Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 17 février et 17 mars 2026 à 12h26, la société MARSEILLE LABRO, la société Ametis PACA et la société Ametis, représentées par Me Jean-Luc Maillot, demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner à la commune de Marseille la suspension de l’exécution de la décision de caducité du permis de construire n° PC 013055 18 00037 P0 qui lui aurait été notifié en août 2025, du courriel du 9 octobre 2025 faisant état de cette péremption, du courriel de la commune de Marseille du 9 octobre 2025 faisant état de la péremption du permis de construire n° PC 013055 18 00037 P0 ainsi que du certificat de caducité du 9 janvier 2026 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre les entiers dépens à la charge de la commune de Marseille.
Elles soutiennent que :
En ce qui concerne la recevabilité :
- elle justifie que la requête n’est pas tardive ;
- elle justifie d’un intérêt pour agir en ce que le permis de construire initial a été transféré à la société MARSEILLE LABRO ;
- le certificat du 9 janvier 2026 constitue ainsi, à son égard, une décision administrative individuelle défavorable lui faisant grief ;
- un recours en annulation a été introduit concomitamment au référé-suspension.
En ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
- la condition d’urgence est présumée aux termes de l’article L.600-3 du code de l’urbanisme, en ce que, la décision de caducité du permis de construire litigieux doit être assimilé dans ses effets à un refus en empêchant la poursuite de la réalisation du projet en cause ;
- cette condition est également remplie dès lors que la caducité emporte des conséquences graves dans sa situation, étant entendu que les travaux ont déjà débutés ;
- l’urgence est établie en raison de l’intérêt public du projet (construction de logements sociaux, crèche…), des engagements contractuels existant (contrat d’exécution du permis, contrat de réservation) et les préjudices économiques (travaux déjà engagés) résultant de la caducité ;
- la caducité rend impossible la poursuite des travaux et par conséquent, l’objet sociale de la société MARSEILLE LABRO.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- les décisions ont été prises par des auteurs incompétents ;
- la décision du 9 janvier 2026 est insuffisamment motivées, les autres décisions sont dépourvues de toute motivation au sens de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- les décision ont été prises à défaut de procédure contradictoire préalable au sens de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- la décision du 9 janvier 2026 est entachée d’une erreur de droit en méconnaissance l’article R. 424-17 combiné, l’article R. 424-19 du code de l’urbanisme ;
- les décisions sont entachées d’une erreur de fait et d’appréciation sur l’inexistence d’un commencement de travaux en méconnaissance de l’article R. 424-17 du code de l’urbanisme ;
- les décisions sont entachées d’une erreur de fait sur l’absence d’interruption des travaux sur plus d’une année portant méconnaissance de l’article R. 424-17 du code justice administrative ;
- les décisions sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation quant à la consistance des travaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2026, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision qui aurait été prise en août 2025 et celle contenue dans le courriel du 9 octobre 2025 sont irrecevables ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun doute sérieux n’existe quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 février 2026, n°2602725 par laquelle la société MARSEILLE LABRO et autres demande l’annulation de la décision qui aurait été notifiée en août 2025, pour avoir été évoquée lors de la visite de l’agent municipal de Marseille du 30 septembre 2025, du courriel de la Commune de Marseille du 9 octobre 2025 et de la décision de caducité du permis de construire PC 013055 18 00037 P0 en date du 9 janvier 2026.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique du 20 février 2026, tenue en présence de M. Benmoussa, greffier d’audience, ont été entendus :
- le rapport de M. Pecchioli, juge des référés ;
- les observations de Me Monpesinos-Brisset, représentant les sociétés requérantes, qui conclut au maintien de ses conclusions aux fins de suspension des décisions d’août 2025, du 9 octobre 2025 et du 9 janvier 2026.
- les observations de la commune de Marseille, qui conclut à l’irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions d’août 2025 et du 9 octobre 2025, soulignant qu’il n’existe pas de décision prise en août 2025 et que le courriel du 9 octobre 2025 adressée à la société Ametis est purement informatif. Elle ajoute qu’aucune demande de prorogation dudit permis n’a été sollicitée. Pour le reste, elle conclut au rejet de la requête quant aux conclusions portant annulation du certificat de caducité du 9 janvier 2026.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une note en délibéré, présentée par les sociétés requérantes a été enregistrée le 18 mars 2026.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS AMETIS PACA s’est vu délivrer, le 24 août 2018, un permis de construire pour la réalisation de la construction de deux bâtiments à usage de logements et d’une crèche située 58-70 boulevard Jean Labro à Marseille (13016). Ce permis de construire a ensuite fait l’objet de plusieurs décisions portant modifications dont la dernière en date a été délivrée le 16 mai 2024. Par ailleurs, le 2 juillet 2024, le permis de construire a été transféré à la société MARSEILLE LABRO. La commune de Marseille souligne qu’aucune demande de prorogation n’ayant été déposée, le permis de construire délivré est devenu caduque par le seul écoulement du temps. Contestant cette position, les sociétés requérantes demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision qui aurait été prise par le maire de la commune de Marseille en août 2025, de celle qui serait contenue dans le courriel du 9 octobre 2025 et enfin de celle du 9 janvier 2026 dénommée certificat de caducité.
Sur l’irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision qui aurait été prise en août 2025 et celle contenue dans le courriel du 9 octobre 2025 :
2. Il ressort des pièces du dossier, que les propos d’un agent municipal rapporté par les sociétés requérantes ne sauraient à eux seuls attester de l’existence d’une décision constatant la caducité du permis qui aurait été prise août 2025, alors même qu’au demeurant la commune de Marseille affirme lors de l’audience qu’aucune décision n’a été prise et a fortiori notifiée en août 2025. Par suite les conclusions des sociétés requérantes tendant à la suspension de l’exécution d’une décision inexistante doivent être rejetées comme étant irrecevables. Par ailleurs le courriel du 9 octobre 2025 adressé seulement à la société Ametis, qui explique qu’en l’état des informations dont la commune dispose, le permis délivré en 2018 est périmé, ne fait pas grief. Il s’ensuit que les conclusions de la société requérante tendant à sa suspension de ce courriel sont irrecevables.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». L'article L. 522-3 du même code dispose que : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ». L'article R. 522-1 dudit code prévoit que : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ». Il résulte de ces dispositions que le prononcé d’une ordonnance de suspension de l’exécution d’une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l’existence d’une situation d’urgence et d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
En ce qui concerne l’urgence :
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre ; qu’il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci, sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment des différents procès-verbaux d’entreprise et de commissaire de justice, que la société MARSEILLE LABRO qui a commencé les travaux, établit avoir engagé, à ce jour, des dépenses à hauteur de 216 000 euros dont 84 438,89 euros sont justifiés par des certificats de paiement ou de facturation. Il ressort également du permis de construire, un intérêt public caractérisé notamment par la construction de logement notamment sociaux et d’une crèche. Enfin, la société MARSEILLE LABRO justifie de différents engagements contractuels. En raison de la décision en litige, la société a été contrainte d’interrompre des travaux en cours dont la prestation est issue du contrat d’engagement avec la société MARION TP dont le coût est estimé à hauteur de 493 952,40 euros, lequel vise au terrassement et à la dépollution du site. Un avenant de contrat de réservation a été également conclu avec les sociétés AMETIS PACA et UNICIL afin de réserver l’acquisition des logements en état futur d’achèvement faisant l’objet du permis de construire du 24 août 2018. Eu égard aux éléments précités, la condition relative à l’urgence prévue au premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être considérée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
6. D’une part, aux termes du premier alinéa de l’article R.424-17 du code de l’urbanisme : « Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. / Les dispositions du présent article sont applicables à la décision de non-opposition à une déclaration préalable lorsque cette déclaration porte sur une opération comportant des travaux. ». La péremption instituée par ces dispositions est acquise par le laps du temps qu’elles prévoient lorsque les travaux autorisés n’ont pas été entrepris ou ont été interrompus, sans que soit nécessaire l’intervention d’une décision de l’autorité qui a délivré. Aux termes de l’article R. 424-19 du même code : « En cas de recours devant la juridiction administrative contre le permis ou contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable ou de recours devant la juridiction civile en application de l'article L. 480-13, le délai de validité prévu à l'article R. 424-17 est suspendu jusqu'au prononcé d'une décision juridictionnelle irrévocable. ».
7. D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / (…) / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / (…) ». Aux termes de l’article L. 121-1 du même code : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ».
8. Aucun des moyens soulevés par les sociétés requérantes, tels qu’ils ont été visés et analysés, n’est de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée portant constat de caducité du permis de construire n° PC 013055 18 00037 prise le 9 janvier 2026. Il y a dès lors lieu de rejeter les conclusions des sociétés requérantes tendant à la suspension de l’exécution de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée ; il peut, même d’office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n'y a pas lieu à cette condamnation » ;
10. Ces dispositions font obstacle aux conclusions des sociétés requérantes dirigées contre la commune de Marseille, qui n’est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante.
Sur les dépens :
11. La présente instance n’a généré aucun dépens, de sorte que les conclusions présentées par les sociétés requérantes au titre des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société MARSEILLE LABRO, de la société Ametis PACA et de la société Ametis est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société MARSEILLE LABRO, à la société Ametis PACA, à la société Ametis et à la commune de Marseille.
Fait à Marseille, le 19 mars 2026.
Le juge des référés,
signé
M. Pecchioli
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,