mardi 18 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2202193 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | LEBEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, Mme D C, représentée par Me Lebey, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 5 août 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de
50 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve de la renonciation de celle-ci au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision la concerne ainsi que son époux et leurs deux enfants mineurs ; la décision met un terme à l'hébergement prévu pour sa famille, qui se trouve dans une situation de réelle précarité ; en outre, son époux et sa fille A ont des problèmes de santé ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
• le fait de ne pas procéder à l'entretien prévu à l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entache la décision d'illégalité ; l'OFII n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité et celle de sa famille ;
• les dispositions des articles L. 551-9, L. 551-10 et D. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues dès lors qu'elle n'a jamais été informée des modalités d'ouverture et de cessation des conditions matérielles d'accueil ;
• la décision n'est pas une décision de cessation mais de refus des conditions matérielles d'accueil dès lors qu'elle n'en a jamais bénéficié ; la circonstance que sa famille ait obtenu une protection internationale en Grèce ne peut, à elle seule, suffire à caractériser une fraude permettant une cessation des conditions matérielles d'accueil ;
• elle n'a jamais eu connaissance de la décision rendue par la Grèce ni de la protection internationale accordée ; en ne précisant pas cet élément lors du dépôt de sa demande d'asile, elle n'a pas fraudé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ; la famille est en mesure de bénéficier de l'assistance de tierces structures afin de subvenir à ses besoins et ne démontre pas être dépourvue de ressources et d'assistance à cet effet ; en outre, il n'est pas ressorti de l'évaluation de la situation de la famille qu'elle présenterait une vulnérabilité particulière ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :
• la requérante a bénéficié, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique, d'un entretien par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'elle comprend, en l'occurrence le dari, durant lequel sa situation a été évaluée ; il n'en ressort pas qu'elle ait attiré l'attention de l'agent sur des éléments susceptibles de caractériser une situation de vulnérabilité et n'a pas fait état de problème de santé ; en outre, l'OFII n'a pas l'obligation de mener un nouvel entretien en cours de procédure ;
• elle a certifié avoir été informée dans une langue qu'elle comprend des modalités de refus, retrait ou cessation des conditions matérielles d'accueil lors de la signature de l'offre de prise en charge ;
• le fait pour la requérante d'avoir sciemment caché aux autorités françaises qu'elle était entrée sur le territoire en dissimulant la protection internationale qu'elle a obtenue en Grèce est constitutif d'une fraude ; en fournissant de fausses indications et en dissimulant la protection internationale obtenue, la requérante n'a pas respecté les obligations qui lui incombaient en tant que demandeur d'asile à l'égard des autorités de l'asile ;
• il ne peut pas être reproché à l'OFII de ne pas avoir tenu compte de la vulnérabilité de la requérante dès lors qu'elle ne précise pas quels seraient les éléments qu'elle aurait communiqués préalablement à la décision litigieuse et dont l'OFII n'aurait pas tenu compte.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 septembre 2022 sous le numéro 2202192 par laquelle
Mme C demande l'annulation de la décision du 5 août 2022.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique du 13 octobre 2022 à 15 heures, en présence de Mme D'Olif, greffière d'audience :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de Me Lebey, représentant Mme D C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Après avoir constaté que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Il résulte de l'instruction que Mme D C, ressortissante afghane née le 20 décembre 1980, est entrée en France le 16 juillet 2022, accompagnée de son époux et de leurs deux enfants, et qu'elle a présenté une demande d'asile le 22 juillet 2022 au guichet unique de la préfecture du Calvados et accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'OFII. Toutefois, par courrier du 22 juillet 2022, notifié le 29 juillet suivant, l'OFII l'a informée de son intention de cesser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif de la dissimulation d'une protection internationale obtenue en Grèce. Par courrier du 26 juillet 2022, Mme C a présenté ses observations. Par la décision attaquée du 5 août 2022, l'OFII a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil.
4. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme C n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 5 août 2022.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que Mme C n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 5 août 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Lebey relatives aux frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, à Me Lebey et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Caen, le 18 octobre 2022.
La juge des référés,
Signé
A. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis