vendredi 7 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2002478 |
| Type | Décision |
| Recours | Interprétation |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
E une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 décembre 2020 et 1er février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté E Me Saumon, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Bayeux et son assureur, la société hospitalière des assurances mutuelles (SHAM), à lui verser la somme de 19 713,03 euros en réparation de ses débours liés à la prise en charge médicale de M. D, avec intérêts au taux légal à compter du 21 octobre 2020 et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bayeux et de la SHAM une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner le centre hospitalier de Bayeux et la SHAM aux dépens.
Il soutient que :
- il est fondé à présenter un recours subrogatoire sur le fondement de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique ;
- le CH de Bayeux a commis une faute de retard de diagnostic et a tardé à transférer M. D ; cette faute est constitutive d'une perte de chance de 50 % de se soustraire à l'aggravation de l'état de santé du patient, sans laquelle le taux de déficit fonctionnel permanent imputable à l'infection nosocomiale n'aurait pas atteint le taux de 26 %, seuil déclenchant l'intervention de la solidarité nationale ;
- il est fondé à solliciter le remboursement de la somme de 1a somme de 19 713,03 euros versée à ce titre aux ayants-droit correspondant aux sommes de 14 095,63 euros de perte de gains professionnel et d'incidence professionnelle, de 796,95 euros de déficit fonctionnel temporaire, de 1 650 euros de souffrances endurées, de 1 605,51 euros de déficit fonctionnel permanent, de 123,64 euros de préjudice esthétique permanent, de 176,62 euros de préjudice d'agrément, de 564,68 euros de préjudice sexuel et de 700 euros de frais de conseil.
E un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2021, le centre hospitalier de Bayeux et la SHAM, représentés E Me Labrusse, concluent à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente de la décision du tribunal judiciaire de Caen et, à titre subsidiaire, de rejeter la requête.
Ils soutiennent que :
- la requête est irrecevable à défaut de liaison du contentieux ;
- il doit être sursis à statuer dans l'attente de la décision du tribunal judiciaire de Caen ;
- le taux de perte de chance doit être fixée à 15 % ;
- l'infection nosocomiale découle de la première hospitalisation en clinique privée ;
- l'ONIAM n'apporte pas de précisions sur les sommes versées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Labrusse, représentant le centre hospitalier de Bayeux et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, souffrant d'artériopathie oblitérante des membres inférieurs, a subi une angioplastie iliaque primitive fémorale droite le 11 avril 2008 dans une clinique privée E le docteur A***. Le 1er juillet 2008, un pontage croisé inter fémoral a été réalisé au sein du même établissement. Compte tenu de la présence d'écoulement au niveau des cicatrices inguinales et de pics fébriles, un traitement antibiotique a été prescrit le 16 juillet 2008 E le médecin traitant du patient. Les prélèvements étaient positifs au staphylocoque sensible à la méticiline. Le 5 novembre 2008, M. D a été hospitalisé en urgence au centre hospitalier de Bayeux pour paralysie du membre inférieur droit du fait d'un hématome compressif. Il a été opéré le 7 novembre 2008 pour l'évacuation de l'hématome infecté et les suites opératoires ont été marquées E un abcès sur cicatrice. Une nouvelle intervention d'évacuation d'abcès a été réalisée le 2 janvier 2009 E le docteur B***. Un examen du 18 avril 2009 a mis en évidence la présence de séquelles neurologiques. E un avis du 5 juin 2012, la commission de conciliation et d'indemnisation, saisie E le patient, a considéré que le dommage était imputable à l'infection nosocomiale à hauteur de 30 %, à une faute du CH de Bayeux à hauteur de 15 % et à une faute du docteur A*** à hauteur de 35 %. Le patient est décédé le 9 octobre 2012. E un protocole du 9 octobre 2016, l'ONIAM a indemnisé les ayants droit de M. D à hauteur de 19 713,03 euros, compte tenu des conséquences de l'infection nosocomiale. E un deuxième protocole du 9 octobre 2016, l'ONIAM, en substitution de l'assureur défaillant du docteur A***, a versé aux ayants droit la somme de 25 734,30 euros pour la part imputable à la faute de ce dernier. E ailleurs, la caisse autonome retraite prévoyance (CARPIMKO) a sollicité, devant le juge judiciaire de Caen, la condamnation solidaire de l'ONIAM, du docteur A*** et de son assureur, du centre hospitalier de Bayeux et de son assureur, à lui verser la somme de 100 463,82 euros au titre des frais engagés pour M. D. L'ONIAM, devant le juge judiciaire, a sollicité le remboursement des sommes versées en substitution de l'assureur défaillant du docteur A*** et a sollicité l'intervention forcée du docteur B***. E la présente requête, l'ONIAM sollicite la condamnation du centre hospitalier de Bayeux et de son assureur, la société hospitalière des assurances mutuelles (SHAM), à lui verser la somme de 19 713,03 euros.
