mardi 25 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2502233 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SELARL PARRACONE AVOCATS PROVENCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février et 24 mars 2025, la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le maire de la commune de Lambesc sur la demande de délivrance du certificat de non-opposition à la déclaration n° DP 013 050 23 M0204 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lambesc de délivrer le certificat de non-opposition dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lambesc la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'atteinte portée à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et l'entrave portée à ses activités caractérisent la situation d'urgence ;
- la décision litigieuse porte directement atteinte à la qualité de la couverture radiotéléphonique du territoire communal et fait obstacle à la continuité du service public des télécommunications ;
- la station relais objet de la déclaration préalable 013 050 23 M0204 est seule à même de permettre de combler un important trou de couverture existant ;
- la commune était dans l'obligation d'attester de la délivrance de l'acceptation tacite de la déclaration préalable sollicitée en application de l'article de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2025, la commune de Lambesc, représentée par Me Parracone, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'attestation prévue par le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme ne leur ait d'aucune utilité pour commencer l'exécution de leurs travaux et répondre ainsi à leur obligation tendant à assurer la continuité du service public des télécommunications ;
- le niveau de couverture en voix et SMS et la couverture en internet mobile en 4G sur la commune est suffisante, seule la couverture 5G présente " des trous ", alors que le projet en litige ne porte que sur du débit en 4G ;
- les requérantes n'apportent aucune précision sur les " tiers intéressés " ;
- l'injonction de procéder au réexamen d'une demande de permis de construire ne fait pas courir un délai de nature à faire naître une autorisation tacite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Arniaud pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 24 mars 2025 à 15 heures, en présence du greffier d'audience, M. A :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les observations de Me Miloux, représentant la société Bouygues Télécom et la société Cellnex France, qui a repris les moyens présentés à l'écrit ;
- et celles de Me Parracone représentant la commune de Lambesc, qui a insisté sur l'absence de preuves du trou de couverture invoqué par les sociétés requérantes et sur le caractère provisoire de l'ordonnance du 2 juillet 2024.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 septembre 2024, la société Bouygues Télécom a sollicité auprès de la commune de Lambesc que soit délivrée à la société Cellnex France un certificat tacite de non-opposition à une déclaration préalable en vue de réaliser des travaux relatifs à la création d'un pylône-treillis de radiotéléphonie et d'éléments techniques accessoires sur un terrain situé quartier Camejean Ouest à Lambesc. La société Cellnex France et la société Bouygues Télécom demandent au juge des référés la suspension de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Lambesc a refusé de faire droit à cette demande.
Sur la demande de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
3. La société Cellnex France, qui a donné mandat à la société Bouygues Télécom notamment pour déposer et signer les dossiers de demandes d'autorisations requises pour le déploiement des " points hauts " dont elle est maitre d'ouvrage, a déposé, le 21 novembre 2023, un dossier de déclaration préalable en vue de réaliser des travaux relatifs à la création d'un pylône-treillis de radiotéléphonie et d'éléments techniques accessoires sur un terrain situé quartier Camejean Ouest à Lambesc. Par une ordonnance n° 2406089 du 2 juillet 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a suspendu l'exécution de l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le maire de la commune de Lambesc a pris une décision d'opposition à cette déclaration préalable, et a enjoint au maire d'instruire à nouveau la déclaration préalable. Par un courrier du 11 juillet 2024, reçu par la commune le 12 juillet 2024, la société Bouygues Télécom a sollicité de la commune la reprise de l'instruction de la déclaration préalable. Il n'est pas contesté que le maire n'a pas, dans le délai d'un mois fixé par l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme, notifié à la société la liste des pièces manquantes, ni n'a pris de décision d'opposition. Une décision tacite de non opposition à la déclaration préalable est donc née le 12 août 2024 du silence gardé par le maire sur cette demande du 12 juillet 2024, présentée postérieurement à l'ordonnance du 2 juillet 2024.
4. D'une part, les sociétés requérantes font valoir la nécessité de développer et d'améliorer la couverture du secteur de la commune de Lambesc et transmettent une carte illustrant l'apport du projet d'antenne en cause sur le secteur, concernant la 4G. Par ailleurs, la demande de déclaration préalable indique que le projet vise à étendre l'offre de haut débit 4G et 5G de Bouygues Télécom. La carte transmise par la commune de Lambesc, qui est binaire s'agissant de la couverture mobile en 3G et 4G, ne permet pas d'établir la suffisance du réseau. En outre, la commune reconnaît l'insuffisance de couverture du réseau 5G. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 4G que 5G et à l'objet même du certificat demandé qui répond à la nécessité, pour les sociétés requérantes, d'attester auprès de tiers intéressés ou participant à l'exécution des travaux autorisés de l'existence de la décision de non opposition, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
5. D'autre part, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cette décision le moyen tiré de ce que la commune a méconnu les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme en refusant de délivrer le certificat de non-opposition sollicité.
6. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander la suspension de l'exécution de la décision qu'elles attaquent.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il y a lieu d'enjoindre au maire de Lambesc de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non opposition à déclaration préalable à la société Cellnex France dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lambesc le versement aux sociétés requérantes d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des requérantes, qui ne représentent pas, dans la présente instance, la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Lambesc a refusé de délivrer un certificat de non opposition à déclaration préalable n° DP 013 050 23 M0204 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Lambesc de délivrer, à titre provisoire, un certificat de non opposition à déclaration préalable à la société Cellnex France dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : La commune de Lambesc versera aux sociétés requérantes la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Lambesc au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bouygues Telecom, à la société Cellnex France et à la commune de Lambesc.
Fait à Marseille, le 25 mars 2025.
La juge des référés,
signé
C. Arniaud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,