jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2302114 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL CONCEPT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 août 2023 et 13 janvier 2025, Mme C A, représentée par Me Gerval, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à titre principal de suspendre la décision du 9 septembre 2022 par laquelle le maire de Villerville a rejeté sa demande de permission de voirie du 28 juillet 2022 et ses demandes d'interdiction de stationner des 8 et 28 juillet 2022 ; à titre subsidiaire, de suspendre cette décision en ce qu'elle a rejeté ses demandes d'arrêté d'interdiction de stationner devant le garage et le portail de la cour de sa maison, de suspendre cette décision en ce qu'elle a rejeté sa demande d'arrêté d'interdiction de stationner devant le garage de sa maison, de suspendre cette décision en ce qu'elle a rejeté sa demande d'arrêté d'interdiction de stationner devant le portail de la cour de sa maison, et de suspendre cette décision en ce qu'elle a rejeté sa demande de permission de voirie devant le portail de la cour de sa maison ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, à la commune de Villerville de prendre immédiatement un arrêté municipal d'interdiction de stationner devant le garage et le portail de la cour de cette maison, et un arrêté l'autorisant à créer la voie d'accès demandée devant le portail de la cour de sa maison ; d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la commune de Villerville de prendre immédiatement un arrêté municipal interdisant tout branchement électrique sauvage à l'égard de tous les administrés sur le territoire de la commune ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Villerville la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle a acquis pour son fils mineur un véhicule électrique qui nécessite une recharge fréquente compte tenu de sa faible autonomie ;
- en l'absence de panneau d'interdiction de stationner et eu égard au refus opposé à sa demande de permission de voirie pour une rampe d'accès automobile, son fils a été contraint de recharger son véhicule en passant le câble par-dessus le portail de la cour ;
- par un courrier du 29 juillet 2023, le maire lui a ordonné de cesser ce branchement électrique sauvage ;
- seule une recharge lente et fréquente est possible pour son véhicule électrique, qui permet à son fils mineur de se déplacer hors du village excentré de Villerville ;
- le refus qui lui a été opposé rend ce véhicule inutilisable ;
- dès lors, l'urgence est démontrée ;
- le refus de la commune du 9 septembre 2022 et le courrier du 29 juillet 2023 portent atteinte au libre accès à la voie publique, à la liberté d'aller et de venir et au principe de non-discrimination ;
- le courrier du 29 juillet 2023, qui lui interdit le yolocharging sauvage pourtant pratiqué par d'autres administrés, relève du détournement de pouvoir ;
- la présence de panneaux d'interdiction de stationner lors de l'achat de sa maison avait fait naître chez elle l'espérance légitime de pouvoir obtenir un arrêté d'interdiction de stationner en sa faveur ;
- en prenant une seule décision expresse de rejet le 9 septembre 2022 qui évoque des problématiques d'urbanisme sujettes à discussion alors qu'il s'agissait d'entériner une interdiction de stationner consolidée par l'effet du temps, la commune a commis un vice de procédure ;
- la décision du 9 septembre 2022, qui se borne à répondre à la seconde demande de Mme A sans se prononcer sur l'interdiction de stationner devant son garage, est entachée d'un défaut de motivation ;
- le refus de prendre un arrêté municipal d'interdiction de stationner méconnaît les articles L. 2212 et L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales ;
- la rue Louis Aubert est la rue la plus commode pour les touristes souhaitant garer leur véhicule afin de descendre les équipements de plage par le sentier débouchant sur le chemin des fondrières ; d'autres stationnements gênants sont intervenus en raison des travaux d'édification de toilettes publiques en face de sa maison ; dès lors, la décision du 9 septembre 2022 est entachée d'erreurs de fait ;
- elle a procédé à un changement d'usage d'une partie de sa maison, qui a été porté à la connaissance de la commune, et non à un changement de destination ; le seuil de 30 % fixé par la commune a été respecté ; dès lors, la décision du 9 septembre 2022 est entachée d'erreur de droit ;
