LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202456

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202456

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202456
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022, Mme B D veuve A, représentée par Me Blache, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet du Calvados du 10 juin 2022 portant refus de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados, dans l'attente du jugement au fond, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'urgence est admise dans le cadre d'une demande de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision la place dans une situation de précarité ; elle n'a plus droit à l'aide personnalisée au logement depuis plus d'un an et voit sa dette pour non-paiement de son loyer à la maison de retraite s'élever à plus de 5 000 euros ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

• la commission du titre de séjour n'a pas été saisie alors qu'elle justifie de plus de dix ans de présence continue en France et a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle pour raison médicale de 2017 à 2019 ; en outre, elle répond à l'ensemble des critères énumérés par les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

• le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation et n'a pas analysé l'atteinte portée à sa vie privée et familiale ; en outre, sa demande de renouvellement de son titre de séjour pour raison médicale a été sollicité en 2019 et les avis du collège des médecins ont été donnés en 2021, ce qui est incompréhensible ;

• la décision méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle réside en France depuis plus de dix ans, est en situation régulière depuis 2012, a deux enfants majeurs en situation régulière en France et un troisième fils de nationalité française ; sa fille, également en situation régulière, est décédée de la Covid 19 au centre hospitalier universitaire de Caen ; en outre, elle a dix de ses petits-enfants en France, tous de nationalité française ; son mari est décédé en 1995 et elle vit dans une maison de retraite à Hérouville Saint Clair depuis le 11 août 2014 ; depuis plus de trois ans, il lui est délivré récépissé sur récépissé de trois mois ; de plus, en décembre 2021, elle s'est vu refuser l'embarquement pour la France alors qu'elle était retournée quelques semaines au Cameroun après le décès de sa fille afin de faire son deuil ; enfin, elle a une santé fragile et a subi une opération de la hanche droite qui nécessite une longue période de rééducation ;

• la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle n'a plus d'attaches familiales directes dans son pays d'origine ; ses attaches personnelles et familiales sont en France où elle vit depuis plus de dix ans ; elle vit dans la même maison de retraite depuis 2014 et est parfaitement intégrée en France ; enfin, elle se soigne en France depuis des années ;

• le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ; la requérante a ses enfants et petits-enfants en France qui peuvent la prendre en charge ; de plus, la décision n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire de sorte que rien ne l'oblige à être séparée de sa famille ; au surplus, elle a attendu quatre mois avant de solliciter la suspension de l'exécution de la décision ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sur la légalité de la décision :

• la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie dès lors que la requérante ne remplit pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour ;

• la requérante n'ayant pas sollicité de changement de statut, sa situation a été examinée au regard du titre de séjour demandé donc de son état de santé ; au surplus, sa situation familiale a également été examinée, la décision précisant que sa famille réside régulièrement en France et qu'elle n'a pas pour objet de la séparer de la cellule familiale ;

• elle n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

• la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la requérante est arrivée en France à l'âge de 68 ans et a vécu de nombreuses années séparée de ses proches ; elle n'établit pas le caractère indispensable de sa présence aux côtés de ses enfants et retourne régulièrement dans son pays d'origine ; en tout état de cause, la décision n'a pas pour objet de séparer la famille.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 mai 2022 sous le numéro 2201086 par laquelle

Mme D veuve A demande l'annulation de la décision rejetant implicitement sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 à 10 heures, en présence de Mme Lapersonne, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Blache, représentant Mme D veuve A, également présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D veuve A, née le 31 décembre 1943 au Cameroun, est entrée en France le 20 novembre 2011 et a obtenu, après avoir bénéficié d'autorisations provisoires de séjour, un titre de séjour pour raisons de santé régulièrement renouvelé du 6 janvier 2014 au

1er mars 2019. Mme D veuve A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le

22 octobre 2019 et, par un courrier du 2 février 2022, a saisi le préfet du Calvados d'une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet. Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal le 9 mai 2022, toujours en instance, Mme D veuve A a demandé l'annulation de la décision refusant implicitement de renouveler son titre de séjour. Par une décision du 10 juin 2022, le préfet du Calvados, au vu de l'avis médical émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 17 juin 2021, a rejeté expressément la demande de renouvellement du titre de séjour. Mme D veuve A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme D veuve A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. En l'espèce, la décision attaquée du 10 juin 2022, qui confirme la décision implicite dont Mme D veuve A a demandé l'annulation dès le 9 mai 2022, refuse le renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait la requérante. Le préfet n'invoquant, par ailleurs, pas de circonstances particulières, la condition d'urgence est remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 10 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

8. En l'espèce, la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Calvados réexamine la situation de Mme D veuve A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valable le temps de ce réexamen. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sous réserve que Me Blache, avocate de Mme D veuve A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blache de la somme de 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D veuve A est admise, provisoirement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du préfet du Calvados du 10 juin 2022 portant refus de titre de séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la situation de

Mme D veuve A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au réexamen de la situation.

Article 4 : Sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, celui-ci lui versera la somme de 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B D veuve A, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Caen, le 16 novembre 2022.

La juge des référés,

Signé

A. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Lapersonne

← Retour aux décisions