vendredi 4 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201124 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL JURIS VOXA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2022 et le 2 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Brun, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le maire de la commune d'Hérouville-Saint-Clair n'a pas reconnu l'imputabilité au service d'un accident, ensemble l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le maire de la commune d'Hérouville-Saint-Clair a refusé l'imputabilité au service d'un accident ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Hérouville-Saint-Clair la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les décisions :
- sont entachées d'un vice de procédure en ce que le comité médical ne comprenait pas de rapport du médecin de prévention et les délais impartis à l'administration pour se prononcer sur l'imputabilité ;
- sont insuffisamment motivées ;
- méconnaissent l'article 21bis de la loi du 13 juillet 1983.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, la commune d'Hérouville-Saint-Clair, représentée par la SELARL Juris'Voxa, conclut à l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 18 mars 2022, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le courrier du 18 mars 2022 ne présente pas de caractère décisoire et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martinez,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Brun, représentant M. B, et de Me Cassaz, représentant la commune d'Hérouville-Saint-Clair.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, en fonction dans les services de la commune d'Hérouville-Saint-Clair depuis le 1er novembre 1998, a été titularisé en tant qu'animateur territorial le 1er avril 2005. Il occupait le poste de chargé de développement de projets " citoyenneté diversité laïcité " au sein de la direction du développement territorial. La collectivité a décidé de supprimer ce poste et d'affecter M. B sur le poste nouvellement créé de chargé des missions de chef de pôle " médiation prévention jeunesse " au sein de la direction " jeunesse et sports ". Par une déclaration du 23 juin 2021, M. B a fait état d'un accident du travail prolongé jusqu'au 1er mars 2022. Par un arrêté du 4 mars 2022 et un courrier du 18 mars 2022, le maire de la commune d'Hérouville-Saint-Clair a refusé l'imputabilité au service d'un accident. Par le présent recours, M. B demande l'annulation de ces deux actes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article () / IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. D'une part, aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 dans sa version applicable au litige : " IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. " D'autre part, aux termes de l'article 9 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dans sa version applicable au litige : " Le médecin du service de médecine préventive prévu à l'article 108-2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée compétent à l'égard du fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir s'il le demande communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 24, 33 et 37-7 ci-dessous. / L'intéressé et l'administration peuvent faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical. " Aux termes de l'article 37-6 du même décret, dans sa version applicable au litige : " La commission de réforme est consultée par l'autorité territoriale : () 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies. " Aux termes de l'article 37-7 de ce décret, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la déclaration est présentée au titre du même IV, le médecin de prévention ou du travail remet un rapport à la commission de réforme, sauf s'il constate que la maladie satisfait à l'ensemble des conditions posées au premier alinéa de ce IV. Dans ce dernier cas, il en informe l'autorité territoriale. ".
4. M. B, qui a déclaré le 23 juin 2021 un accident de service, allègue que la procédure d'imputabilité au service n'a pas été régulière. Par un courrier du 20 septembre 2021, le maire de la commune d'Hérouville-Saint-Clair a notifié à l'intéressé qu'il était convoqué devant le médecin agréé le 3 novembre 2021 et a saisi la commission de réforme le 10 novembre 2021. Il ressort du procès-verbal de la séance de la commission de réforme du 25 février 2022 que le médecin de prévention était absent. Si celui-ci a été régulièrement informé de la saisine de la commission de réforme par un courrier du 10 février 2022, il n'est pas contesté qu'il n'a pas transmis de rapport à la commission de réforme. En tout état de cause, en dehors des deux hypothèses relatives aux congés de longue maladie ou de longue durée, les dispositions précitées de l'article 9 du décret du 30 juillet 1987 prévoient que le médecin du service de médecine préventive remet obligatoirement un rapport écrit dans le seul cas prévu à l'article 37-7 du même décret, à savoir celui dans lequel la commission de réforme est consultée lorsque l'affection résulte d'une maladie professionnelle et non d'un accident de service. Par suite, le moyen tiré de ce que le médecin du service de médecine préventive n'a pas remis de rapport à la commission de réforme qui s'est réunie le 25 février 2022, saisie d'une demande d'avis sur l'imputabilité au service des arrêts et soins postérieurs à l'accident subi par M. B, est inopérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-5 du décret du 30 juillet 1987, dans sa version applicable au litige : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'autorité territoriale dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 ; / 2° En cas de maladie, de deux mois à compter de la date de réception de la déclaration prévue à l'article 37-2 et, le cas échéant, des résultats des examens complémentaires prescrits par les tableaux de maladies professionnelles. / Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine de la commission de réforme compétente. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'autorité territoriale n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée d'incapacité de travail indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 37-2 ou au dernier alinéa de l'article 37-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 37-9 ". Aux termes de l'article 37-9 du même décret, dans sa version applicable au litige : " Au terme de l'instruction, l'autorité territoriale se prononce sur l'imputabilité au service et, le cas échéant, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail. / Lorsque l'administration ne constate pas l'imputabilité au service, elle retire sa décision de placement à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service et procède aux mesures nécessaires au reversement des sommes indûment versées ".
