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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302730

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302730

mercredi 19 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302730
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la demande de la SARL MVA agencement, représentée par la SASU JP Conseil Centre, visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt en faveur des métiers d'art pour les années 2020 et 2021. La société, qui exerce une activité d'agencement de locaux professionnels, n'a pas démontré que ses menuisiers possédaient la qualification spécifique de "menuisier en sièges", seul métier d'art reconnu dans le domaine de l'ameublement par l'arrêté du 24 décembre 2015. De plus, elle n'a pas prouvé que ses ouvrages, largement standardisés, constituaient des créations uniques ou en petite série au sens de l'article 244 quater O du code général des impôts. En conséquence, les conditions pour bénéficier du crédit d'impôt n'étant pas remplies, la requête a été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) JP Conseil Centre, agissant en qualité de mandataire de la société à responsabilité limitée (SARL) MVA agencement, demande au tribunal de prononcer la restitution du crédit d’impôt en faveur des métiers d’art dont elle estime être titulaire au titre des années 2020 et 2021, pour des montants respectifs de 13 313 euros et 13 301 euros.

Elle soutient que :

- le métier de menuisier fait partie des métiers d’art mentionnés dans l’arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art en application de l’article 20 de la loi du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l’artisanat ;
- la SARL MVA agencement conçoit et fabrique des pièces uniques, ce qui la rend éligible au bénéfice de ce crédit d’impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l’arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art, en application de l’article 20 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l’artisanat ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- et les conclusions de M. Blondel, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

La SARL MVA agencement réalise des travaux de second œuvre, notamment dans le contexte de la rénovation et de l’ameublement de locaux à usage professionnel. Elle a déposé, le 13 juin 2023, par l’intermédiaire de la SASU JP Conseil Centre, une demande de remboursement d’une créance de crédit d’impôt en faveur des métiers d’art pour un montant de 13 313 euros au titre de l’année 2020 et de 13 301 euros au titre de l’année 2021. Cette demande a été rejetée par une décision du 18 août 2023. Par sa requête, la SARL MVA agencement demande au tribunal de prononcer le remboursement des sommes correspondant au crédit d’impôt en faveur des métiers d’art auquel elle estime pouvoir prétendre au titre des années 2020 et 2021.

Aux termes, d’une part, de l’article 244 quater O du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : « I. – Les entreprises mentionnées au III et imposées d’après leur bénéfice réel (…) peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt égal à 10 % de la somme : / 1° Des salaires et charges sociales afférents aux salariés directement affectés à la création d’ouvrages réalisés en un seul exemplaire ou en petite série. La création d’ouvrages uniques, réalisés en un exemplaire ou en petite série, se définit selon deux critères cumulatifs : / a) Un ouvrage pouvant s’appuyer sur la réalisation de plans ou maquettes ou de prototypes ou de tests ou encore de mise au point manuelle particulière à l’ouvrage ; / b) Un ouvrage produit en un exemplaire ou en petite série ne figurant pas à l’identique dans les réalisations précédentes de l’entreprise ; (…) / III. – Les entreprises pouvant bénéficier du crédit d’impôt sont : (…) / 2° Les entreprises industrielles des secteurs de l’horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie, de l’orfèvrerie, de la lunetterie, des arts de la table, du jouet, de la facture instrumentale et de l’ameublement ; les nomenclatures des activités et des produits concernés sont définies par arrêté du ministre chargé de l’industrie (…) ».

Aux termes, d’autre part, de l’article 1er de l’arrêté du 24 décembre 2015 fixant la liste des métiers d’art, en application de l’article 20 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l’artisanat : « Les métiers qui figurent dans la liste annexée au présent arrêté sont dénommés “ métiers d’art ” ». Dans la liste annexée à cet arrêté, est notamment qualifié de métier d’art dans le domaine de l’ameublement et de la décoration, auquel se rattache l’activité de la société requérante, le métier de menuisier en sièges.

Il appartient au juge de l’impôt d’apprécier, au vu de l’instruction et compte tenu des différents éléments produits par les parties, si le contribuable remplit les conditions auxquelles les dispositions de l’article 244 quater O du code général des impôts subordonnent le bénéfice du crédit d’impôt qu’elles instituent.

En l’espèce, la société requérante exerce une activité d’agencement de lieux de vente et emploie des salariés exerçant le métier de menuisier, de métreur et de dessinateur. D’une part, alors qu’elle est seule en mesure de le faire, la SARL MVA agencement n’apporte aucun élément permettant de démontrer que ces menuisiers auraient la qualification de menuisier en sièges, qui est la seule qualification regardée comme un métier d’art dans le domaine de l’ameublement et de la décoration au sens de l’arrêté précité du 24 décembre 2015. D’autre part, alors que l’administration fait valoir, dans ses observations en défense notamment, que les ouvrages réalisés par cette société se composent très largement d’éléments fabriqués de manière industrielle et dont la forme, les fonctionnalités, les matériaux et les lignes sont standardisés, la société, qui est seule en mesure d’apporter des éléments probants quant aux ouvrages réalisés, ne rapporte pas la preuve que la création des ouvrages en cause excède la seule adaptation aux goûts de ses clients et aux dimensions des locaux devant les accueillir et que ces ouvrages se distingueraient ainsi, par leur originalité, des réalisations précédentes de l’entreprise. Par suite, c’est à bon droit que le service vérificateur a estimé que la SARL MVA agencement n’était pas éligible, au titre des années 2020 et 2021, au crédit d’impôt prévu par les dispositions précitées de l’article 244 quater O du code général des impôts et a refusé, pour ce motif, de procéder à la restitution de sommes au titre du crédit d’impôt en faveur des métiers d’art.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de la SARL MVA agencement est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL MVA agencement et au directeur départemental des finances publiques du Calvados.


Délibéré après l’audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Renault, présidente,
Mme Absolon, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2025.

Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT

La présidente,
Signé
Th. RENAULT


La greffière,

Signé

M. A...

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,


M. A...


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