mercredi 5 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2501113 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | PAMLAW AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2025, et un mémoire enregistré le 2 mars 2025, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de l'arrêté en date du 8 octobre 2024 par lequel un adjoint au maire de la commune d'Aix-en-Provence a refusé de délivrer le permis de construire déposée par la société Free Mobile en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile composée d'un pylône de type faux arbre servant de support à des antennes de téléphonie mobile et de modules techniques de petite taille en pied ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Aix-en-Provence, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire qu'elle a sollicité, dans un délai d'un mois courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de prendre une décision dans le délai d'un mois à compter de la date de notification de l'ordonnance à intervenir, aux mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est constituée compte tenu des effets de la décision en litige qui porte atteinte à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et à l'intérêt de la société Free Mobile de tenir ses engagements relativement à cette couverture.
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité :
- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;
- le projet en litige ne pouvait bénéficier de l'exception posée à l'article A 1 du PLU sans faire une inexacte application de ce texte ;
- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les stations relais de téléphonie mobile sont des installations nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectif ;
- la station relais projetée présente une surface d'emprise de 23 m², ce qui, rapporté à la superficie de la parcelle (12 370 m²) ne représente que 0,18 % ;
- le projet n'est donc pas incompatible avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel il est destiné à venir s'implanter ;
- le motif de refus fondé sur la méconnaissance de l'article A 11-1 du règlement de la zone UC2, est illégal ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'impact du projet sur son milieu environnant est limité ;
- la substitution de motifs sollicitée par la collectivité territoriale doit être écartée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- elle sollicite une substitution de motif tirée de ce que le projet méconnaît l'article A 11-7 du règlement du plan local d'urbanisme et qu'il est incompatible avec l'OAP ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2412732.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C B, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2025 à 14 heures, en présence de Mme Zerari, greffière d'audience :
- le rapport de M. A-L B ;
- les observations de Me Mirabel, reprenant et développant ses écritures, précisant que les deux substitutions de motif ne sont pas fondées, dès lors que l'article A 11-7 n'est pas applicable et que le projet n'empiète pas sur la voie de liaison ;
- les observations de Me Dallot, qui sans revenir sur la condition d'urgence, reprend et développe ses écritures, accentuant les substitutions de motif demandées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free Mobile a déposé une demande de permis de construire en vue de l'installation d'une station relais de téléphonie mobile composée d'un pylône de type faux arbre servant de support à des antennes de téléphonie mobile et de modules techniques de petite taille en pied. Elle demande de suspendre les effets de l'arrêté en date du 8 octobre 2024 par lequel un adjoint au maire de la commune d'Aix-en-Provence a refusé de délivrer le permis de construire déposée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction que les obligations qui ont été faites à la société Free Mobile par l'autorité de régulation des télécommunications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (ARCEP), portent sur la couverture en 4G et TDH devant atteindre 98% de la population au 17 janvier 2027 et 99,6 % au 8 décembre 2030, sur l'accès de la population de chaque département métropolitain devant atteindre 90% au 17 janvier 2027 et 95% au 8 décembre 2030, sur la couverture de la population pour l'aménagement numérique du territoire dans les zones peu denses devant atteindre 50% au 17 janvier 2022, 92% au
17 janvier 2027 et 97,7% au 8 décembre 2030, sur la couverture des centres de bourgs non couverts devant atteindre 100% au 17 janvier 2027, la couverture des axes routiers devant atteindre 100% au 8 décembre 2030 et sur la couverture des réseaux ferrés devant atteindre au niveau national 60% au 17 janvier 2022, 80% au 17 janvier 2027 et 90% au 8 décembre 2030 et au niveau de chaque région 60% au 17 janvier 2027 et 80% au 8 décembre 2030. La société Free Mobile est tenue en outre d'assurer l'accès à son réseau 5G à partir de 3 000 sites à compter du 31 décembre 2022, à partir de 8 000 sites à compter du 31 décembre 2024 et à partir de 10 500 sites à compter du 31 décembre 2025. Compte tenu des délais nécessaires à la société requérante pour trouver des sites permettant l'implantation d'antennes de relais de téléphonie mobile, elle doit être, dès à présent, en mesure d'apprécier le nombre de sites qu'elle doit encore trouver pour remplir les objectifs de couverture par les réseaux 3G et 4G. Il résulte des données et notamment des cartes de couverture réseau produites dans la présente instance par la société requérante, dont la sincérité ne peut être utilement contestée par les cartes de couverture de l'ARCEP, qu'à ce jour le taux de couverture en 4G de 99,6% de la population métropolitaine imposé par son cahier des charges n'est pas atteint. En matière de 5G, le nombre de stations relais en service sur la gamme de fréquences attribuées est à ce jour de 6 400 sur les 8 000 devant être mises en service d'ici le 31 décembre 2024. Par ailleurs, la société Free mobile démontre, par une carte qu'elle produit, que le secteur où doit être implanté la station relais n'est pas couvert par les réseaux radioélectriques. Il s'ensuit qu'eu égard à l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, ainsi qu'aux intérêts propres de la société Free Mobile, au regard des engagements pris vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire par ces réseaux, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
Sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de droit entachant, d'une part le motif de refus fondé sur la méconnaissance du 1° de l'article A 11 par le projet d'antennes, et d'autre part, le motif tiré de ce que le projet serait incompatible avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
6. La commune d'Aix-en-Provence sollicite une substitution de motif tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article A 11-7 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'empiètement par la station litigeuse d'une liaison douce créée par l'OAP n° 6. Toutefois, il ne ressort pas, en l'état de l'instruction, que ces nouveaux motifs seraient susceptibles de fonder légalement la décision. Par suite, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de procéder à la substitution de motif demandée par la commune.
7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction aucun autre moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En l'état de l'instruction, la présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au maire d'Aix-en-Provence de délivrer, à titre provisoire, un permis de construire à la société Free Mobile dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence le versement à la société Free de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel un adjoint au maire de la commune d'Aix-en-Provence a refusé de délivrer le permis de construire déposée par la société Free est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête de la société Free Mobile tendant à son annulation.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Aix-en-Provence de délivrer à la société Free Mobile, à titre provisoire, le permis de construire qu'elle a sollicité, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune d'Aix-en-Provence versera à la société Free Mobile la somme de
1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune d'Aix-en-Provence.
Fait à Marseille, le 5 mars 2025.
Le juge des référés,
Signé
J.-L. B
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,