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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2603694

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2603694

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2603694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAIDANI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé-suspension, a suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet du renouvellement du certificat de résidence d'un ressortissant algérien. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie et qu'un doute sérieux existait quant à la légalité de la décision, notamment au regard des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. La décision a été rendue sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2026, M. B... A..., représenté par Me Saidani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa demande et de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors que son attestation de prolongation d’instruction est expirée, ce qui l’empêche de circuler librement, de poursuivre son activité professionnelle et le prive de ressources permettant de payer ses charges et de subvenir aux besoins de sa famille ;
- en ce qui concerne le doute sérieux, le préfet a méconnu les articles 7 et 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui prévoient un renouvellement de plein droit du certificat de résidence de dix ans et l’obtention d’un titre en qualité de parent d’enfants français et conjoint de ressortissante française ;
- le préfet a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas présenté de mémoire en défense.



Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2601592 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision en litige.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.



Le président du tribunal a désigné M. Platillero, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 25 mars 2026 tenue en présence de Mme Plisson, greffière d’audience, M. Platillero a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Saidani, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens qui sont développés et demande l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n’était ni présent ni représenté.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

2. M. A..., ressortissant algérien, était titulaire d’un certificat de résidence algérien valable du 30 octobre 2014 au 29 octobre 2024. Après avoir déposé une demande de renouvellement de ce titre le 26 septembre 2024, il a été mis en possession d’attestations de prolongation d’instruction valables en dernier lieu jusqu’au 18 février 2026. M. A... demande la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence, née à l’issue du délai de quatre mois.

3. D’une part, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement d’un titre de séjour. Ainsi qu’il a été dit, M. A... conteste la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour et le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n’a pas présenté de mémoire en défense et n’était ni présent ni représenté à l’audience, ne fait valoir aucune circonstance particulière justifiant de renverser la présomption d’urgence. La condition d’urgence est ainsi remplie.

4. D’autre part, aux termes de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées (…) ».

5. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les stipulations de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en rejetant la demande de renouvellement du certificat de résidence de M. A..., alors qu’il n’est pas contesté que son dossier de demande était complet et que l’intéressé remplit les conditions pour se voir accorder le renouvellement de son certificat de résidence algérien de dix ans, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède que l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence présentée par M. A... doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

7. La présente décision implique qu’il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. A... dans un délai qu’il y a lieu de fixer à un mois à compter de sa notification.

Sur les frais d’instance :

8. D’une part, aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ». Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

9. D’autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Saidani, avocat de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 000 euros à Me Saidani au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :

Article 1er : M. A... est admis à l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de renouvellement de certificat de résidence présentée par M. A... est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la situation de M. A... dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de M. A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Saidani renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera une somme de 1 000 euros à Me Saidani, avocat de M. A..., en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Hariz Saidani et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.


Fait à Marseille, le 31 mars 2026.


Le juge des référés,


Signé



F. Platillero

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.

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