Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2025, et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 octobre 2025, la société par actions simplifiées Permis à tout point, représentée par Me Philippot, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 29 septembre 2025 portant suspension pour une durée de deux mois de l’agrément délivré le 3 mars 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la situation d’urgence est constituée dès lors que la mesure contestée entraîne sa cessation d’activité pour une période de deux mois et induit une perte de chiffre d’affaires de près de 20 000 euros ; elle intervient après des décisions lourdes d’investissement et du fait de la période de fin d’année qui est propice au développement du chiffre d’affaires et l’expert-comptable pointe le risque de cessation définitive d’activité du fait de cette période critique et du risque de perte de confiance de la clientèle compte tenu du caractère ultra-concurrentiel du secteur ; elle produit des éléments sur le détail des charges qu’elle supporte ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que :
* l’administration devra démontrer la compétence de l’auteur de l’acte ;
* la décision est entachée d’un vice de procédure, faute pour le préfet d’avoir respecté le principe du contradictoire ;
* le motif tiré de la prétendue non-déclaration de la personne chargée de la gestion technique et administrative (GTA) du stage au Préfet, qui serait non conforme aux articles 2 et 6 de l’arrêté du 26 juin 2012 est erroné et entaché d’erreur manifeste d’appréciation, celle-ci étant mentionnée sur les agréments des 12 mai et 5 juin 2023 ;
* la décision est entachée d’erreur de droit au regard de l’article 9 de l’arrêté du 26 juin 2012 dès lors que la personne chargée de la GTA est identifiée depuis l’agrément du 5 juin 2023 ;
* l’arrêté du 26 juin 2012 ne prévoit pas de forme spécifique de déclaration de la GTA à la préfecture en particulier s’agissant de l’article 2 qui ne précise pas de détail sur cette communication ;
* les services de la préfecture avaient réceptionné la déclaration de M. A... en tant que GTA au moins deux fois, le 26 décembre 2024 et le 18 avril 2025 ;
* le contrôle d'identité de l'ensemble des stagiaires a été opéré le 20 juin au matin à leur arrivée, et tous possédaient leur pièce d'identité originale qu'il leur a été demandé de conserver durant les deux journées de stage ;
* la durée de deux mois de suspension d’agrément est manifestement disproportionnée au motif retenu et porte une atteinte disproportionnée à la liberté du commerce et de l'industrie et à la liberté d'entreprendre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
la situation d’urgence n’est pas établie ;
les moyens invoqués ne sont pas sérieux.
Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2512689 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- l’arrêté du 26 juin 2012 fixant les conditions d’exploitation des établissements chargés d’organiser les stages de sensibilisation à la sécurité routière ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Felmy, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 29 octobre 2025 :
- le rapport de Mme Felmy,
- et les observations de Me Philippot, représentant la société Permis à tout point, qui souligne au titre de l’urgence, que la société ne possède qu’un seul agrément pour le département, que les stages prévus au début du mois de novembre ont été annulés et rappelle les conséquences financières et comptables de la mesure de suspension, dans le cadre d’un marché très concurrentiel, et au titre des moyens de légalité, qu’elle renonce au moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte, que Mme B... n’a jamais reçu le courrier notifié le 23 juillet 2025, les éléments produits par la préfecture, qui sont vierges, ne permettant pas de s’assurer de la notification, et a repris ses écritures pour le surplus ;
- et les observations de M. C..., représentant le préfet des Bouches-du-Rhône, qui soutient, au titre de l’urgence, que la société a la faculté de décaler les crédits ou les dettes, d’annuler des réservations et de licencier un salarié en période d’essai, et que la clientèle n’a pas vocation à revenir régulièrement, et s’agissant de la légalité de l’acte, que le suivi électronique de La Poste fait foi et permet de ne pas imputer le défaut de contradictoire à l’administration, que le GTA doit vérifier l’identité des stagiaires selon l’annexe 5 de l’arrêté du 26 juin 2012 et qu’enfin, si M. A... s’est désigné GTA dans les pièces produites, ces pièces n’ont pas pour objet cette déclaration particulière, et que dans les trois arrêtés concernant l’agrément, M. A... est désigné en qualité d’animateur expert mais non GTA.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a autorisé Mme B... à exploiter un établissement nommé « Permis à tout point » chargé d’organiser des stages de sensibilisation à la sécurité routière dans le département des Bouches-du-Rhône. Cet arrêté a été modifié à deux reprises, les 12 mai et 5 juin 2023, afin de prendre en compte une deuxième salle de formation et un changement d’adresse d’une salle de formation. A l’occasion d’un contrôle s’étant tenu les 20 et 21 juin 2021, des irrégularités ont été constatées. La gérante de l’établissement a été invitée le 15 juillet 2025 à formuler ses observations sur la suspension de l’agrément, envisagée par le préfet. Par un arrêté du 29 septembre 2025 dont la société Permis à tout point demande la suspension, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, le préfet a décidé de suspendre cet agrément pour une durée de deux mois.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’une décision administrative lorsque l’exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et globalement, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire et des intérêts publics en jeu.
Pour justifier de la situation d’urgence dans laquelle elle se trouve, nécessitant de suspendre l’exécution de la décision en litige, la SAS Permis à tout point soutient que la mesure contestée entraînant sa cessation d’activité pour une période de deux mois, induira une perte de chiffre d’affaires et intervient après des décisions lourdes d’investissement du fait de la période de fin d’année, propice au développement du chiffre d’affaires. Toutefois, elle se borne à produire une attestation du 14 octobre 2025 établie par un expert-comptable par laquelle celui-ci précise que la mesure de « fermeture » aurait pour effet immédiat de priver la société d’un chiffre d’affaires estimé à près de 20 000 euros, au vu d’une comparaison, par ailleurs non documentée, avec le chiffre d’affaires réalisé sur la même période au cours de l’année antérieure, et d’occasionner une perte de plus de 10 000 euros pour l’exercice 2025. Cet expert estime le bénéfice net comptable tel que résultant de la situation comptable intermédiaire arrêtée le 30 septembre 2025 à 4 701 euros, obtenu en l’absence de rémunération de la présidente, ne permettant dès lors pas selon son analyse, de couvrir les frais prévisionnels de novembre et décembre 2025. Il estime le montant des coûts fixes supportés par la société à 15 488 euros pour la période de suspension, en incluant notamment le coût du loyer et des frais généraux, les rémunérations d’une assistante administrative et de la présidente, évaluée à 8 000 euros pour cette dernière, alors qu’il résulte des propres écritures de la requérante et de ce qu’il vient d’être dit qu’aucun salaire ne lui était versé. En outre, si la société Permis à tout point produit la déclaration d’embauche, datée du 30 septembre 2025, de l’assistante précédemment mentionnée à compter du 1er octobre 2025, il est constant que cette déclaration est postérieure à la décision en cause et que la société n’établit, à la date de la présente ordonnance, ni que son employée aurait exécuté le contrat, qui n'est pas versé à l’instance, ni que les effets de ce contrat ne pourraient être reportés de deux mois à l’issue de la période de suspension. Par ailleurs, la simple production d’une unique facture de location d’une salle et mise à disposition de matériel pour le mois d’octobre 2025, pour un montant de 1 700 euros TTC, une facture d’une salle à Aix-en-Provence pour un montant de 270 euros au titre de ce même mois et un projet de situation comptable intermédiaire, ne permettent pas d’établir pas la réalité des charges habituelles dont la société fait état, s’agissant notamment du coût salarial et du montant des loyers versés, de même que les modalités de remboursement des dettes contractées pour les besoins de l’exploitation. A ce titre, les tableaux d’amortissement du véhicule de tourisme et du véhicule deux roues ne mentionnent pas l’identité du débiteur de ces crédits, et les échéanciers d’assurance des véhicules établis au nom de la société portent sur un montant total mensuel limité à 220 euros. Enfin, le risque de cessation définitive d’activité du fait de cette « période critique » et du risque de perte de confiance de la clientèle compte tenu du caractère ultra-concurrentiel du secteur n’est illustré par aucun élément au dossier.
Il résulte de ce qui précède que la société Permis à tout point n’établit pas que les effets de l’acte litigieux sont de nature à porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Dès lors, ils ne constituent pas des circonstances caractérisant une situation d’urgence telle qu’elle justifie, sans attendre le jugement au fond de la requête tendant à l’annulation de cette mesure, la suspension de l’exécution de la décision de suspension de l’agrément du 29 septembre 2025. Ainsi et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, les conclusions de la requérante tendant à la suspension de l’exécution de celle-ci doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par la société Permis à tout point sur ce fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Permis à tout point est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiées Permis à tout point et au préfet des Bouches-des-Rhône.
Fait à Marseille, le 31 octobre 2025.
La juge des référés,
Signé
E. Felmy
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,