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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2410685

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2410685

lundi 17 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2410685
TypeDécision
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKUHN-MASSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Kuhn-Massot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 février 2025.

Par une décision du 20 septembre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Trottier, président-rapporteur,

- et les observations de Me Kuhn Massot, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 15 octobre 1975, déclare être entré en France le 26 décembre 2021, sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles, et s'y être maintenu continuellement depuis. Il a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français le 7 octobre 2022. Le 25 janvier 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 5 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

3. M. A fait valoir qu'il est entré en France le 26 décembre 2021, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, et y être demeuré par la suite, en vue de porter assistance à sa mère en situation de handicap et dont il constitue l'aidant principal. S'il ressort des pièces du dossier que la mère du requérant, de nationalité française, souffre d'une " maladie neurodégénative ", de " troubles cognitifs majeurs " et bénéficie d'un suivi médical spécialisé, notamment en psychiatrie et orthophonie, M. A n'établit pas, ainsi qu'il l'allègue, être le seul à pouvoir l'assister dans les actes de la vie courante. Il n'établit pas davantage, par la production d'un seul " avis favorable " émis par un médecin psychiatre le 30 octobre 2023, que l'état de santé de sa mère nécessiterait une mesure de tutelle ni, en tout état de cause, que lui seul pourrait en être le tuteur. Par ailleurs, l'intéressé, qui ne justifie que d'un séjour récent sur le territoire français, ne fait état d'aucune autre attache personnelle ou familiale en France et n'est pas dépourvu de telles attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans et où résident son épouse et ses enfants, selon les mentions non contredites de l'arrêté attaqué. Enfin, si le requérant suit des cours de français depuis septembre 2022, cette seule circonstance ne suffit pas à justifier d'une insertion sociale et professionnelle particulière en France alors, au demeurant, qu'il conserve dans son pays d'origine un emploi pérenne dont il est actuellement en congé sans solde. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc méconnu ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressé.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Olivier Kuhn-Massot et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 février 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Le Mestric, première conseillère,

- Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Le MestricLe président-rapporteur,

signé

T. Trottier

La greffière

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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02/04/2026

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