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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2501095

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2501095

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2501095
TypeDécision
Avocat requérantHAMRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 février et 3 mars 2025, la société Bouygues Telecom et la société par actions simplifiées Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision implicite née du silence gardé par le maire de la commune de Marseille sur la demande de délivrance du certificat de non-opposition à la déclaration n° DP 013055 23 02653P0 déposée auprès de ses services le 25 juillet 2023, en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un immeuble sis 5145F Rue Louis Leprince Ringuet à Marseille ;

2°) d'enjoindre au maire de cette commune de leur délivrer un certificat de non-opposition dans le délai de deux semaines à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de ladite commune le versement aux sociétés requérantes de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable, en l'absence de décision confirmative ;

Sur l'urgence :

- l'urgence est constituée, compte tenu des effets de la décision en litige qui porte atteinte à la continuité du service public des télécommunications auquel la société Bouygues participe, à l'intérêt public qui s'attache à la qualité de la couverture du territoire communal par le réseau de téléphonie mobile et à l'intérêt de la société Cellnex France de tenir ses engagements relativement à cette couverture :

- comme l'illustrent les cartes produites, le site projeté permettra de combler un trou de couverture en autorisant un gain de population à plusieurs centaines d'habitants qui ne bénéficiaient pas, jusqu'alors, du service de des exposantes ;

- il apparait également que les stations situées autour du projet litigieux sont relativement saturées au point que le service 4G pris en charge par les exposantes présente parfois des qualités qui excèdent à peine celles de la 3G ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité :

- la décision en litige a été prise en violation des dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande était complet à la date du 6 octobre 2023 ;

- une décision tacite de non-opposition est donc intervenue le 6 novembre 2023 ;

- l'autorité compétente a l'obligation d'attester de la délivrance de l'acceptation tacite d'une déclaration préalable ;

Par un mémoire en défense, enregistré 28 février 2025, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête au fond est irrecevable dès lors que la décision en litige est une décision purement confirmative ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, dès que la requête au fond a été déposée le 9 avril 2024 ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2403444.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jean-Laurent Pecchioli ; vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2025 à 14 heures, en présence de Mme Zerari, greffière d'audience :

- le rapport de M. Pecchioli ;

- les observations de Me Cochet pour la société Bouygues et la société Cellnex France ;

- et celles de Mme A représentant la commune de Marseille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France ont déposé, le 25 juillet 2023 une déclaration préalable en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un immeuble sis 5145F Rue Louis Leprince Ringuet à Marseille. Ces sociétés demandent la suspension de la décision implicite née du silence gardé par le maire de la commune de Marseille sur la demande de délivrance du certificat de non-opposition à la déclaration n° DP 013055 23 02653P0 déposée auprès de ses services le 25 juillet 2023, en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un immeuble sis 5145F Rue Louis Leprince Ringuet à Marseille.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Les sociétés requérantes établissent, par la production de cartes de couverture réseau que la partie de territoire sur laquelle l'installation contestée doit être implantée n'est couverte par les réseaux de la société requérante que de manière imparfaite, eu égard à la présence de " trou de couverture ". Au regard de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, au gain de population impactée par cette situation et à l'objet même de la décision attaquée qui fait obstacle à la réalisation de travaux destinés au renforcement du réseau, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie, sans que puisse utilement y faire obstacle la circonstance que la présente requête en référé ait été introduite plus de dix-neuf mois après la présentation du projet de déclaration préalable.

Sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

5. En l'état de l'instruction, les moyens soulevés par les sociétés requérantes tirés de la complétude du dossier de demande et de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée jusqu'à ce qu'il soit statué sur la demande d'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En l'état de l'instruction, la présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au maire de Marseille de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable à la société Bouygues Télécom et à la société Cellnex France dans un délai de deux semaines à compter de la notification de cette ordonnance, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Marseille le versement aux sociétés requérantes de la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le maire de la commune de Marseille sur la demande de délivrance du certificat de non-opposition à la déclaration n° DP 013055 23 02653P0 déposée auprès de ses services le 25 juillet 2023, en vue de l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un immeuble sis 5145F Rue Louis Leprince Ringuet à Marseille est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Marseille de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non-opposition à déclaration préalable à la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France dans le délai de deux semaines suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Marseille versera à la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Télécom et à la société Cellnex France, ainsi qu'à la commune de Marseille.

Fait à Marseille, le 5 mars 2025

Le juge des référés,

Signé

J.-L Pecchioli

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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