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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2411695

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2411695

mercredi 2 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2411695
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantZERBIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 novembre 2024, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la Cour administrative d'appel de Marseille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B C.

Par cette requête, enregistrée au greffe de la Cour administrative d'appel de Marseille le 3 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Zerbib, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date 1er novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de circuler sur le territoire national pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros ainsi que les entiers dépens en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des exigences de la loi du 11 juillet 1979 ;

- il est entaché d'un vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hogedez ;

- et les observations de Me Zerbib pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité roumaine, né le 10 novembre 1991, a été interpellé le 1er novembre 2024 pour " introduction dans un local à usage d'habitation, commercial, agricole ou professionnel à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte, et occupation frauduleuse ". Par un arrêté en date du 1er novembre 2024, dont il est demandé l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de circuler sur le territoire national pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D A, sous-préfète de permanence, à qui le préfet des Bouches-du-Rhône a régulièrement délégué sa signature, par un arrêté du 10 octobre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par conséquent être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".

4. L'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 251-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et expose avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale de M. C ayant conduit le préfet des Bouches-du-Rhône à l'édicter, tels que les différentes infractions qui lui sont reprochées. Cette motivation, qui n'est pas, contrairement à ce que soutient M. C, stéréotypée, comporte ainsi, conformément aux dispositions, non pas de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, qui ont été abrogées au 1er janvier 2016 par l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015, mais de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois d'une part, cet article, abrogé par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, n'était plus applicable à la date de l'arrêté attaqué. D'autre part, à supposer qu'il puisse être regardé comme invoquant les articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables en l'espèce, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de ces articles dès lors qu'il ne justifie pas avoir présenté de demande de titre de séjour sur l'un de ces fondements. Le vice de procédure ainsi invoqué doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Le requérant qui se borne à indiquer que ses attaches sont " indéniablement en France et que son départ dans un pays dans lequel il ne connaît personne et n'a aucune attache aurait des conséquences irréversibles [et] excessives pouvant aller jusqu'à la mort ", ne démontre pas qu'il serait directement exposé à un risque sérieux et actuel de subir des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans l'un de ses pays d'origine. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C, se prévaut de sa présence continue sur le territoire français depuis 2016. Toutefois, les pièces versées au dossier ne permettent pas, eu égard à leur nombre, leur nature et leur teneur, de démontrer sa présence physique depuis cette date. Par ailleurs, l'intéressé soutient être le père de deux enfants mineurs, de nationalité française, scolarisés sur le territoire. Il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que ces enfants, nés de deux parents roumains, seraient de nationalité française, y compris le cadet, la seule circonstance que ce dernier soit né en France ne lui ouvrant pas, de ce seul fait, droit à la nationalité française. En outre, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et ne fait, en tout état de cause, état d'aucune circonstance faisant obstacle à leur scolarisation en Roumanie, pays dans lequel la cellule familiale peut se reconstituer. Enfin, quoiqu'établie par les pièces versées au dossier, la circonstance que M. C ait exercé une activité professionnelle entre août 2021 à mai 2023 n'est pas de nature à caractériser une intégration socio-professionnelle notable eu égard notamment aux caractères récent et discontinu de cette activité. Dans ces conditions, M. C, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions en litige méconnaîtraient les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public après mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Arniaud

La présidente-rapporteure,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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