mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300857 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | URGENCE- Etrangers |
| Avocat requérant | MOKHEFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2023 et un mémoire enregistré le 7 avril 2023, M. A C, représenté par Me Mokhefi, demande au tribunal
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet de la Manche a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a refusé de lui accorder un délai de départ, lui a fait interdiction de retour en France pendant deux années et a porté signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'annuler l'arrêté portant assignation à résidence pris par le préfet de la Manche à son encontre le 29 mars 2023 ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Manche de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé de titre de séjour temporaire dans un délai deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de l'obtention de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'auteur des décisions est incompétent ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les mesures prises par l'autorité préfectorale en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 7 avril 2023 :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Mokhefi, représentant M. C ;
- et les observations de M. C.
Le préfet de la Manche n'était ni présent ni représenté.
L'instruction a été close au terme de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, de nationalité égyptienne, a déclaré être entré sur le territoire français irrégulièrement en 2014. Il a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 23 décembre 2014, à l'âge de 14 ans, et a sollicité un titre de séjour le 14 septembre 2017 sur le fondement de l'article L.313-ll-2° (ancien) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 12 janvier 2018, il a fait l'objet d'une décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le tribunal administratif de Caen a rejeté la demande d'annulation de cette décision par jugement n° 1801252 du 14 septembre 2018. Le 19 avril 2020, la préfète de l'Orne a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour de deux ans, notifiée le même jour. Le tribunal administratif de Caen a rejeté la demande d'annulation de cette décision par jugement n° 2000845 du 12 juin 2020. M. C a ensuite sollicité l'asile auprès de la préfecture du Calvados le 5 octobre 2020 sans qu'il l'ait envoyé aux services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'intéressé a fait l'objet d'une retenue pour vérification de son droit au séjour le 15 décembre 2021 par les services de police. Par arrêté du 16 décembre 2021, le préfet du Calvados a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ, lui a fait interdiction de retour en France pendant une année et a fixé le pays de destination. Par arrêté pris le même jour, le préfet du Calvados a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le tribunal administratif de Caen a rejeté la demande d'annulation de cette décision par jugement n° 2102785 du 24 décembre 2021. Par arrêté du 29 mars 2023, le préfet de la Manche a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, lui a fait interdiction de retour en France pendant deux années et a fixé le pays de destination. Par arrêté pris le même jour, le préfet de la Manche a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, l'intéressé demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 22 novembre 2021 régulièrement publié, M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de la Manche, a reçu délégation du préfet de la Manche à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions en toutes matières ressortissant au service de l'immigration. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision doit dès lors être écarté.
5. En deuxième lieu, les décisions contestées tant en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire que l'assignation à résidence comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Manche n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. La seule circonstance que M. C ait résidé en France, selon ses déclarations, depuis 2014 et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une garde à vue, ne sont pas à elles seules de nature à établir que la décision susvisée porte atteinte au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'il se prévaut d'une relation avec une ressortissante française commencée il y a dix-huit mois et de leur éventuel projet de mariage après la régularisation de sa situation, il est constant, alors même qu'ils vivraient ensemble depuis huit mois, que cette relation récente ne suffit pas à démontrer l'intensité de sa vie privée et familiale en France. Par ailleurs, l'intéressé s'est maintenu sur le territoire malgré trois mesures d'éloignement prononcées le 12 janvier 2018, le 19 avril 2020 et le 16 décembre 2021, toutes trois confirmées par jugements du présent tribunal. Enfin, il n'établit pas avoir des attaches familiales en France alors même que sa famille réside dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
8. En premier lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
9. En second lieu, pour les motifs retenus au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'aurait commise le préfet doit être écarté. Par ailleurs, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de fait et une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, il est constant que la décision contestée n'est pas fondée sur une telle menace mais sur les alinéas 4, 5 et 8 de l'article L. 612-3 du CESEDA, en ce que M. C, qui s'est soustrait à trois précédentes mesures d'éloignement, a clairement exprimé son intention de ne pas se conformer à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. L'arrêté contesté assigne à M. C de résider sur la commune de Cherbourg-en-Cotentin pour une durée de quarante-cinq jours et lui impose de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10h00 au service de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Cherbourg-en-Cotentin, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé réside à Caen avec sa compagne, soit à une distance de 122 km de son lieu d'assignation à résidence.
12. M. C ne se voit ainsi pas utilement contesté lorsqu'il fait valoir qu'il réside chez sa compagne sur la commune de Caen, qu'il est sans moyen pour résider à Cherbourg-en -Cotentin et que, de ce fait, la préfecture de la Manche a fait la demande à la préfecture du Calvados afin qu'il soit assigné à résidence dans le Calvados, mais que celle-ci a refusé.
13. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence, en tant qu'il lui impose de résider à Cherbourg-en-Cotentin et de se se présenter dans les locaux de la direction de la police aux frontières de cette commune trois fois par semaine, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
14. Il résulte de ce qui précède, que la décision par laquelle le préfet de la Manche l'a assigné à résidence doit être annulée.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mokhefi, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 750 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 29 mars 2023 par laquelle le préfet de la Manche a assigné à résidence M. C est annulée.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Mokhefi la somme de 750 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Mokhefi et au préfet de la Manche.
Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le magistrat désigné,
signé
M. B La greffière,
signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Bella
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601104
Le Tribunal Administratif de Caen, statuant en urgence, rejette la requête d'un demandeur d'asile contestant son refus d'entrée sur le territoire. Le juge estime que la demande d'asile était manifestement infondée et que la procédure, notamment la délégation de signature et l'audition par visioconférence, était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 352-1 et L. 352-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2600400
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en urgence, annule l'arrêté du 2 février 2026 par lequel le préfet de l'Orne avait obligé M. B..., ressortissant russe, à quitter le territoire français sans délai. La solution retenue se fonde sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 28 janvier 2026, qui avait déjà annulé un arrêté similaire pour atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). Le tribunal considère que la nouvelle décision, identique dans son fondement et ses motifs, méconnaît cette autorité, malgré une modification de la durée de l'interdiction de retour.
09/02/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2402991
18/11/2024
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2402979
13/11/2024