mardi 15 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2411244 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BENNOUNA ET MENZEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Bennouna, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2024 par laquelle un fonctionnaire de police lui a refusé l'entrée sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre à l'administration de l'autoriser à entrer sur le territoire français, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle ne mentionne ni le nom, ni le prénom de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 332-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle ne comporte pas l'indication du tribunal territorialement compétent ;
- elle méconnaît les articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 341-1 alinéa 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de police des Bouches-du-Rhône conclut à son incompétence pour défendre dans la présente instance et à ce que la requête soit transmise au ministre de l'intérieur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Simeray,
- les observations de Me Bennouna, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 22 décembre 2032, est entré sur le territoire national par voie maritime et a été interpellé le 3 septembre 2024 au point de passage frontalier du port de Marseille. Par une décision du même jour, l'intéressé a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français, dont il demande au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour ". Aux termes de l'article L. 332-2 du même code : " La décision de refus d'entrée, qui est écrite et motivée, est prise par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 332-1 du même code : " La décision refusant l'entrée en France à un étranger, prévue à l'article L. 332-2, est prise :
1° Par le chef du service de la police nationale chargé du contrôle aux frontières ou, par délégation, par un fonctionnaire désigné par lui, titulaire au moins du grade de brigadier ; () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
3. La décision attaquée a été prise par M. B D, brigadier-chef de police au sein du service de la police aux frontières de Marseille, dont le nom figure en en-tête. Le préfet de police ne justifie toutefois pas que ce fonctionnaire bénéficiait d'une délégation lui donnant compétence pour signer la décision attaquée, en application des dispositions précitées. Par suite, la décision est illégale pour ce motif.
4. Aux termes de l'article L. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; / 2° Il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission sur le territoire français introduit dans le système d'information Schengen, conformément au règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 () ; / 3° Il fait l'objet d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire ". Aux termes de l'article L. 312-5 de ce code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour ou du document de circulation délivré aux mineurs en application de l'article L. 414-4 sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage ". Aux termes de son article L. 311-1 : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ;
3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". Aux termes de l'article L. 332-1 du même code : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour ". Aux termes de l'article L. 332-2 de ce même code : " La décision de refus d'entrée, qui est écrite et motivée, est prise par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire () ".
5. Il ressort de la décision attaquée qu'un refus d'entrée a été opposé à M. C au motif qu'il " est signalé aux fins de non-admission dans le fichier national (mesure d'expulsion, d'éloignement, d'interdiction du territoire, menace de trouble à l'ordre public) ". Les observations figurant dans cette décision mentionnent toutefois que M. C " n'est plus détenteur de son titre de séjour n° LCVP7BTAQ ". Le requérant soutient, sans être contredit en l'absence de défense du préfet de police des Bouches-du-Rhône, qu'il n'est pas signalé dans le fichier national et que sa carte de résident ne lui a pas été retirée. Ainsi, le requérant est fondé à soutenir que le motif de la décision de refus d'entrée prise à son encontre est erroné, et à en demander l'annulation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 3 septembre 2024 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction
7. Il n'entre pas dans les pouvoirs de l'administration d'autoriser a priori M. C à entrer sur le territoire national, dès lors qu'il n'appartient qu'au chef du service de la police nationale chargé du contrôle aux frontières, ou au fonctionnaire délégué, d'autoriser ou de refuser l'entrée en France d'un étranger lorsqu'il se présente à la frontière. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 3 septembre 2024 refusant l'entrée sur le territoire national à M. C est annulée.
Article 2 : L'État versera une somme de 1 200 euros à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.
La rapporteure,
Signé
C. SimerayLe président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026