Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 février et 1er août 2024, Mme C... D... épouse B..., représentée par Me Rogliano, demande au tribunal :
1°) d’ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale aux fins d’évaluation du préjudice qu’elle estime avoir subi du fait de son accident survenu le 18 juillet 2023 ;
2°) de condamner solidairement la métropole d'Aix-Marseille-Provence et la commune de Marseille au versement d’une provision d’un montant de 5 000 euros, à valoir sur la réparation de son préjudice définitif ;
3°) de mettre à la charge solidaire de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de la commune de Marseille la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de la métropole et de la commune doit être engagée pour défaut d’entretien normal de la voie publique ;
- la matérialité du dommage est établie ;
- le lien de causalité entre le dommage et l’ouvrage public est établi dès lors que la présence d’une déviation piétonne dangereuse non signalée, notamment une planche en bois avec un grillage, caractérise un défaut d’entretien normal de la voirie ;
- elle a subi des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux.
Par un mémoire, enregistré le 12 mars 2024, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes a informé le tribunal qu’elle n’entendait pas intervenir dans la présente instance, en indiquant que la victime a été prise en charge au titre du risque maladie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, la métropole d’Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la matérialité des faits et le lien de causalité ne sont pas établis ;
- aucun défaut d’entretien normal ne peut lui être reproché, la déviation étant réalisée par l’entreprise Barre et Pottier Constructions sur autorisation de la commune de Marseille ;
- la victime a commis une faute ;
- la demande d’expertise est inutile ;
- la demande de provision est infondée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, la commune de Marseille conclut à titre principal, à sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la voirie métropolitaine ne relève pas de sa compétence ;
- l’entreprise ayant mis en place la déviation est responsable ;
- la matérialité des faits n’est pas établie ;
- aucun défaut d’entretien normal ne peut lui être reproché ;
- la victime a commis une faute ;
- la demande d’expertise médicale est inutile ;
- la demande de provision est infondée.
Par une ordonnance du 7 janvier 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 23 janvier 2026.
La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes a présenté un mémoire, enregistré le 13 février 2026, postérieurement à la clôture de l’instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Guionnet Ruault, rapporteur,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Rogliano, représentant Mme B..., de Me Pontier, représentant la métropole et de Mme A..., dûment mandatée, représentant la commune.
Considérant ce qui suit :
Mme B... expose avoir été victime d’une chute, le 18 juillet 2023, à hauteur du 286 avenue du Prado à Marseille. Elle demande au tribunal d’ordonner une expertise médicale afin d’évaluer ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux et de condamner solidairement la métropole d'Aix-Marseille-Provence et la commune de Marseille à lui allouer une somme de 5 000 euros à titre de provision.
Sur les conclusions aux fins d’expertise et d’allocation provisionnelle :
Il appartient à l’usager d’un ouvrage public qui demande réparation d’un préjudice qu’il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l’existence d’un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l’ouvrage. Le maître de l’ouvrage ne peut être exonéré de l’obligation d’indemniser la victime qu’en rapportant, à son tour, la preuve soit de l’entretien normal de l’ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
Mme B... soutient avoir été victime d’une chute survenue le 18 juillet 2023 au 286 avenue du Prado à Marseille en empruntant une déviation piétonne et en tombant à cause d’une plateforme en bois recouverte d’un grillage métallique dont la dangerosité n’était pas signalée. Il résulte, toutefois, de l’instruction que la présence de la plateforme incriminée trouve son origine exclusive dans la pose d’une palissade par l’entreprise Barre et Pottier Constructions autorisée par un arrêté portant occupation temporaire du domaine du public du maire de la commune de Marseille pris le 31 janvier 2023, dans le cadre de la construction de logements collectifs pour laquelle la société Nexity IR Programmes Provence a obtenu un permis de construire le 23 décembre 2019. L’article 3 de l’arrêté du 31 janvier 2023 précise que le cheminement des piétons sera interdit sur le trottoir côté chantier et sera dévié côté opposé par des aménagements prévus à cet effet par l’entreprise et l’article 5 qu’elle est responsable vis-à-vis des tiers des accidents de toute nature qui pourraient résulter de la réalisation de ses travaux ou de l’installation de ses biens mobiliers. Dans ces conditions, ces travaux n’ont pas été exécutés pour le compte d’une personne publique dans un but d’intérêt général ni pour une personne publique dans le cadre d’une mission de service public et ne peuvent, dès lors, être qualifiés de travaux publics. Par suite, Mme B... n’est pas fondée à demander la condamnation de la métropole ni de la commune qui ne sont pas les personnes responsables de la présence de la plateforme qu’elle incrimine, ou encore de ses imperfections ou de sa dangerosité.
Il résulte de ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à rechercher la responsabilité de la métropole d’Aix-Marseille-Provence ni de la commune de Marseille. Par suite, ses conclusions aux fins d’expertise et d’allocation provisionnelle doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de rejeter l’ensemble des conclusions des parties au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur la déclaration de jugement commun :
La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, mise en cause, n’est pas intervenue à l’instance. Il y a lieu, dès lors, de lui déclarer commun le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole d’Aix-Marseille-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le jugement est déclaré commun à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D... épouse B..., à la commune de Marseille, à la métropole d’Aix-Marseille-Provence et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.
Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Platillero, président,
Mme Ollivaux, première conseillère,
M. Guionnet Ruault, conseiller,
Assistés de Mme Aras, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
Le rapporteur,
Signé
A. GUIONNET RUAULT
Le président,
Signé
F. PLATILLERO
La greffière,
Signé
M. ARAS
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.