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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302501

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302501

mercredi 19 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302501
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande tendant à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision en litige a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, s'il a obtenu sa première autorisation de séjour le 16 février 2021, il n'a pu présenter son permis de conduire algérien définitif qu'à compter du 28 février 2022 en raison des circonstances liées à la crise sanitaire.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 28 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'OFPRA en date du 26 janvier 2021. Il a obtenu le 16 février 2021 un premier récépissé de demande de titre de séjour, valable jusqu'au 15 août 2021. M. B a sollicité le 4 février 2023 l'échange de son permis de conduire étranger auprès du Centre d'expertise ressources titres Échanges de permis de conduire étrangers (CERT EPE) de Nantes. Par une décision du 16 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 30 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs n°15 de la préfecture de la Loire-Atlantique le même jour, Mme D, directrice du CERT EPE de Nantes, a reçu délégation aux fins de signer tout arrêté ou décision individuelle relevant de la compétence du CERT. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été adoptée par une autorité incompétente manque en fait. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire ". Aux termes du II de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européenne, dans sa rédaction alors applicable : " Pour les ressortissants étrangers non-ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle du début de validité du premier titre de séjour / () Pour les personnes bénéficiant du statut de réfugié, de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, la date d'acquisition de la résidence normale est celle de la remise du récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour bénéficiaire du statut d'apatride ". () ". Enfin, aux termes du I de l'article 11 du même arrêté, le délai d'un an dans lequel un étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié peut demander l'échange de son permis de conduire " court à compter de la date de remise du récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention " reconnu réfugié " ou la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire " ou la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour bénéficiaire du statut d'apatride". ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que tant qu'un titre de séjour ne lui a pas été délivré, un étranger ne saurait être regardé comme ayant acquis une résidence normale en France au sens des dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route et, d'autre part, que, pour un réfugié, le point de départ du délai d'un an imparti pour demander l'échange d'un permis délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, ne peut courir qu'à compter de la date de délivrance du titre de séjour provisoire établi à la suite de la reconnaissance de sa qualité de réfugié ou de bénéficiaire d'une protection subsidiaire.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision des services de l'OFPRA en date du 26 janvier 2021. M. B a obtenu un récépissé de demande de carte de séjour le 16 février 2021. Il résulte des dispositions précitées que M. B disposait d'un délai d'un an à compter de cette date pour demander l'échange de son permis de conduire algérien contre un titre français, soit jusqu'au 16 février 2022. Or, M. B n'a sollicité l'échange de son permis de conduire que le 4 février 2023. La circonstance qu'il ne disposait que d'un permis de conduire algérien probatoire et non définitif, lequel ne lui a été communiqué que le 28 février 2022 par les autorités algériennes, est sans incidence quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 s'opposent à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Wahab et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

F. CLa greffière,

Signé

C. BENIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef

D. Dubost

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