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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202458

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202458

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202458
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er novembre 2022, Mme D A, représentée par Me Wahab, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet du Calvados du 19 mai 2022 portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire et décision fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados, dans l'attente du jugement au fond, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie ; elle a entrepris les démarches en vue de déposer sa demande de titre de séjour dans les trois mois suivant son arrivée en France ; ce n'est que le 19 mai 2022, soit plus d'un an et demi après, que le préfet a pris une décision ; entretemps, elle a conclu divers contrats de travail à durée déterminée dont le dernier à effet du 25 avril 2022 au 31 mai 2022 ; son employeur comptait lui proposer un contrat à durée indéterminée ; elle se retrouve dans l'impossibilité de travailler ; compte tenu des délais anormalement long du traitement de sa demande de titre de séjour, l'exécution de la décision porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de séjour dès lors que :

• la décision méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est conjointe d'un ressortissant de l'Union européenne ; contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté attaqué, son conjoint ayant la double nationalité marocaine et espagnole, il justifie d'un droit au séjour au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en outre, pendant l'instruction de la sa demande, elle a produit son contrat de travail à durée déterminée à temps partiel et a donc justifié que son foyer dispose de ressources suffisantes ;

• la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; son époux et leurs deux enfants vivent en France ; son époux exerce une activité professionnelle stable et leurs deux enfants sont scolarisés en France depuis trois années ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ; la décision d'éloignement aura des conséquences manifestement disproportionnées au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ; la décision porte sur une première demande de titre de séjour ; or, la requérante ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité de suspendre l'exécution de la décision ; en outre, elle a attendu cinq mois avant de saisir le tribunal et ne travaille plus depuis fin avril 2022 ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sur la légalité de l'arrêté :

• l'époux de la requérante ne remplit pas la condition d'activité professionnelle prévue à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son activité revêtant un caractère marginal et accessoire ; dès lors, Mme A ne rentre pas dans les prévisions du 4° de ce même article ;

• la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la requérante n'allègue pas que ses enfants ne pourraient poursuivre une scolarité en Espagne où elle dispose d'un droit au séjour et où ses enfants ont été auparavant scolarisés ; en outre, la décision de refus de titre de séjour n'a pas pour effet de séparer la famille, l'époux de la requérante ne disposant pas d'un droit au séjour.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 31 octobre 2022 sous le numéro 2202457 par laquelle

Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 15 novembre 2022 à 10 heures, en présence de Mme Lapersonne, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Wahab, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant qu'elle vient de produire un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein et qu'il y a donc urgence puisqu'elle continue de travailler sans avoir de titre de séjour en cours de validité.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, en raison du caractère suspensif attaché au recours tendant à l'annulation de ces décisions.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante marocaine née le 19 mai 1978 qui déclare être entrée en France le 1er octobre 2019 accompagnée de son époux, ressortissant espagnol, ainsi que de leurs deux enfants, a déposé, le 31 décembre 2020, une demande de carte de séjour en qualité de conjointe d'un citoyen européen. Elle s'est vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour, renouvelé le 9 décembre 2021, et, par l'arrêté attaqué du 19 mai 2022, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer la carte de séjour sollicitée et l'a obligée de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

2. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions des articles L. 614-4 et L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures de référé régies par le livre V du code de justice administrative. Ces procédures particulières sont exclusives de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement soit de l'article

L. 614-4, soit de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit successivement des deux, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

3. Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022 sous le n° 2202457 au greffe du tribunal, Mme A a demandé l'annulation de l'arrêté en litige du 19 mai 2022 rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Eu égard au caractère suspensif de ce recours prévu par les articles L. 722-7 et L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet la requérante n'est pas susceptible de recevoir exécution avant que le tribunal administratif n'ait statué au fond. Dès lors, les conclusions de Mme A relatives à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destinations sont, ainsi qu'en ont été informées les parties, irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision portant refus de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par Mme A n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que Mme B n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 19 mai 2022 portant refus de séjour.

Sur les autres conclusions :

7. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de suspension, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Wahab relatives au frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à Me Wahab et au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 16 novembre 2022.

La juge des référés,

Signé

A. CLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Lapersonne

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