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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302884

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302884

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302884
TypeDécision
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDAKHLI CHAOUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 novembre 2023 et le 12 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Dakhli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- c'est à tort que le préfet a estimé qu'en tant que tunisien, il ne pouvait invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il remplit toutes les conditions posées par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Remigy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 18 janvier 1999, est entré irrégulièrement en France le 18 mai 2018, selon ses déclarations. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 26 janvier 2023, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 10 octobre 2023, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 1122-2023-10009 du 11 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Orne le 22 mai 2023, le préfet de l'Orne a donné délégation à Mme Marie Cornet, secrétaire générale de la préfecture de l'Orne, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de l'Orne, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de l'accord franco-tunisien et précise, notamment, que si le requérant, entré en France le 18 août 2018, justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 6 décembre 2021, ce seul élément ne peut suffire à justifier qu'il disposerait d'une insertion professionnelle particulière. La décision comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet, qui a rappelé, notamment, la date d'entrée en France du requérant ainsi que sa situation professionnelle, a procédé à un examen complet de la situation de M. B.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.

7. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. D'une part, M. B ne peut utilement se prévaloir des orientations générales définies par le ministre de l'intérieur dans la circulaire du 28 novembre 2012, qui est dépourvue de toute valeur règlementaire.

9. D'autre part, si le requérant soutient résider en France depuis le 18 mai 2018, il ne justifie pas, par la seule production d'un relevé de compte daté du mois d'avril 2019 et d'un courrier daté du mois de juillet 2019, de la continuité de sa présence avant le mois de septembre 2019. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait des liens d'une particulière intensité avec son frère cadet, titulaire de la nationalité française, et de deux de ses tantes, qui séjournent régulièrement en France munies d'une carte de résident. De plus, l'intéressé, qui a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 24 ans, n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'agissant de son intégration professionnelle, il produit un contrat de travail à durée indéterminée signé le 2 décembre 2021 pour un emploi de cuisinier ainsi qu'une attestation de son employeur faisant état de ses qualités professionnelles et des difficultés de recrutement dans ce domaine d'activité. Il ressort en outre de ses différentes fiches de paie qu'il a occupé plusieurs emplois de courte durée, en qualité de manutentionnaire, d'employé polyvalent ou de livreur, entre la fin de l'année 2019 et la conclusion de son contrat à durée indéterminée. Si M. B fait preuve d'une volonté d'intégration, la stabilité de sa situation professionnelle est récente et il ne justifie pas, par ailleurs, d'une qualification particulière. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre à titre exceptionnel au séjour.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 9, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre des intérêts privés de M. B serait en France, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet de l'Orne a obligé M. B à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est, ainsi qu'il a été dit au point 3, elle-même suffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

15. En dernier lieu, d'une part, M. B ne peut utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne concernent que les conditions de délivrance des titres de séjour. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Orne l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sous trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

J. REMIGY La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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