vendredi 28 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301792 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BLUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 26 juillet 2023, M. D A, représenté par la SCP Adjudicia, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la délibération du 16 mai 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Quettreville-sur-Sienne a décidé d'accepter l'offre de Mme C à 151 500 euros, a mis les frais de géomètre à la charge de la commune et a accepté de signer tous les documents relatifs à cette vente ;
2°) d'enjoindre au maire de Quettreville-sur-Sienne de ne pas signer d'acte relatif à cette vente ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Quettreville-sur-Sienne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a déposé une requête en annulation ;
Sur l'urgence :
- la vente envisagée porte sur un bâtiment qui abritait l'ancienne école communale ;
- la condition d'urgence est remplie lorsqu'il s'agit d'une délibération du conseil municipal relative à la vente d'un bien immobilier appartenant à la commune ;
- la vente sera prochainement conclue ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la délibération attaqué :
- le maire devra démontrer qu'il a convoqué son conseil municipal, pour la séance litigieuse du 16 mai 2023, dans un délai minimal de trois jours francs ;
- il n'est pas démontré que les trois conseillers municipaux absents avaient effectivement donné un pouvoir ;
- il n'est pas démontré que les conseillers municipaux auraient bénéficié d'une information suffisante sur les caractéristiques du bien mis en vente, sur les conditions de la vente et sur la valeur réelle du terrain ; l'absence de bornage ne permettait pas une délimitation précise de la parcelle ; il n'est pas précisé si la commune devra supporter la charge des frais d'agence immobilière et de notaire ; aucune information n'a été donnée sur les conditions d'intervention du mandataire ;
- la vente d'un bien appartenant au domaine public, sans déclassement préalable, est entachée de nullité ; un immeuble occupé par une école communale fait toujours partie intégrante du domaine public de la commune, en l'absence d'un acte formel de déclassement ; la délibération du 4 décembre 2017 produite dans le cadre d'une précédente instance, qui n'était pas signée par le maire, n'a pas pu procéder à ce déclassement ; dès lors, il est fondé à soulever l'exception d'illégalité de la délibération du 4 décembre 2017 à l'appui de son recours contre la délibération en litige ;
- les mentions imprécises de la délibération attaquée ne permettent pas de s'assurer que la vente interviendra à un prix conforme à la valeur réelle du bien ; l'avis des domaines produit dans la précédente instance de référé ne permet pas, à lui seul, de justifier de la valeur réelle du bien ; la vente imminente du bien révèle en réalité l'octroi au futur acquéreur d'une libéralité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, la commune de Quettreville-sur-Sienne, représentée par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- le requérant ne justifie pas avoir déposé une requête au fond ;
- en exécution de la délibération en litige, le compromis de vente a été signé par le maire de la commune le 23 mai 2023 et l'acte de vente a été signé le 26 juillet 2023 ; ainsi, la suspension n'aurait aucun effet pratique ; la vente du bien à un prix de 151 500 euros net vendeur ne saurait porter préjudice à la commune dès lors que le service des domaines a évalué à 140 000 euros la valeur de ce bien ;
- la convocation a été envoyée plus de trois jours francs avant la séance ;
- la preuve de l'existence des pouvoirs de la part des conseillers absents est produite ;
- aucun texte n'exige la diffusion du projet de contrat en cause aux conseillers municipaux, en l'absence de demande de leur part, préalablement à la séance du conseil municipal ; le montant des frais d'agence, à savoir 8 500 euros, était expressément indiqué dans le mandat de vente qui avait fait l'objet de la délibération précédente du 21 mars 2023 ; le plan de bornage de la parcelle à vendre a été réalisé avant l'adoption de la délibération le 15 mai 2023 ; l'avis des domaines a été recueilli dès le 20 février 2023 ;
- le bien concerné avait été déclassé en 2017 et relevait toujours, à la date de la délibération, du domaine privé de la commune ; la circonstance que les deux délibérations du 4 décembre 2017 ne comportent pas la signature du maire, alors qu'elles comportent le sceau de la commune et la mention de leur transmission en préfecture, n'a pas d'incidence sur la légalité de la délibération décidant de la cession du bien ;
- compte tenu de l'évaluation du service des domaines, le prix de vente exclut une quelconque libéralité.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 juillet 2023 sous le n° 2301791 par laquelle M. D A demande l'annulation de la délibération du 16 mai 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Quettreville-sur-Sienne a décidé d'accepter l'offre de Mme C à 151 500 euros, a mis les frais de géomètre à la charge de la commune et a accepté de signer tous les documents relatifs à cette vente.
Vu le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lapersonne, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Cassaz, substituant Me Enguehard, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle précise que la commune a déclaré lors de la vente qu'il n'y avait pas d'action en justice en cours ; les estimations des agents immobiliers n'ont pas été produites ; l'évaluation du service des domaines ne prend pas en compte les caractéristiques du bien ;
- de Me Cado, représentant la commune de Quettreville-sur-Sienne, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Postérieurement à l'introduction de la requête, le maire de la commune de Quettreville-sur-Sienne, par un acte authentique signé le 26 juillet 2023, d'une part, a procédé au transfert, au profit de cette commune, de l'ancienne école située sur la parcelle cadastrée ZC n° 185 au lieudit La Galaiserie-Contrières qui appartenait à la commune de Contrières, commune dissoute, d'autre part, a cédé ce bien pour un prix de 160 000 euros à des particuliers en vue d'une réhabilitation en habitation. Ainsi, la délibération en litige a été entièrement exécutée. Les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette délibération sont, par suite, devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées par les parties au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension présentées par M. A.
Article 2 : Les demandes présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et à la commune de Quettreville-sur-Sienne.
Fait à Caen, le 28 juillet 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. B
La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. LAPERSONNE