- la commune, qui a confondu l'inclinaison d'une pente prévue à l'intérieur de sa propriété et l'inclinaison de la voie d'accès à l'extérieur, a commis une erreur manifeste d'appréciation des travaux réalisés ;
- la décision attaquée, qui est destinée à l'empêcher d'exercer son activité de céramiste, est entachée de détournement de pouvoir ;
- les accès à sa propriété font l'objet de très nombreux stationnements anarchiques qui ont perduré pendant la médiation ;
- aucune signalisation pertinente n'apparaît à l'entrée de l'impasse ; aux stationnements anarchiques se sont ajoutés d'incessants demi-tours et marches arrières que les conducteurs effectuent quand ils comprennent qu'il s'agit d'une voie sans issue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2023, la commune de Villerville, représentée par la SELARL Concept Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la requête, qui développe des moyens tenant à la fois du référé liberté et du référé suspension, est irrecevable ;
- la requérante ne démontre pas l'impossibilité d'accéder à sa cour pour recharger le véhicule ; le projet validé dans le dossier de déclaration préalable faisait apparaître un portail situé au même niveau que le trottoir alors que les photographies produites montrent une plateforme en béton ;
- il existe une borne de recharge à proximité immédiate de sa propriété ;
- la décision attaquée n'interdit pas à la requérante de recharger son véhicule mais refuse de lui octroyer une permission de voirie et d'installer des panneaux ;
- dès lors, l'urgence n'est pas établie ;
- la requérante bénéficie déjà d'un accès à la voie publique et sa demande d'autorisation en vue d'un second accès a été acceptée par la commune ;
- une autre personne procédant au branchement électrique sauvage sur la commune a également été avertie du caractère irrégulier de ce type de branchement ; les photographies produites ne permettent pas d'établir que d'autres habitants de la commune utiliseraient ce procédé ;
- la requérante n'identifie aucune procédure à laquelle la décision attaquée aurait manqué ; elle avait d'ailleurs elle-même lié ses deux demandes dans son courrier du 28 juillet 2022 ;
- il lui appartenait, en cas de désaccord avec les précédentes ordonnances de tri du tribunal, de déposer un recours devant le Conseil d'Etat ;
- la décision attaquée, qui refuse d'autoriser une occupation privative du domaine public communal et de modifier les règles relatives à la circulation publique, est motivée en droit et en fait ;
- la requérante ne démontre pas que la présence alléguée de véhicules devant l'entrée de son garage représente un danger pour la sécurité et la tranquillité publique tel que le maire aurait dû intervenir au titre de ses pouvoirs de police ;
- il n'appartient pas au maire d'autoriser la requérante à apposer un panneau sur les murs de sa propriété ;
- il n'est pas démontré que l'accès à son garage serait rendu plus difficile par la présence de véhicules stationnés devant le garage ;
- l'autorité chargée de la gestion du domaine public est fondée à refuser de délivrer un titre à l'occupant d'un trottoir qui mettrait en danger les piétons ;
- la décision du 23 août 2021 portant opposition à déclaration préalable n'a pas été contestée en temps utile ;
- la commune a octroyé à la requérante les autorisations d'urbanisme sollicitées lorsque ses demandes étaient compatibles avec les règles d'urbanisme applicables.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 novembre 2022 sous le n° 2202523 par laquelle Mme C A demande l'annulation de la décision du 9 septembre 2022 du maire de Villerville rejetant sa demande de permission de voirie du 28 juillet 2022 et ses demandes d'interdiction de stationner des 8 et 28 juillet 2022 ;
- la médiation proposée par le juge des référés lors de l'audience du 16 août 2023 et acceptée par les parties.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Vu le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Gerval, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Il précise que Mme A, qui fait des expositions itinérantes et a acquis un local commercial à Honfleur, n'a pas installé de commerce à Villerville et a renoncé à son projet d'école de céramique ; la commune n'a installé qu'une seule borne de recharge ; le garage donnant sur la rue a été transformé en atelier dans le strict respect du seuil de 30 % ; le rehaussement de la dalle est lié à une difficulté technique d'exécution des travaux ;