Sur la responsabilité du centre hospitalier :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'incapacité permanente supérieur à 25 % déterminé E référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués E ces infections nosocomiales () ". Aux termes de l'article L. 1142-17 du même code : " Si l'office qui a transigé avec la victime estime que la responsabilité d'un professionnel, établissement, service, organisme ou producteur de produits de santé mentionnés au premier alinéa de l'article L. 1142-14 est engagée, il dispose d'une action subrogatoire contre celui-ci. Cette action subrogatoire ne peut être exercée E l'office lorsque les dommages sont indemnisés au titre de l'article L. 1142-1-1, sauf en cas de faute établie de l'assuré à l'origine du dommage, notamment le manquement caractérisé aux obligations posées E la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales ".
3. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées au point précédent font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation E l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise E une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. E suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1 et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due E l'ONIAM étant seulement réduite du montant de l'indemnité mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue
4. Les principes énoncés au point précédent sont également applicables lorsque le dommage corporel, correspondant à un taux d'incapacité permanente supérieur à 25 % et consécutif à une infection nosocomiale, entre dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique.
5. En l'espèce, M. D a constaté, quelques jours après son retour à domicile consécutif à l'intervention du 2 juillet 2008 dans une clinique privée, des écoulements au niveau de la cicatrice inguinale. Les prélèvements réalisés le 20 juillet 2008 ont mis en évidence un staphylocoque sensible à la méticiline. Malgré la mise en place d'une antibiothérapie, les écoulements ont persisté et, le 5 novembre 2008, une paralysie du membre inférieur droit est brutalement survenue. Cette paralysie est due à la rupture de l'artère iliaque primitive droite, laquelle est d'origine septique en rapport avec une infection du stent iliaque, dont le caractère nosocomial n'est pas contesté et résulte de l'instruction. M. D a été hospitalisé ce même jour en urgence au centre hospitalier de Bayeux. Le scanner réalisé a mis en évidence une collection abcédée rétro-péritonéale, ilio-fémorale et une urétero-hydronéphrose droite E syndrome compressif sur le bas urètre. M. D a été transféré pour une prise en charge chirurgicale de l'hématome compressif le 7 novembre 2008 dans un autre centre hospitalier. Selon l'expert, le retard de diagnostic et de prise en charge chirurgicale de M. D concernant l'évacuation de l'hématome compressif lui a fait perdre une chance de récupération neurologique.
6. L'ONIAM fait valoir que le retard de diagnostic et de prise en charge de M. D E le centre hospitalier de Bayeux à compter du 5 novembre 2008 a contribué à l'aggravation de son déficit fonctionnel permanent, lequel n'aurait pas atteint le seuil des 25 % en l'absence de cette faute, de sortes qu'aucune indemnisation ne saurait être mise à sa charge. Toutefois, il est constant que le dommage est en lien direct avec l'infection nosocomiale contractée lors de l'opération du 2 juillet 2008 réalisée dans une clinique privée. La faute du centre hospitalier de Bayeux, retenue E la CCI, a uniquement fait perdre une chance au patient d'échapper à l'aggravation des séquelles dues à cette infection nosocomiale. E suite, l'ONIAM n'est pas fondé à se prévaloir d'une faute engageant la responsabilité du centre hospitalier de Bayeux pour se dégager de son obligation d'indemnisation, au titre de la solidarité nationale, des conséquences de l'infection nosocomiale.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni de surseoir à statuer dans l'attente du jugement du juge judiciaire, que les conclusions indemnitaires présentées E l'ONIAM doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. La présente instance n'ayant pas généré de dépens, les conclusions à fin de condamnation de l'Etat aux dépens ne peuvent qu'être écartées.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Bayeux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'ONIAM demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée E l'ONIAM est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'ONIAM, au centre hospitalier de Bayeux, à la société hospitalière des assurances mutuelles, à la CPAM du Calvados, à la caisse autonome retraite prévoyance et au groupe pasteur mutualité.
Copie en sera transmise, pour information, au tribunal judiciaire de Caen.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public E mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2602087
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par M. B... d’une demande d’injonction, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, visant à contraindre le préfet du Bas-Rhin à instruire les demandes de titres de voyage pour ses filles mineures. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la mesure sollicitée ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative implicite de rejet née du silence gardé par l’administration pendant deux mois, conformément aux articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il a également jugé que la condition d’urgence n’était pas caractérisée, les circonstances invoquées par le requérant ne suffisant pas à l’établir.
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
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