leur entrée régulière dans le cadre de la procédure de regroupement familial. Ces dispositions ayant pour objectif d'assurer le respect des règles relatives au regroupement familial, dans l'intérêt même de l'enfant pour lequel celui-ci est sollicité, la seule circonstance qu'un refus de regroupement, opposé en raison de la présence en France de l'enfant, fasse obstacle à la perception des prestations familiales, ne saurait, en principe, faire regarder cette décision comme méconnaissant le droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur ou l'intérêt supérieur de l'enfant. Il ne saurait en aller différemment, par exception, qu'en raison de circonstances très particulières tenant à la fois à la situation du demandeur et à celle de l'enfant, notamment à son état de santé, justifiant du caractère indispensable de l'ouverture du droit aux prestations familiales.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision du 10 août 2023 rejetant la demande de regroupement familial de Mme B au bénéfice de sa fille ainée, celle-ci résidait sur le territoire français et se trouvait donc au nombre des personnes susceptibles d'être exclues du bénéfice du regroupement familial en application du 3° de l'article L. 434-6 précité du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En se bornant à soutenir que les décisions attaquées ont pour conséquence de l'empêcher de percevoir des prestations sociales pour sa fille au bénéfice de laquelle elle a sollicité le regroupement familial, Mme B n'établit pas qu'elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants. Si elle soutient sans l'établir que l'absence de versement de prestation sociale pour sa fille la place dans une situation de précarité financière, aggravée par la situation de son époux, qui serait partiellement invalide à la suite d'un accident du travail en 2022 et par le fait que la société qui l'employait a été placée en liquidation judiciaire, ces circonstances ne peuvent être regardées comme des circonstances très particulières justifiant du caractère indispensable de l'ouverture du droit aux prestations familiales. En outre, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de sa fille. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 434-6, et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 août 2023 présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.
La rapporteure,
Signé
É. Devictor
Le président
Signé
P-Y. GonneauLa greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026