- de Me Poussier, représentant la commune de Villerville, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens. Elle précise que le portail surélevé par rapport au trottoir ne correspond pas à la déclaration de travaux ; la demande d'interdiction de stationnement est inutile, eu égard aux dispositions du code de la route relatives au stationnement gênant ; en réponse à une question du juge des référés, il est indiqué que des rampes amovibles pourraient éventuellement être envisagées pour accéder à la cour, sous réserve qu'elles soient retirées immédiatement après leur usage.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il lui appartient également, l'urgence s'appréciant objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, de faire apparaître dans sa décision tous les éléments qui, eu égard notamment à l'argumentation des parties, l'ont conduit à considérer que la suspension demandée revêtait un caractère d'urgence.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C A a demandé le 8 juillet 2022 au maire de Villerville de prendre un arrêté l'autorisant à afficher un panneau d'interdiction de stationner en raison de la présence de véhicules devant son garage. Elle a en outre sollicité le 28 juillet 2022 une permission de voirie pour l'aménagement de l'accès à sa maison d'habitation par un nouveau portail et a renouvelé à cette occasion sa demande de mise en place d'un panneau d'interdiction de stationner afin de pouvoir se garer sur son terrain dans le cadre de son activité de céramiste. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision de refus qui lui a été opposée, Mme A expose que seule une recharge lente est possible pour le véhicule électrique de son fils mineur, que ce véhicule permet à celui-ci de se déplacer hors du village excentré de Villerville et que la commune n'a installé qu'une seule borne de recharge. Elle produit de nombreuses photographies faisant apparaître des véhicules en stationnement irrégulier devant sa propriété. Or, il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité compétente aurait refusé de faire respecter les règles de stationnement dans la rue longeant la propriété de la requérante. Si Mme A soutient que la présence de panneaux d'interdiction de stationner lors de l'achat de sa maison avait fait naître chez elle l'espérance légitime de pouvoir obtenir un arrêté d'interdiction de stationner en sa faveur, il ressort des photographies versées au dossier que ces panneaux ne correspondaient pas à ceux installés par les communes pour réglementer le stationnement. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le projet de rénovation décrit dans le dossier de déclaration préalable, qui a fait l'objet le 12 octobre 2021 d'une décision de non-opposition, prévoyait un portail d'accès à la cour situé au même niveau que le trottoir, alors que les photographies produites montrent une plateforme en béton rehaussée par rapport au trottoir. La requérante indique que des difficultés techniques apparues lors de l'exécution des travaux expliquent cette surélévation. Toutefois, il n'est pas établi ni même allégué qu'elle en aurait fait part en temps utile à la commune ou qu'elle aurait déposé une déclaration modificative. Si Mme A fait valoir que son véhicule électrique est inutilisable en raison de l'impossibilité d'utiliser la prise située dans la cour sans recourir à un branchement sauvage de type yolocharging, il ressort du certificat d'immatriculation que ce véhicule a été immatriculé le 15 juillet 2022, soit neuf mois après la déclaration de travaux. A cet égard, l'attestation du maçon qu'elle fournit, qui mentionne une difficulté liée à la présence d'un tuyau d'alimentation en eau potable, est dépourvue de date certaine. Compte tenu de ces éléments, Mme A doit être regardée comme ayant elle-même contribué à la situation d'urgence qu'elle invoque. Dès lors, la condition d'urgence ne peut pas être considérée comme remplie. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, la requête de Mme A doit être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Villerville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A le versement à la commune de Villerville de la somme de 500 euros au titre des frais de même nature. Par ailleurs, en l'absence de dépense justifiée dans le cadre de la présente instance, les demandes de condamnation aux dépens présentées par les parties ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la commune de Villerville la somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la commune de Villerville.
Fait à Caen, le 23 janvier 2025.
Le juge des référés,
Signé
F. B
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Bénis