Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d’annuler l’arrêté n° PC 013 069 24 E0023 en date du 25 juin 2024 par lequel le maire de Pélissanne a accordé un permis de construire à Mme C... et M. B... portant sur la construction d’une maison individuelle de 92,32 m2 sur une parcelle cadastrée sous le n° AK 0708 en zone agricole (A) du plan local d’urbanisme (PLU).
Il soutient que le permis de construire est illégal dès lors qu’il porte sur une construction à usage d’habitation et que l’activité agricole des pétitionnaires ne nécessite pas leur présence à proximité immédiate de l’exploitation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 avril 2025, M. D... B... et Mme A... C..., représentés par Me Barrionuevo, concluent au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive dès lors que le préfet ne leur a pas notifié le recours gracieux exercé contre l’arrêté de permis de construire en application de l’article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- le moyen soulevé par le préfet n’est pas fondé.
Le déféré du préfet des Bouches-du-Rhône a été communiqué le 31 décembre 2024 à la commune de Pélissanne qui n’a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l’instruction, ni postérieurement.
La clôture d'instruction a été fixée au 21 août 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Juste,
- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Par arrêté n° PC 013 069 24 E0023 en date du 25 juin 2024, reçu en préfecture le 25 juin 2024, le maire de Pélissanne a accordé un permis de construire N° PC 013 069 24 E0023 à Mme C... et M. B..., portant sur la construction d’une maison et d’un garage sur un terrain cadastré section AK n° 0708, classé en zone agricole du PLU. Par une lettre d’observations valant recours gracieux en date du 21 août 2024, le préfet a demandé au maire de retirer ce permis. Du silence gardé sur sa demande est née une décision implicite de refus. Le préfet des Bouches-du-Rhône défère à la censure du tribunal l’arrêté du 25 juin 2024.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
Aux termes de l’article R. 600-1 du code de l'urbanisme : « En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. ».
Si les pétitionnaires soutiennent qu’ils ont bien reçu notification de la lettre valant recours gracieux du préfet des Bouches-du-Rhône, ils affirment, sans l’établir, que le courrier reçu ne contenait pas copie de ladite lettre, ne démontrant notamment pas avoir accompli les diligences nécessaires à l’obtention de ladite copie. Ils ne sont donc pas fondés à soutenir que les dispositions de l’article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été méconnues pour ce motif. La fin de non-recevoir opposée en défense sur ce fondement doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article A1 du PLU, en zone agricole : « Sont interdits : Toutes constructions, installations, activités ou travaux n’étant pas directement liées et nécessaires au fonctionnement des exploitations agricoles ou aux services publics ou d’intérêt collectif. / (…) ». Aux termes de l’article A2 de ce même document : « Sont autorisées sous conditions : Les constructions et installations nécessaires au fonctionnement des exploitations agricoles (…) / Les installations nécessaires à des équipements collectifs notamment les installations photovoltaïques sur toiture construction existante ou construction nouvelle (…) / Les constructions à usage d’habitation, leurs annexes et locaux accessoires nécessaires à l’exercice de l’activité agricole sous réserve de ne pas compromettre l’activité agricole et la qualité paysagère des sites, (…) ».
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet est une construction à usage d’habitation située en zone agricole. Si l’article A2 du PLU de la commune de Pélissanne autorise, dans la zone agricole, les constructions à destination d’habitation, c’est notamment à la condition qu’elles apparaissent nécessaires à l’exploitation agricole.
Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à l’exploitation, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole ou forestière, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole ou forestière d'une consistance suffisante. Ce lien de nécessité, qui doit faire l’objet d’un examen au cas par cas, s’apprécie entre, d’une part, la nature et le fonctionnement des activités de l’exploitation agricole et, d’autre part, la destination de la construction ou de l’installation projetée.
En l’espèce, M. B... et Mme C... exercent une activité agricole exploitant des vignes, des oliviers, des céréales et des prairies sur une surface totale de 17,47 hectares, activité dont la réalité n’est pas remise en cause par le préfet. Les requérants se prévalent de la nécessité de veiller avec attention et rigueur au développement de leurs cultures ainsi que de les entretenir minutieusement tout au long de l’année. Ils font également valoir, sans toutefois l’établir, qu’ils ont été, par le passé, victimes de vols et dégradations et qu’il leur est nécessaire de pouvoir réagir en cas d’aléa climatique ou d’atteinte à leurs biens et matériels sur le site. Toutefois, ces allégations ne sont, au regard des pièces du dossier, pas de nature à justifier leur présence permanente sur le site d’exploitation.
Dans ces conditions, c’est à bon droit que le préfet a estimé que le maire, en octroyant le permis de construire en litige, a méconnu les dispositions de l’article A1 du PLU de Pélissanne. Il s’ensuit que cet arrêté doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, la somme réclamée par M. B... et Mme C... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté n° PC 013 069 24 E0023 en date du 25 juin 2024 par lequel le maire de Pélissanne a octroyé un permis de construire à M. B... et Mme C... est annulé.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. B... et Mme C... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Bouches du Rhône, à la commune de Pélissanne, ainsi qu'à M. B... et Mme C....
Délibéré après l'audience du 2 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. Pecchioli, président,
M. Juste, premier conseiller,
Mme Houvet, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.
Le rapporteur,
Signé
C. JUSTE
Le président,
Signé
J.L PECCHIOLI
Le greffier,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.