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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300832

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300832

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300832
TypeOrdonnance
Avocat requérantPENEAU & DOUARD AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2023, M. B A, représenté par Me Douard, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 22 février 2023 par laquelle sa demande de détachement dans le service de la police municipale de Rennes a été rejetée ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais liés au litige.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le détachement doit intervenir sous peu, qu'il se trouve actuellement en arrêt maladie et que ses conditions de travail et de vie familiale se dégradent ; pour sa part, l'administration ne justifie pas d'un besoin du service ;

- des moyens sont de nature à créer un doute sérieux : il appartient à l'administration d'établir la compétence de l'auteur de l'acte contesté ; la motivation de celui-ci est stéréotypée ; au fond, aucune nécessité de service ne justifie le refus de détachement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête au fond n° 2300831 enregistrée le 28 mars 2023.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, surveillant au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe (Orne), a demandé le 27 janvier 2023 à bénéficier d'un détachement auprès de la mairie de Rennes (Ille-et-Vilaine), dans le service de la police municipale, à compter du 1er mai 2023. Par une décision du 22 février 2023, le sous-directeur des ressources humaines et relations sociales de la direction des services pénitentiaires du ministère de la justice a pris une décision portant refus de détachement, motivée par les nécessités du service et l'état de sous-effectif en personnel de surveillance du centre pénitentiaire. M. A a formé une requête n° 2300831 tendant à l'annulation de cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, il saisit le juge des référés d'une demande de suspension de l'exécution de la décision qu'il conteste, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

2. Le code de justice administrative dispose en son article L. 521-1 : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ". Enfin, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée en vertu de l'article L. 522-3, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque notamment la demande de suspension ne présente pas un caractère d'urgence.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Afin de justifier d'une situation d'urgence, M. A soutient, d'une part, qu'il doit prendre son poste le 1er mai 2023 et que le refus de détachement dont il demande la suspension risque de lui faire perdre le bénéfice de son recrutement. Toutefois, le requérant n'établit pas que cette décision, qui a pour effet de maintenir sa situation professionnelle actuelle, préjudicie à sa carrière de manière grave et immédiate. Les seules circonstances qu'il est en arrêt maladie à la suite de l'agression d'un détenu et qu'il bénéficierait d'une rémunération relativement meilleure dans les services de la ville de Rennes ne sont pas de nature à caractériser une situation d'urgence. Si M. A fait valoir qu'il se trouve empêché de rejoindre l'administration d'accueil, les effets du refus de détachement qui lui a été opposé pour nécessité de service ne portent aucune atteinte aux droits et prérogatives que le fonctionnaire tient de son statut.

5. M. A invoque, d'autre part, les incidences de la décision contestée sur sa vie privée et familiale. Si, de fait, la mère de son fils âgé de moins de quatre ans réside près de Rennes et si la séparation entraîne des difficultés pour celui-ci lors des transitions inhérentes à la garde alternée, justifiant un suivi psychologique depuis fin janvier 2023, les éléments produits par le requérant ne caractérisent pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale actuelle.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en l'état de l'instruction, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si les moyens énoncés sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 22 février 2023, les conclusions de M. A tendant à la suspension de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.

8. Dès lors, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie pour information sera transmise au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Fait à Caen, le 4 avril 2023.

Le juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

le greffier en chef,

D. Dubost

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