jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2411808 |
| Type | Décision |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | VINCENSINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 15 novembre 2024 et le 26 février 2025, Mme A, représentée par Me Vincensini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de 48 heures à compter de la même date, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'instruire à nouveau sa demande de titre de séjour, de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de 48 heures à compter de la même date, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- cette décision insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière l'ayant privé de la garantie liée à l'intervention de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;
- elle est illégale dès lors qu'elle justifie d'un droit au séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lopa Dufrénot.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante tunisienne née le 16 mars 1960, a sollicité le 1er février 2024 son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée pour la dernière fois en France le 17 novembre 2017, sous couvert d'un visa Schengen de court séjour, accompagnée de sa fille alors mineure, Mme B C, née le 25 septembre 2000, qui présente des déficiences motrices, neuro-orthopédiques et vésico-sphinctériennes en lien avec une spina bifida congénitale ayant conduit à de multiples interventions chirurgicales ainsi qu'à la reconnaissance d'un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80%, par décision de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Bouches-du-Rhône du 23 septembre 2021. A ce titre, Mme B C, actuellement détentrice d'une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour, ainsi que le rappelle le préfet, valable du 24 janvier 2025 au 23 avril 2025, s'est vue délivrer par le préfet des Bouches-du-Rhône une autorisation provisoire de séjour valable du 5 novembre 2019 au 4 mai 2020, suivie de trois cartes de séjour temporaires " étranger malade " successives, la dernière ayant expiré le 11 juillet 2024. Aux termes de son certificat établi le 26 septembre 2023, le médecin coordonnateur au sein de l'Institut universitaire de réadaptation de Valmante confirme que la fille de Mme A nécessite la présence d'une aide humaine pour la suppléer dans les actes de la vie quotidienne, qu'une prestation de compensation du handicap lui a été attribuée par la MDPH et que sa mère occupe cette fonction d'aide humaine principale depuis novembre 2017, sa présence étant jugée indispensable. Les termes de ce certificat sont corroborés par l'éducateur spécialisé en poste au sein du même Institut qui, par une attestation du 11 octobre 2023, certifie que la requérante est présente lors de ses visites au domicile de sa fille ou en démarches pour soutenir sa fille dans les actes essentiels de la vie quotidienne. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, alors qu'elle justifie, par ailleurs, d'une résidence habituelle en France depuis près de sept ans à la date de l'arrêté litigieux et démontre également ne plus disposer d'attaches familiales en Tunisie du fait de la séparation d'avec son époux et de la résidence de ses trois autres enfants en France, au Canada et en Allemagne, Mme A est fondée à soutenir qu'en rejetant son admission au séjour, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 27 août 2024 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, de celles prises à la même date lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Eu égard au motif d'annulation retenu et par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à Mme A une carte de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Sur les frais liés au litige :
5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vincensini, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 200 euros au titre des dispositions susvisées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 27 août 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme A une carte de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Vincensini la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vincensini renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Vincensini.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de Mme Aras, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. LOPA DUFRÉNOT L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A. NIQUET
La greffière,
Siigné
M. ARAS
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
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