mardi 15 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2409699 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | WAHED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2024 et le 27 janvier 2025, Mme B D épouse A, représentée par Me Wahed, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation personnelle à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Wahed sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
4°) de mettre les dépens à la charge de l'État ;
5°) de procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen ;
6°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
7°) de désigner un interprète en langue pidgin anglais.
Elle soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- le préfet a commis une erreur de droit ;
- il a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en a fait une inexacte application ;
- le préfet a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative dès lors que la requête ne contient aucun exposé des faits, aucun moyen et aucunes conclusions ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, au taux de 55 %, par une décision du 8 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Wahed, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, de nationalité nigériane, a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale le 2 février 2024. Par un arrêté du 21 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 novembre 2024. Il n'y a donc pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :
3. Mme C, cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 22 mars 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. L'arrêté indique de manière suffisamment précise les motifs de fait et de droit pour lesquels le préfet a pris les décisions attaquées et ne comporte pas de formules stéréotypées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions et de la méconnaissance des dispositions du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme D n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme D, âgée de trente-deux ans à la date de la décision en litige, déclare être entrée en France avec son époux, de nationalité nigériane également, le 20 janvier 2019 et y avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Elle fait valoir que ses deux derniers enfants sont nés, intégrés et scolarisés en France et que son époux y travaille depuis le mois de juin 2022 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Si ces faits sont établis, il n'est cependant pas contesté par la requérante que son époux était en situation irrégulière sur le territoire à la date de la décision et que la requérante possède, avec son époux, de fortes attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où vivent deux de leurs enfants mineurs âgés de quinze et douze ans. Dans ces conditions, et en dépit d'une volonté d'insertion certaine, les moyens tirés de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur de droit et porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale doivent être écartés.
8. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
9. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7, et alors que l'arrêté n'emporte pas en lui-même séparation des parents et des enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention précitée doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir présentée par le préfet, que les conclusions aux fins d'annulation de Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance et des dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme D n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête présentée par Mme D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président-rapporteur,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Simeray
Le président rapporteur,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026