6. Les dispositions précitées du décret du 30 juillet 1987 ont seulement pour objet de déterminer le délai dont dispose l'autorité territoriale pour instruire une demande de reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie, et d'imposer à l'administration, en cas de dépassement de ce délai, de placer l'agent en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire jusqu'au terme de l'instruction.
7. Ainsi qu'il a été exposé au point 4 du présent jugement, la déclaration d'accident est intervenue le 23 juin 2021. La seule circonstance que la décision de refus d'imputabilité de l'accident au service est intervenue le 4 mars 2022, soit plus de cinq mois après la déclaration initiale du congé, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imputabilité au service d'un accident. Le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
9. Les décisions refusant à un fonctionnaire le bénéfice des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires constituent des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elles doivent en conséquence être motivées en droit et en fait.
10. L'arrêté attaqué vise la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, le décret du 30 juillet 1987 relatif aux congés de maladie des fonctionnaires territoriaux et l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière. En outre, il se fonde notamment sur ce que la commission départementale de réforme a émis le 25 février 2022 un avis défavorable à l'imputabilité de l'accident du 23 juin 2021 au service en raison de l'absence d'élément constitutif d'un accident de service. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
11. En dernier lieu, M. B soutient que, suite à la suppression de son poste au sein de la commune d'Hérouville-Saint-Clair, son bureau a été déménagé pendant un congé, occasionnant un choc psychologique. Il ressort des pièces du dossier que le poste de M. B a évolué vers un poste reprenant les missions initiales de l'intéressé avec un changement de rattachement hiérarchique ne s'accompagnant pas de suppression de missions, de diminution de fonctions ni de changement de rémunération. A l'occasion de cette évolution, après plusieurs demandes de rendez-vous de la part du directeur du service jeunesse et sport, M. B a été informé par un courriel du 17 juin 2021 d'une prise de poste le 23 juin 2021 à l'issu de ses congés dans les locaux de sa nouvelle direction. Les différents arrêts de travail et certificats médicaux établis par son médecin généraliste, en particulier le 23 juin 2021 et le 10 mai 2022, qui font état d'un " stress professionnel avec suppression de ses outils de travail " et d'un " syndrome dépressif réactionnel à son déclassement professionnel caractérisé par la suppression de ses outils de travail ", se bornent à reprendre les déclarations de M. B. Ces certificats ne permettent pas de justifier de l'existence, dans le temps et le lieu du service, d'un choc psychologique susceptible, en raison de sa brutalité, d'être qualifié d'accident. Dans ces conditions, l'existence d'un accident de service n'est pas établie. Il en résulte que le maire de la commune d'Hérouville-Saint-Clair a pu rejeter la demande d'imputabilité au service d'un accident sans entacher la décision attaquée d'erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que l'ensemble de la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Hérouville-Saint-Clair
Délibéré après l'audience du 20 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.
Le rapporteur,
Signé
P. MARTINEZ
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
Le greffier en chef,
Signé
D. DUBOST
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
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