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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300399

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300399

mercredi 26 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300399
TypeDécision
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 février 2023, le 10 juillet 2023 et le 24 août 2023, Mme A... B... demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021.

Elle soutient que :

- elle remplit les conditions permettant la prise en compte de l’intégralité de ses frais professionnels au titre des frais réels déductibles, dès lors que :
- elle rencontre des difficultés à trouver un emploi à temps plein d’infirmière anesthésiste à proximité de son domicile ;
- sa demande s’inscrit dans le contexte particulier de la pandémie de covid-19, au cours de laquelle elle a exercé ses fonctions dans des conditions particulièrement difficiles ;
- elle justifie d’une contrainte familiale, en raison de la scolarisation de son fils dans un collège à Caen ;
- l’administration fiscale avait accepté, au titre de l’année 2019, de prendre en compte les frais réels de transport et de péage exposés pour les trajets entre son domicile et ses différents lieux de travail.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juin 2023, le 20 juillet 2023 et le 6 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 mars 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à la réduction des cotisations primitives d’impôt sur le revenu établies au titre de l’année 2021, dès lors que selon les dispositions de l’article R. 200-2 du livre des procédures fiscales, le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu’il a visées dans sa réclamation à l’administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Mme A... B..., qui exerce la profession d’infirmière, a bénéficié, au titre de l’année 2020, de la déduction forfaitaire de ses frais professionnels prévue au 3° de l’article 83 du code général des impôts. Elle a formé, le 8 septembre 2022, une réclamation préalable en vue de bénéficier du régime des frais réels et d’obtenir la réduction correspondante des cotisations primitives d’impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l’année 2020, à concurrence de la déduction de ses revenus imposables d’une somme de 30 114 euros. Sa réclamation préalable a été rejetée le 6 décembre 2022. Mme B... demande, par la présente requête, la réduction des cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021.

Sur l’imposition établie au titre de l’année 2021 :
Aux termes du deuxième alinéa de l’article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : « Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu’il a visées dans sa réclamation à l’administration ».

Si Mme B... demande que l’administration fiscale tienne compte « de tous les frais réels engendrés en 2020 et 2021 », les conclusions à fin de réduction qu’elle présente ne sont recevables qu’en tant qu’elles portent sur les cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2020, l’intéressée n’ayant pas formé de réclamation auprès de l’administration pour contester les cotisations primitives d’impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l’année 2021. Par suite, les conclusions tendant à ce qu’elle bénéficie du régime des frais réels et obtienne la réduction correspondante des cotisations primitives d’impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l’année 2021 ne peuvent qu’être rejetées comme irrecevables.



Sur l’imposition établie au titre de l’année 2020 :
Aux termes de l’article 83 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l’année d’imposition en litige : « Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : / (…) 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l’emploi lorsqu’ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. / La déduction à effectuer du chef des frais professionnels est calculée forfaitairement en fonction du revenu brut, après défalcation des cotisations, contributions et intérêts mentionnés aux 1° à 2° ter ; elle est fixée à 10 % du montant de ce revenu. (…) / Les bénéficiaires de traitements et salaires sont également admis à justifier du montant de leurs frais réels, soit dans la déclaration visée à l’article 170, soit sous forme de réclamation adressée au service des impôts dans le délai prévu aux articles R* 196-1 et R* 196-3 du livre des procédures fiscales. (…) / Les frais de déplacement de moins de quarante kilomètres entre le domicile et le lieu de travail sont admis, sur justificatifs, au titre des frais professionnels réels. Lorsque la distance est supérieure, la déduction admise porte sur les quarante premiers kilomètres, sauf circonstances particulières notamment liées à l’emploi justifiant une prise en compte complète (…) ». Revêtent, notamment, le caractère de frais professionnels, déductibles en vertu de ces dispositions, les dépenses qu’un contribuable occupant un emploi salarié dans une localité éloignée de celle où la résidence de son foyer est établie doit exposer, tant pour se loger à proximité du lieu de son travail que pour effectuer périodiquement les trajets entre l’une et l’autre localités, dès lors que la double résidence ne résulte pas d’un choix de simple convenance personnelle, mais est justifiée par une circonstance particulière.

Il résulte de l’instruction que Mme B..., qui réside à Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, dans le Calvados, a exercé en 2020 ses fonctions pendant 28 jours à Mantes-la-Jolie, 135 jours à Meulan, 10 jours à Poissy et 1 jour à Lisieux. Si l’intéressée rappelle que son fils, qu’elle élève seule, est scolarisé dans un collège à Caen et qu’elle bénéficie d’un soutien apporté par ses frères et sœurs résidant à Caen, ces seuls éléments ne suffisent pas à caractériser l’existence de contraintes familiales justifiant une prise en compte complète de ses frais de déplacement. Toutefois, Mme B... se prévaut également de la situation de son emploi. Elle soutient à cet égard qu’elle n’est pas parvenue à être recrutée sur un poste d’infirmière anesthésiste à temps plein dans un établissement et que la pandémie de covid-19 l’a conduite à continuer d’exercer ses fonctions dans des établissements hospitaliers dans lesquels elle avait été précédemment embauchée. Si l’administration fiscale fait valoir que Mme B... était déjà intérimaire en 2019, année au cours de laquelle elle a notamment exercé des fonctions dans l’Eure, l’Ille-et-Vilaine, la Manche, la Somme et les Yvelines, et que cette organisation de travail itinérante est donc antérieure à la crise sanitaire survenue en 2020, ces considérations ne permettent pas de remettre en cause le caractère précaire de la situation professionnelle de Mme B..., caractérisée par la conclusion successive de contrats de mission d’intérim auprès d’établissements hospitaliers situés dans des territoires différents, empêchant par là-même de fixer le lieu de résidence à proximité du lieu de travail. Dans ces conditions, les frais de déplacement exposés par Mme B... en 2020 au-delà de la limite de quarante kilomètres mentionnée au 3° de l’article 83 du code général des impôts ont le caractère de frais réels déductibles. Par suite, l’intéressée était en droit de déduire, pour le calcul de son revenu imposable au titre de l’année 2020, le montant des frais de déplacement engagés pour 174 jours travaillés au cours de cette même année.

Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... est seulement fondée à obtenir la réduction des cotisations primitives d’impôt sur le revenu auxquelles elle a été assujettie au titre de l’année 2020, à concurrence de la prise en compte de ses frais de déplacement, d’un montant total de 30 114 euros.



D E C I D E :


Article 1er : Les bases imposables à l’impôt sur le revenu assignées à Mme B... au titre de l’année 2020 sont réduites des sommes correspondant aux frais de déplacement, d’un montant total de 30 114 euros.

Article 2 : Mme B... est déchargée des cotisations primitives d’impôt sur le revenu correspondant aux réductions des bases imposables définies à l’article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.

Délibéré après l’audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2025.


Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT
Le président,
Signé
A. MARCHAND


La greffière,

Signé

A. D’OLIF

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.






Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,



D. Dubost


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